Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le bleu outremer et les peintres

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Pigments bleu outremer (rondelles en verre réalisées par l’Atelier Montfollet pour les expositions « Bleu intensément »

Étonnamment, le bleu outremer mis au point par Jean-Baptiste Guimet ne suscite pas immédiatement l’enthousiasme et l’adhésion des peintres.

Jean-Auguste-Dominique Ingres est un des premiers peintres connus à l’utiliser, juste un an après sa mise au point, en 1827, pour la réalisation des drapés et du ciel dans son tableau L’ Apothéose d’Homère.

Dès le milieu du siècle cependant, les qualités de la couleur s’imposent, en particulier dans l’aquarelle et la réalisation des glacis. Ses performances sont moindres dans le domaine de la peinture à l’huile, en raison de sa faible opacité. La couleur, très stable, résiste à la lumière ; elle est non toxique et bien meilleur marché que tous les autres bleus. Une précaution s’impose : les mélanges avec les titanes et cadmiums ne sont pas stables. Un peintre, même sans aucune notion de chimie, peut s’en rendre compte très facilement : certains mélanges se mettent à se dissocier dans les godets, à frémir et à dégager de désagréables odeurs. 

Peu à peu, les « marchands de couleurs », comme mon grand- père, préparent et proposent aux artistes des teintes prêtes à l’emploi, telles que nous les connaissons aujourd’hui, séchées ou en tubes. 

L’outremer Guimet tend vers le violet et enchante les peintres impressionnistes qui le déclinent dans les ciels, les paysages de neige ou de mers, pur ou mélangé à d’autres bleus.

Le bleu outremer connaît un immense succès grâce à son inventeur, Jean-Baptiste Guimet, qui à force d’intuitions, de coups de génie et de détermination, arrive à un coût mille fois inférieur à celui de l’outremer naturel. 

Dès 1830, la fabrique Guimet exporte son bleu un peu partout dans le monde.
Émile Guimet, le fils de Jean-Baptiste, lui succède sans grand enthousiasme en 1865, à la fabrique de Fleurieu-sur-Saône. Mais il trouve sa voie, entreprenant grâce au bleu de lointains voyages pour commercialiser le produit familial. Il découvre l’Extrême-Orient d’où il rapporte de multiples objets. En 1879, il inaugure dans le quartier de la Tête d’Or à Lyon un musée consacré aux religions du monde. Grâce à lui, les célèbres musées Guimet voient le jour. 

Étrange destin que ce bleu qu’on allait chercher autrefois « au-delà des mers », et qui repart, après un passage par le feu industriel, de l’Europe vers d’autres lointains horizons… 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 3 décembre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 20 février 2020 et figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 56.

Article du 3 décembre 2012

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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