Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Noé, celui qui réconforte et console

Noé

Noé

Noé est un des personnages principaux du Livre de la Genèse et le héros du Déluge. Dieu demande à Noé de construire l’Arche, pour échapper au déluge. Ainsi, il sauve le monde vivant. Cet épisode est probablement inspiré de l’Épopée de Gilgamesh, récit légendaire sumérien de l’ancienne Mésopotamie.

Son nom, Noah en hébreux, est lié aux notions de repos, de restauration, de consolation. Noé conduit sur les eaux agitées du déluge à la ressemblance, à notre identité « pleine » : l’accomplissement. À sa naissance, son père Lamek dit « Celui-ci nous réconfortera de nos labeurs… » (Gn 5, 28).

L’Arche est l’image de notre être intérieur, de notre construction intime qui a besoin d’être assez solide pour traverser les tourments, les tempêtes et les déluges.

Au bout de quarante jours, Noé lâche la colombe par trois fois : la première fois, (Gn 8, 8), la colombe revient bredouille et n’a pas trouvé la terre ferme. Il recommence sept jours plus tard (Gn 8, 10) et la colombe revient avec un rameau d’olivier ; il essaye encore sept jours plus tard, et là, la colombe prend son envol et ne revient plus (Gn 8, 12).

La mer et la séparation tendent à l’union, et l’on parvient à la rive ;
Puis, dans le monde entier, fleurissent les roses et les tulipes.
Toute l’eau des larmes qui coulent à présent de nos yeux
Fera surgir pour nous cent roseraies riantes ;

 (Jalâl-ud-Dîn Rûmî, Dîwân-e Shams-e Tabrîzî, Ode 148)

Fête le 10 novembre.

On peut lire : Annick de Souzenelle, Le Symbolisme du corps humain, Albin Michel 1984, p. 148-158.

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Regards sacrés

Pour terminer nos réflexions et travaux du mois de mars sur le « regard » et la forme des yeux, je voulais vous faire partager ce texte tiré du livre Anil’s Ghost (le Fantôme d’Anil) de Michaël Ondaatje (Sri-Lanka), p. 97. Il n’y est pas du tout question d’icônes, mais des yeux du Bouddha. Et pourtant…

détail d'une sculpture de Marilyne Thévenin

Détail d’une sculpture de Marilyne Thévenin

« Connaissez-vous la tradition des Mangala Nêtra ? » demanda-t-il dans un murmure comme s’il réfléchissait à voix haute. Palipana éleva la main droite et la pointa vers son visage…

Nêtra veut dire œil. C’est un rituel des yeux. Pour peindre les yeux d’une figure sacrée il faut un peintre particulier. C’est toujours les yeux que l’on réalise en dernier. Ce sont eux qui donnent vie à l’image. C’est comme une fusion. Les yeux sont une fusion. Il faut que cette fusion se produise avant qu’un peinture ou une sculpture (…) puisse devenir une chose sainte.

Coomaraswany indique qu’avant que les yeux soient peints, il n’y a qu’une masse de métal ou de pierre. Mais après cet acte, « à partir de ce moment elle devient un Dieu ». Bien entendu il existe des manières particulières de peindre l’œil. Quelquefois c’est le roi qui va le faire mais c’est meilleur quand c’est fait par un professionnel, l’artisan…

Il y a une cérémonie pour préparer l’artisan durant la nuit, avant qu’il ne peigne. Réalisez ! On l’amène seulement pour peindre les yeux sur l’image du Bouddha. Les yeux doivent être peints le matin à cinq heures… l’heure où le Bouddha a atteint l’illumination. Les cérémonies commencent donc la nuit qui précède avec les récitations et la décoration des temples…

Sans les yeux non seulement on ne voit rien, mais il n’y a rien. Il n’y a pas d’existence. L’artisan rend vivante la vision, la vérité et la présence. Il sera ensuite honoré par des dons : terres ou bœufs. Il franchit les portes du temple. Il est habillé comme un prince : il porte des bijoux, il a une épée au côté et un cordon sur la tête. Il s’avance accompagné d’un assistant qui porte les pinceaux, la peinture noire et un miroir de métal. Il grimpe sur un échafaudage dressé face à la statue. Son assistant grimpe avec lui. Vous savez, ceci existe depuis des siècles, cette cérémonie est mentionnée dès le IXe siècle. Le peintre trempe un pinceau dans la peinture et tourne le dos à la statue, il est comme enveloppé dans les grands bras. La peinture est humide sur le pinceau. L’assistant qui lui fait face élève le miroir, l’artisan appuie le pinceau sur son épaule et dépose la peinture sans regarder directement le visage. Il utilise seulement la réflexion du miroir pour se guider pour qu’il n’y ait que le miroir à recevoir directement l’image du regard qui vient d’être crée. Aucun œil humain ne peut être en contact avec celui du Bouddha pendant le processus de création. Autour de lui la récitation des mantras se poursuit : « Puissiez vous profiter des fruits de vos actions… puisse la terre connaître croissance et longueur de jours… salut à vous les yeux ! »

Son travail peut prendre une heure ou moins d’une minute selon l’état de l’artiste. Il ne regarde jamais les yeux directement. Il peut seulement contempler le regard dans le miroir.


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L’émission du 25 mars : la pierre de turquoise

TOUT EN NUANCES

Retrouvez l’émission chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère

P1010588 - copieDurant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi des rêves de lumières bleues et des émotions de voyages. Lors de l’émission du 25 mars, je parlerai de la pierre de turquoise.

Nous avions évoqué, le mois dernier, le pigment turquoise. La pierre, dont la tonalité hésite entre le bleu et le vert, fascine les hommes depuis longtemps. Elle est utilisée depuis l’Égypte ancienne, en passant par la Perse, le Turkestan, l’Inde, le Tibet ou l’Amérique (chez les Indiens et les Aztèques principalement)… pour ses qualités décoratives mais aussi pour ses vertus médicinales et symboliques !

Pour retrouver les fréquences de RCF Isère.


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L’émission du 18 mars : peintures du Nord

Kroyer

Kroyer

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi des rêves de lumières bleues et des émotions de voyages. