Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Les palettes de Delacroix

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La nuit ou l'inondation, Delacroix

La nuit ou l’inondation de Delacroix

Eugène Delacroix peint, tout en nuances, dans la première moitié du XIXe siècle. Très sensible à la correspondance entre les notes et les couleurs, il fait l’éloge de la « note bleue », celle qu’il entend avec George Sand dans la musique de Chopin et reflète, dans la musique comme dans la peinture, un état d’âme, une nostalgie, la puissance poétique de l’exil.

Delacroix apporte un soin particulier à la préparation de ses palettes dont certaines ont été retrouvées, étudiées et… vendues aux collectionneurs. On y voit comment, au cours de sa carrière, le peintre fragmente de plus en plus les tons, accordant progressivement moins d’importance à la couleur réelle au profit de l’ombre, de la demi-teinte, du mélange et du reflet.

Les palettes de Delacroix racontent « l’instant d’avant », l’élaboration de l’œuvre, l’étape du choix des couleurs et de leur préparation minutieuse. « Ma palette fraîchement arrangée et brillante du contraste des couleurs suffit pour allumer mon enthousiasme », note-t-il le 21 juillet 1850 dans son Journal.

Toute sa vie, Delacroix agence ses palettes dans la joie et la jubilation de la nuance. Un certain René Piot rédige en 1931 un ouvrage intitulé Les Palettes de Delacroix. Il y raconte que « quand [Delacroix] était malade, il se faisait apporter [sa palette] sur son lit et, toute la journée, il combinait de nouveaux mélanges ».

Dans un manuscrit inédit, un de ses élèves décrit le travail avec son maître : « M. Delacroix place toujours le bleu de Prusse le dernier pour ne pas le mêler avec les autres sur la palette ; quand, dans le cours de la séance, il a besoin de préparer un ton avec le bleu de Prusse, surtout si c’est du blanc de plomb avec lequel il veut faire le mélange, il en prend avec le couteau à palette, le place au fond dans un coin de sa palette, où il l’isole, pour que le bleu ne teigne pas entièrement le dépôt de blanc de plomb, qui doit rester aussi pur que possible. » Delacroix utilise d’autres bleus, le lapis-lazuli, l’indigo, le smalt et le bleu de cobalt ; sans cesse il compose, dégrade, invente…

Le tableau, intitulé La Nuit ou L’Inondation et réalisé à base de pastel, déploie plus que tout autre les nuances des bleus de Delacroix. Il vibre comme un accord, une harmonie, la mélodie d’une seule tonalité : le bleu.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 21 janvier 2013 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 14 novembre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 62.

Article du 21 janvier 2013

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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