Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

« Le Traité des couleurs » de Goethe

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Pigments et à l’arrière plan, l’icône du Songe de Joseph

À la fin du XVIIIe siècle la poésie allemande célèbre, avec Goethe et l’habit bleu de Werther (1), le bleu mélancolique. Le romantisme lui voue un culte immodéré. L’image marque à tel point une génération qu’après sa parution, les jeunes gens, à travers l’Europe, s’habillent comme Werther, portant habit bleu et pantalons jaunes. 

Une étude approfondie des chefs-d’œuvre de la peinture éveille chez Goethe le besoin de comprendre les lois régissant les phénomènes visuels. Il écrit deux mille pages sur les couleurs sous le titre de Traité des couleurs, s’interrogeant sur le rapport des couleurs entre elles, les impressions qu’elles suscitent et les sentiments qu’elles induisent. 

Il fonde sa théorie sur la polarité des couleurs et développe son système à partir du contraste entre le clair et le foncé, subtilité absente chez Newton. Ce dernier s’appuie sur l’hypothèse que toutes les teintes sont contenues dans la lumière blanche. Goethe, au contraire, réaffirme la forte dimension anthropologique de la couleur : « Une couleur que personne ne regarde n’existe pas ». Pour lui, les couleurs naissent de la rencontre et du dialogue entre la lumière et les ténèbres ; le jaune est proche de tout ce qui évoque la lumière, alors que le bleu rejoint l’obscurité. 

Voici ce qu’il écrit, par exemple, sur le bleu :
« On peut dire que le bleu porte toujours en lui un principe d’obscurité. Cette couleur a un effet bizarre et presque indescriptible sur l’œil. En tant que nuance, elle est puissante, mais d’une façon négative, et dans sa plus grande pureté elle produit, pourrait-on dire, une négation stimulante. Son apparition est alors une sorte de contradiction entre l’excitation et le repos. »
La plupart des scientifiques s’accordent pour dire que la couleur est révélatrice du monde extérieur. Pour Goethe, elle souligne une démarche intérieure. Il termine son ouvrage avec des considérations allégoriques et mystiques sur la couleur. 

Ainsi, Goethe apporte sa pierre à l’édifice de la compréhension de la couleur, influençant artistes et philosophes. Il regarde les choses sous un angle nouveau, plus intuitif et symbolique, l’angle des rêves et des profondeurs. 

1. GOETHE Johann, Les Souffrances du jeune Werther : publié anonymement en 1774, la première édition officielle date de 1776 puis de nouvelles éditions et traductions se succèdent. 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 29 octobre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 7 août 2019 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 51.

Article du 29 octobre 2012

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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