Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le bleu outremer et les peintres (émission du 3 décembre)

TOUT EN NUANCES

Retrouvez-moi tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère

P1000626Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, son histoire et sa symbolique. J’évoque l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments.

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, son histoire et sa symbolique. J’évoque l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments.

L’outremer Guimet qui tend vers le violet, enchante les peintres impressionnistes qui le déclinent dans les ciels, les paysages de neige ou de mers, pur ou mélangé à d’autres bleus.

(…)

Émile Guimet, le fils de Jean-Baptiste trouve sa voie, entreprenant grâce au bleu de lointains voyages pour commercialiser le produit familial. Il découvre l’Extrême-Orient d’où il ramène de multiples objets. En 1879, il inaugure dans le quartier de la Tête d’Or à Lyon un musée consacré aux religions du monde. Grâce à lui, les célèbres musées Guimet voient le jour.

Étrange destin que ce bleu qu’on allait chercher autrefois « au-delà des mers », et qui repart, après un passage par le feu industriel, de l’Europe, vers d’autres lointains horizons…

Article du 3 décembre 2012


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La fabrication du bleu outremer

 

En haut à gauche : outremer verdâtre intense K45030
Au milieu : outremer clair K45080
À droite : vert outremer K45700
En bas à gauche : outremer verdâtre clair K45040
À droite : outremer extra sombre K45000

Le procédé mis au point par Jean-Baptiste Guimet permet non seulement d’obtenir du bleu outremer naturel, mais aussi une gamme très étendue d’autres bleus, et même des roses, des violets ou des verts. Émile Guimet, le fils de l’inventeur, écrit dans une lettre datée de 1831 :

« Pour expliquer la formation de ces couleurs, il faut bien définir ce qui constitue un outremer. Nous appelons outremer un produit obtenu par la combinaison du soufre, de la soude, de la silice et de l’alumine. Il est caractérisé par son insolubilité dans l’eau et sa décomposition par les acides étendus. Cette décomposition est toujours accompagnée d’un dépôt de soufre et se manifeste par la décoloration du produit et le dégagement d’un acide de soufre. Les outremers […] n’ont de différence entre eux qu’une plus ou moins grande quantité d’oxygène… »

On comprend dès lors que la dénomination bleu outremer recouvre de nombreuses couleurs, éloignées seulement d’une infime nuance. On songe aussi à cette petite odeur de soufre qui se développe parfois sur nos palettes, lorsque l’on étend ou mélange du bleu outremer.

La fabrication de l’outremer artificiel suppose trois opérations successives : la préparation des mélanges, puis la cuisson et enfin le traitement de la matière obtenue.

Le premier mélange mentionné dans le cahier d’expériences de Jean-Baptiste Guimet donne les quantités suivantes : 37 parts de kaolin, 22 de carbonate de soude, 18 de soufre, 15 de sulfate de cuivre et 8 de charbon de bois. Ces proportions se précisent et s’affinent tout au long de l’amélioration du procédé de fabrication.

Deux modes de cuisson sont employés : les fours à moufles ou les creusets. Pour la couleur destinée aux peintres, Guimet place son mélange dans des creusets qui s’emboîtent parfaitement les uns sur les autres, dans un four. La température est portée à presque 800° Celsius. Lors de sa fusion, le soufre produit des flammes qui peuvent atteindre 15 cm, et cela pendant une dizaine d’heures. Puis les flammes s’amenuisent et le bleu commence à se former. Les fours sont ensuite fermés hermétiquement et on laisse les creusets refroidir pendant une semaine.

Enfin, il s’agit de dissocier la partie colorante, insoluble, d’une autre partie soluble, inutilisable. On procède à un ou plusieurs lavages, puis le pigment est passé dans des étuves pour le séchage avant d’être conditionné sous forme de boules, cubes, pâte, poudre, ou encore pastilles.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 26 novembre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 2 août 2019 et figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 55.

Article du 26 novembre 2012


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Peindre au rythme du souffle…

Pleins et déliés

Quelques précisions sur l’organisation des cours 2012/2013

Cette année, nous réservons au début de chaque cours un temps de prière, le pinceau à la main, un temps de méditation silencieux et coloré : il s’agit d’un travail de « pleins et déliés », au pinceau en martre, avec le pigment coloré et un liant à l’œuf.

Au sein de notre atelier, tout le monde a réalisé bien des progrès. L’exposition à Notre-Dame-des-Vignes (voir articles précédents) en a témoigné. Mais nous restons parfois dans le « faire » ou la technique.

Aussi, nous cherchons à aller plus loin dans la transformation à laquelle nous invite l’icône, à nous laisser renouveler par ce que l’on peint et ce que l’on contemple. Nous cherchons à nous nourrir de calme, de lenteur et de continuité, à entrer tout entier dans le mouvement du pinceau pour sortir un peu du tourbillon !

