Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le bleu turquoise

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Pigment de turquoise véritable

Le bleu turquoise est le nom d’un bleu tirant sur le vert pâle.

Le pigment turquoise est, à l’origine, obtenu par broyage de la pierre de turquoise, pierre opaque appartenant à la classe des phosphates. La turquoise peut se former en présence d’une combinaison de cuivre, de phosphore, d’aluminium et d’eau. On la trouve dans des environnements semi-arides ou arides comme les déserts.

Pendant des milliers d’années, la turquoise d’un bleu intense originaire de Perse était synonyme de haute qualité, mais son nom vient de la Turquie.

Au début du XXe siècle, les mineurs du sud-ouest américain découvrent des gisements. Aujourd’hui, les plus belles pierres proviennent des États-Unis. Certaines atteignent même le prix de 2 200 dollars par kilogramme.

La couleur de la turquoise varie d’un bleu profond à un vert profond. Plus elle est riche en cuivre, plus la pierre est bleue ; plus elle contient de fer, plus elle devient verte. La couleur de la pierre varie avec une humidité élevée et tend alors vers le vert. Une autre particularité de la turquoise réside dans sa capacité à absorber un autre minerai, tel l’oxyde de fer, qui se répand alors dans les craquelures et trace une sorte de toile d’araignée dans la pierre, des fils de couleur qui évoluent du rouge au noir. 

On utilise rarement le pigment turquoise véritable, coûteux et peu couvrant, et la plupart des peintres lui préfèrent les imitations ou des pigments synthétiques voisins tels le turquoise de phtalo ou le turquoise de cobalt, oxyde de chrome et cobalt. Dans ce cas-là, une fois encore, rien ne remplace la subtilité de la couleur d’origine… On peut se faire une idée de l’aspect d’un fond réalisé en turquoise véritable avec l’icône du combat de Jacob avec l’ange ici. La tonalité du ciel, pourtant peu marquée, a été obtenue en superposant une bonne dizaine de couches de ce délicat pigment.

Le mot turquoise, adjectif invariable désignant une tonalité particulière, est surtout associé aux couleurs des mers du Sud, aux eaux qui font rêver dans les catalogues de voyages, si souvent qualifiées de « turquoise » ! 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 22 février 2013 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 66.

Article du 22 février 2013 mis à jour le 23 août 2019

 

 

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Le bleu cæruleum

Bleu oméga céruléum okhra

Bleu oméga cæruleum okhra

Le nom de bleu cæruleum vient du latin caerelus ou caelum, ciel : c’est donc littéralement un bleu d’« azur ». Il existe une infime nuance entre le bleu cæruleum, le bleu céleste ou le bleu de Brême, tellement subtile qu’on les confond, la plupart du temps. 

Après le bleu de cobalt, le bleu outremer synthétique, le bleu cæruleum voit le jour, encore un bleu à base de cobalt, essentiellement un stannate de cobalt, mélange d’oxyde de cobalt et d’oxyde d’étain. Découvert en 1805 par un scientifique allemand, le bleu cæruleum est mis au point par la firme Rowney et Cie une cinquantaine d’années plus tard. 

Le bleu cæruleum est classé parmi les bleus « chauds ». Solide, lumineux, stable, vif, opaque et très couvrant, il est inaltérable en mélange. La couleur, onctueuse, fait le bonheur des peintres paysagistes, surtout s’ils affectionnent les techniques à l’eau comme l’aquarelle. Il s’avère moins adapté à la peinture à l’huile, notamment en mélange, car le cobalt sèche vite, ce qui entraîne des craquelures. Dans les icônes, il permet de nuancer ou d’éclairer par superposition des bleus plus profonds, tel le bleu outremer, en évitant d’ajouter du blanc qui affadit. Il peut être utilisé dans les fresques.

On lui trouve des substituts moins coûteux qui gardent l’appellation bleu cæruleum, mais, vraiment, rien ne remplace l’original !

Polyommatus bellargusUn merveilleux papillon porte le même nom « azuré bleu céleste » ou Polyommatus bellargus. Le mâle et la femelle diffèrent : le dessus du mâle vibre d’un bleu intense, celui de la femelle est marron. Leurs ailes, bordées d’une frange caractéristique blanche entrecoupée de noir, se distinguent du revers ocre, orné de points foncés cerclés de blanc, et d’une ligne de points orange. Ce petit papillon affectionne les lieux secs, les sols calcaires et les prairies fleuries, et on le voit s’envoler, comme la palette richement nuancée d’un peintre rejoindrait les cieux… 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 18 février 2013 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 65.

Article du 18 février 2013, mis à jour le 20 août 2019


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Le bleu ciel (émission du 11 février)

TOUT EN NUANCES

Retrouvez-moi tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère

photo Anne Brugirard

Photo Anne Brugirard

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi des souvenirs et rêves de lumières bleues, de tableaux, de vagues et de mélodies.

Lors de l’émission du 11 février, je parlerai du bleu ciel, une couleur répertoriée et codifiée dans le champ chromatique. On dit que c’est la nuance de bleu la plus « froide », et par conséquent, la nuance la plus « froide » de toutes les couleurs (…)

Quand je pense au bleu du ciel, je me remémore des impressions inoubliables de luminosité, dans les hauteurs de voyages en avion, des bleus qui « tournent la tête » tellement ils semblent profonds (…)

Pour retrouver les fréquences de RCF Isère, cliquez ici. 

Article du 11 février 2013


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Terminer une icône

Gomme laque

Gomme laque

Quand l’icône est terminée :

– reprendre le cadre avec de la gomme laque : les paillettes se dissolvent dans l’alcool (au moins 90°). On obtient un mélange transparent ou ambré. En prélever un peu dans un godet et ajouter des pigments de la tonalité choisie pour le cadre. Passer avec un pinceau pas trop fragile qu’on nettoie à l’alcool ;

– sur le bord et l’arrière de l’icône, cirer ou teinter avec une teinture cirante ou du brou de noix ;

– attendre une dizaine de jours pour nourrir l’icône à l’œuf (mélange eau et œuf par moitié ; davantage d’œuf si l’icône semble trop sèche et moins si elle brille déjà) 1 à 3 fois, afin qu’elle prenne une aspect régulièrement satiné ;

– attendre encore une vingtaine de jours pour vernir l’icône. Le vernis traditionnel est l’olifa, mais les inconvénients sont nombreux. Dans notre atelier, nous utilisons  un produit appelé capaplex. On peut en diluer la quantité nécessaire avec 1/3 d’eau. Passer sur l’icône sans « revenir en arrière ». Laisser sécher sans s’inquiéter de l’aspect blanc, puis recommencer 3 fois environ, selon l’effet souhaité. Nettoyer le pinceau à l’eau et au savon;

Bénédiction à Mar Moussa

Bénédiction à Mar Moussa

– en principe, on garde l’icône terminée dans son lieu de prière quarante jours, avant de la remettre à son destinataire. Alors, l’icône est bénie, soit en la déposant sur l’autel lors d’une célébration (par exemple lors du baptême si c’est un cadeau de baptême) soit par une prière de bénédiction spéciale dont voici un exemple (bénédiction par Père Paolo à Mar Moussa en 2007) :

« Dieu le Père, au nom de ton Fils Jésus Christ, envoie la grâce de ton Saint Esprit sur cette icône que peint ton serviteur à ta gloire, ô très sainte Trinité.

De Ta Main invisible signe et bénis cette icône, donne lui la force d’action sanctifiante afin que tous ceux qui s’en approcheront avec vénération obtiennent santé, sanctification et bénédiction ».

Article du 7 février 2013


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« Saint François d’Assise parlant aux oiseaux »

Saint François d'Assise parlant aux oiseaux

Saint François d’Assise parlant aux oiseaux

Patron des marchands, tapissiers, fleuristes, horticulteurs, écologistes, poètes… et de l’Italie, François d’Assise (1181-1226) est fêté le 4 octobre. Fils d’un riche marchand drapier d’Assise, il mène une jeunesse dorée et agitée. La guerre, la captivité et la maladie font de lui un autre homme en quête de solitude et de prière.

Dans une chrétienté sûre d’elle-même marquée par les croisades et l’influence de riches marchands, François recherche la simplicité et la première fraîcheur de l’Évangile. Il voue sa vie à la pauvreté, la contemplation, la fraternité, l’amour de la nature et une adoration joyeuse du Christ, toutes ces notions auxquelles l’actuel pape se réfère largement.

Canonisé deux ans après sa mort, le rayonnement de François d’Assise va bien au-delà de l’Église catholique : le pape Jean Paul II avait choisi en octobre 1986, la ville d’Assise comme lieu de rencontre, de paix et de prière des diverses religions.

Attributs : robe de bure, stigmates, cordelette à trois nœuds (vœux de pauvreté, chasteté et obéissance).

« Un moineau parle : je suis une mie de pain dans la barbe du Christ, un brin de sa parole, de quoi nourrir le monde jusqu’à la fin du monde.

Un rouge-gorge parle : je suis une tache de vin sur la chemise du Christ, un éclat de son rire au retour du printemps.

Une alouette parle : je suis l’ultime soupir du Christ, je monte droit au ciel, je cogne du bec au ciel bleu clair, je demande que l’on m’ouvre, j’emmène dans mon chant toute la terre, je demande, je demande, je demande.

Et tous et toutes ainsi pépient et chantent et viennent connaître la vérité de leur chant auprès de François d’Assise, près de l’homme-arbre, de l’homme-fleur, de l’homme-vent, de l’homme-terre. »

Christian Bobin, Le Très-bas, p. 85.

Article du 6 février 2013


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L’étagère de pigments bleus (émission du 4 février)

TOUT EN NUANCES

Retrouvez-moi tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi des souvenirs et rêves de lumières bleues, de tableaux, de vagues et de mélodies.

pigments bleus

Pigments bleus

Je reviens, ce 4 février, à ma collection de pigments bleus. J’ai compté ce matin les tubes et fioles emplies de pigments bleus rangés sur l’étagère : plus d’une cinquantaine ! Je comprends la jubilation de Delacroix devant la préparation de ses palettes, car je crois éprouver un peu la même, à contempler, tout simplement, cette déclinaison jamais achevée (…)

À chaque nouvelle découverte, j’essaye le pigment, le compare aux autres et mets à jour un petit carnet couvert d’annotations : celui-ci a une belle couleur, mais nécessite de le broyer avec soin. Celui-là se mélange à regret aux autres. Il laisse au fond des godets des particules qui se déposent à tort et à travers sur les icônes. Celui-là encore semble bien beau, rangé sur l’étagère, dans sa fiole de verre, mais sa luminosité déçoit, avec le temps.

L’outremer me séduit par sa profondeur et sa pureté. L’impression de s’enfoncer dans un mystère sans fin, d’être aspirée dans les profondeurs de la nuit, de rejoindre les étoiles. J’aime bien aussi quand il tend un peu vers le vert ou le violet, tout en gardant sa dominante.

Le lapis-lazuli attire par son côté précieux, puis ensuite, il déçoit, car il est très granuleux et difficile à utiliser. Toutefois, si on le réserve bien à l’usage du glacis, c’est-à-dire la superposition d’une couche transparente sur un fond, il révèle et magnifie les couleurs qu’il recouvre ; alors, on mesure sa qualité inimitable.

J’aime bien aussi les timides, légers comme un voile, qui tendent vers une transparence verte, comme le bleu de cuivre.

Chacun est unique, comme les livres d’une bibliothèque, qui portent non seulement un titre mais une dédicace, une annotation ou un marque-page oublié.

Pour retrouver les fréquences de RCF Isère, cliquez ici. 

Article du 4 février 2013


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Peindre un vêtement blanc

Etape 2

Étape 2

Lors du dernier stage à Saint-Hugues de Biviers (fin janvier 2013), nous avons travaillé sur la réalisation d’un vêtement blanc, couleur de lumière. Voici une récapitulation des étapes. Les numéros correspondent (pour mes élèves) à votre fiche « repères pour les étapes ».

1. Passer le calque du dessin et reproduire les contours des masses de couleur. Repasser avec un pinceau en martre à l’ocre jaune dilué dans l’eau (pointe d’ocre rouge si on ne voit pas assez ses traits);

2. Étendre les couches de couleur avec un pinceau en petit gris en 3 couches très transparentes (peu de pigment, eau et œuf). Le mélange de couleurs est une base d’ocre jaune à laquelle on ajoute un peu d’une autre couleur (bleu, vert, ocre rouge, rouge, etc.);

 

travaux d'élèves

Travaux d’élèves

3. Reprendre les lignes et les plis avec le ton choisi pour le fond, en le renforçant (un peu plus de bleu, vert, ocre rouge, rouge, etc.) et en insistant sur les pleins et déliés. Pinceau en martre, eau et œuf;

4. Éclairer avec de l’ocre jaune, puis introduire à chaque couche un peu plus de blanc de zinc, jusqu’à arriver, avec des surfaces de moins en moins étendues, à blanc et pointe d’ocre jaune;

5. Réaffirmer les lignes : plus nettes, un peu plus fortes en couleur;

6. Éclairer encore avec du blanc de zinc seul ;

détail ange au tombeau

Détail Ange au tombeau

8. Si besoin réaffirmer encore ;

9. Terminer avec du blanc de titane peu étendu et dilué, puis enfin quelques éclats de lumière avec le blanc de titane concentré. Et si c’est le cas, on peut encore surimposer un motif.

 

 

 

 

 

 

Article du 2 février 2013