Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

La main qui bénit

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main-600-copieLa main qui bénit

La main prend, agresse, calme, menace, caresse, montre, guérit. Elle a froid ou mal, parfois raidie, parfois douce ou chaleureuse.

Le mot apparaît dans un grand nombre d’expressions populaires : tendre la main, donner la main ou donner un coup de main, demander la main de la personne aimée, prêter main-forte, mettre la main à la pâte ou bien la main dans le sac, le cœur sur la main, de main de maître, jeux de mains/jeux de vilains, mettre la main sur, passer la main, la main de fer ou la main de velours…

La main représente le contact physique. Elle initie le mouvement, à la fois invitation et soutien, déclic, rencontre.

De célèbres poignées de main scellent des alliances de paix ou des réconciliations. Dans de nombreux rituels, la toute puissance est donnée à celui qui est sacré, oint, institué par l’imposition des mains : l’évêque, le prêtre, le chevalier. Le poing serré, la main tournée vers le ciel ou posée sur le cœur « parlent ». La main renforce la parole. Elle remplit une fonction majeure de communication qui peut aller jusqu’au langage (la langue des signes).

La main et son langage dans l’art

Main qui bénit

Les Romains symbolisent le discours prononcé par l’empereur en le figurant avec le bras droit tendu en avant, index et majeur pointés. L’iconographie latine ou grecque décline les positions des doigts selon un code précis. Les maîtres anciens de la rhétorique recommandent et déterminent l’usage des diverses postures. Les artistes chrétiens les reprennent pour exprimer la parole et attirer l’attention sur ce qui est dit. Dans l’art narratif médiéval, surtout dans les enluminures, la main levée indique que quelqu’un est en train de parler. Un geste de la main emprunté au geste de l’adlocutio romaine, traduit plus précisément la bénédiction. Les mains ouvertes évoquent la prière (posture de l’orant dans les catacombes) et l’abandon (posture de l’animal qui renonce au combat).

Et nous regardons nos mains. Nos mains d’artistes et d’artisans qui ont dessiné, poncé la planche, broyé le pigment, coupé le verre, taillé, tenu le pinceau ou le marteau.

Main 8x10,5cm, nov 2012

Les mains du Christ

Dans les icônes, fresques ou mosaïques, les mains sont stylisées. Le bras est ample mais les doigts plutôt repliés dans l’art occidental tandis que dans l’iconographie byzantine, le geste est réservé mais les doigts animés.

Dans la main gauche, aussi appelée la « main de la justice », le Christ porte un livre ouvert ou fermé, ou un petit rouleau qui représente la Parole (il « dit »). La main droite, celle du geste, aussi appelée « main de la miséricorde », bénit. Les doigts sont repliés d’une façon codifiée qui se décline à l’infini : l’index, le majeur et l’auriculaire levés évoquent la Trinité. Le pouce et l’annulaire repliés se touchent aux extrémités. Cette position est attestée dans un très ancien manuel d’iconographie (1) : « Lorsque vous représentez la main qui bénit, ne joignez pas trois doigts ensemble ; mais croisez le pouce avec le quatrième doigt, de manière que le second, nommé index, restant droit, et le troisième étant un peu fléchi, ils forment à eux deux le nom de Jésus (2). En effet, le second doigt, restant ouvert, indique un I (iôta), et le troisième forme, par sa courbure, un C (sigma). Le pouce se place en travers du quatrième doigt ; le cinquième est aussi un peu courbé, ce qui forme l’indication du mot (xpictoc) XC ; car la réunion du pouce et du quatrième doigt forme un X (chi), et le petit doigt forme par sa courbure, un C (sigma). Ces deux lettres sont l’abrégé de Christos. Ainsi par la divine providence du créateur, les doigts de la main de l’homme, qu’ils soient plus ou moins longs, sont disposés de manière à pouvoir figurer le nom du Christ ».

Le mot bénir vient de deux mots latins : bene et dicere. Littéralement, bénir signifie donc « dire du bien », un geste de bienveillance, de paix et d’accueil très universel.

(1) DE FOURNA Denys, Manuel d’iconographie chrétienne grecque et latine, Paris, 1845, p. 455.

(2) IC XC est l’abréviation grecque du nom du Christ (Iesus Christos).

L’essentiel de l’article est tiré du livre  Lève toi ! viens au milieu  (cliquez sur ce lien pour la présentation, disponible sur commande).

Article du 10 décembre 2012

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Auteur : elisabethlamour

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