Et le geste en devient plus sûr et plus beau…

Au programme des cours de cette année

– septembre : la ligne

Travail sur la ligne (gauche à droite, droite à gauche, haut en bas, bas en haut…)

Importance du temps « avant » le trait, de la préparation, de l’ancrage, de l’attention.

– octobre :

Travail sur la branche ou « regarder autour »

La peinture de l’icône comme un voyage dans le temps et dans l’espace

 – novembre : la courbe

Travail sur les mèches des cheveux

– décembre : les lettres

– janvier: un texte

– mars : l’œil

– avril : le nez, la bouche

– mai : les ailes, les doigts

– juin : le « galon » du manteau de la Vierge

Ces thèmes sont développés dans Un moineau dans la poche, p. 111 à 114.

Article du 21 novembre 2012


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Qui est donc Jean-Baptiste Guimet ?

Trésor bleu outremer de l’Atelier Montfollet

Jean-Baptiste Guimet naît à Voiron en 1795…

Son père, architecte et ingénieur des Ponts et Chaussées, est l’auteur de plusieurs grands projets dans le sud de la France, comme le pont de la Joliette à Marseille ou encore les premiers plans pour la réalisation d’un canal reliant le Rhône à la mer.

Passionné de chimie, Jean-Baptiste est admis en 1813 à l’École polytechnique puis devient « inspecteur des poudres » à Toulouse.

En 1826, il épouse Rosalie Bidault dite Zélie. Celle-ci est peintre, fille du peintre Jean-Pierre Bidault et nièce d’un autre peintre. Le décor est planté. Son intérêt et son amour pour les couleurs poussent Zélie à encourager son époux, lancé avec passion dans la
recherche du fameux bleu.

En 1826, Jean-Baptiste Guimet parvient à trouver un pigment de synthèse capable d’imiter l’outremer véritable.

Il n’est pas seulement inventeur, mais aussi industriel malin et entrepreneur tenace. Ainsi, il ne dépose pas son brevet dès sa découverte et tient secret son procédé de fabrication pour en garder l’exclusivité et prendre de l’avance sur la concurrence.

En 1831, il crée son usine à Fleurieu-sur-Saône, au nord de Lyon. Le succès de son entreprise est immédiat et dès 1834, il démissionne de son poste d’inspecteur des poudres. Il reste plusieurs années en position de monopole et la fabrique prend de l’expansion. En 1847, il fait construire des nouveaux bâtiments, un entrepôt et un magasin d’emballage. La fabrique Guimet possède sa propre imprimerie et fait appel aux artistes et à l’imaginaire de l’époque pour lancer ce qu’on appellerait aujourd’hui « une solide campagne publicitaire ».

En 1855, il crée et finance la Compagnie des produits chimiques d’Alais et de la Camargue, connue aujourd’hui sous le nom de Péchiney, dont il est le premier président jusqu’à sa mort, en 1871. Dans les années 1870, l’entreprise emploie 150 ouvriers et produit 1 000 tonnes de bleu outremer par an. La production se diversifie : après l’azurage et l’imprimerie, le bleu est utilisé pour la préparation de peintures, de papiers peints, d’encres d’imprimerie, la teinture des cuirs, les revêtements de sols, ciments, caoutchoucs, matières plastiques et même les savons et toutes sortes de cachets et onguents.

Ainsi, l’histoire du bleu outremer réunit l’histoire d’une couleur, d’une passion, et celle d’une réussite à la fois scientifique, industrielle et commerciale ! 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 19 novembre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 13 août 2019 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 54.

Article du 19 novembre 2012


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L’archange Raphaël

Raphaël, 22 x 35 cm

L’archange Raphaël est le patron des voyageurs, des adolescents, des fiancés, des médecins et pharmaciens, et des aveugles (fête le 29 septembre).

Son nom signifie Dieu guérit ou Dieu soigne (Tb 3,17 ; 12,15).

Il est le troisième archange, connu également dans le Coran (Israfil ﺇﺳﺮﺍﻓﻴﻞ en arabe).

Raphaël est présenté dans le Livre de Tobie comme l’ami fidèle (Tb 5), le compagnon de voyage, le guide, le protecteur.

« Mon enfant, prépare ce qu’il te faut pour le voyage (…) Que le dieu qui est au ciel vous ait là-bas en sa sauvegarde et qu’il vous ramène sains et saufs auprès de moi ! Et que son ange fasse route avec vous pour vous garder, mon enfant ! »  (Tb 5,17)

Il guérit les yeux malades (Tb 11, 7-14).

On l’identifie aussi avec l’ange de la piscine de Bethseda (Jn 5, 1-4).

La dévotion portée à Raphaël se confond avec le culte de l’Ange gardien.

Il est représenté en jeune homme imberbe et porte  le costume des pèlerins et une gourde, un bâton ou encore un poisson (évoquant la capture du poisson miraculeux par Tobie ; Tb 6), un vase contenant le fiel du poisson avec lequel il  guérit les yeux de Tobie ; parfois, il est accompagné d’un petit chien.

Couleur dominante : le vert.

J’ai aimé le roman de Sylvie Germain, Tobit des Marais édité chez Gallimard. Cela donne envie de relire le chapitre 5 du livre de Tobit (« Préparatifs de voyage ») et on peut l’accompagner de la très touchante BD de Quentin Denoyelle, parue chez Mame en 2013 et intitulée tout simplement Tobie.

Article du 16 novembre 2012


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La découverte du bleu outremer

Outremer

Bleu outremer et lumières

Au début du XIXe siècle, après bien des recherches, des rêves de peintres, de voyageurs et de commerçants, le bleu le plus recherché demeure le lapis-lazuli. Mais la couleur venue d’au-delà des mers reste trop coûteuse. L’enjeu est donc de découvrir un substitut qui conserverait ses qualités et c’est là l’aventure du bleu outremer…

L’histoire de cette couleur commence, une fois de plus, un peu fortuitement. 

En 1814, le directeur de la Manufacture des glaces de Saint-Gobain remarque la formation d’une matière bleutée, très vive, sur les parois d’un four à soude. Analysée, la composition se révèle très proche de celle du lapis-lazuli. Un rapport présenté à l’Académie des Sciences évoque la possibilité de fabriquer un bleu outremer artificiel.

Une dizaine d’années plus tard, la Société d’encouragement pour l’industrie nationale propose aux chimistes et inventeurs un prix de 6 000 francs, pour la découverte d’un procédé économique qui reproduirait les qualités du lapis-lazuli. La compétition prend une dimension européenne puisque l’Angleterre et l’Allemagne se lancent aussi dans l’aventure. Le résultat tarde un peu et l’année suivante, la Société est obligée de remettre son prix en jeu. Jean-Baptiste Guimet, un ingénieur passionné, se lance dans la recherche. Ses carnets d’expériences montrent que, dès juillet 1826, il obtient des résultats très encourageants en fabriquant pour la première fois un homologue synthétique du précieux lapis-lazuli. L’ année suivante, il commercialise sa production dans un dépôt parisien situé près de la rue Saint-Martin. L’outremer synthétique est alors vendu 400 francs la livre, soit environ dix fois moins cher que le lapis-lazuli. C’est mieux, mais encore beaucoup trop cher et Jean-Baptiste s’acharne à simplifier son procédé afin d’en réduire le coût de fabrication.

En 1828, sûr de son fait, il se présente au concours de la Société d’encouragement. Il y obtient le prix tant convoité malgré la rude concurrence des chercheurs étrangers. 

Au début, surtout utilisé pour l’azurage du papier et du linge – notamment dans les lessives et boules à raviver le blanc – le bleu Guimet devient pour tous le nouveau bleu outremer par excellence ! 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 12 novembre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 10 août 2019 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 53.

Article du 12 novembre 2012


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Le bleu de cobalt

cobalt.jpegLe bleu de cobalt est un pigment issu du minerai de cobalt : il succède au bleu de smalt. Chronologiquement, il est le premier pigment d’une gamme obtenue par calcination à haute température d’oxydes métalliques.

Le nom bleu de cobalt vient de l’allemand kobold. Les Kobolds seraient des génies facétieux et maléfiques du folklore germanique, accusés de transformer les minerais précieux, afin de les rendre inutilisables.

Depuis longtemps, le bleu de cobalt est connu des artisans du bois, des charpentiers et des mineurs, comme colorant de surface, permettant de marquer le bois ou la pierre.

À l’aube du XIXe siècle, les peintres sont toujours en quête d’un bleu chimique, à la fois stable et peu coûteux. Louis Jacques Thénard, sur commande du ministre de l’Intérieur de l’époque, met au point un nouveau bleu destiné à la coloration de la porcelaine pour la Manufacture de Sèvres : on parle alors du bleu de Thénard ou du bleu de Sèvres. Le bleu de cobalt, mélange d’oxyde de cobalt et d’alumine, voit le jour. Au fil du temps, sa composition chimique se diversifie avec des adjonctions de zinc, chrome, aluminium et la gamme des nuances s’étend du bleu-violet au bleu- vert.

Le bleu de cobalt offre un bel aspect à la lumière du jour. Il résiste très bien à la chaleur, aux intempéries, aux mélanges, mais peut évoluer sous l’influence des vernis. Il s’adapte à de nombreuses techniques : huile, fresque ou tempera.

Cette nouvelle couleur occupe une place importante dans la palette des peintres, particulièrement pour la réalisation de paysages et d’ambiances. Vincent Van Gogh écrit à son frère Théo : « Le bleu de cobalt est une couleur divine et il n’y a rien de plus beau pour installer une atmosphère. » Mais sa tonalité est assez éloignée de celle du lapis-lazuli, son pouvoir colorant et opacifiant se révèle faible et son prix assez élevé ; alors, la place reste libre pour l’inventivité et la mise au point d’autres bleus, de beaucoup d’autres bleus.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 5 novembre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 9 août 2019 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 52.

Article du 5 novembre 2012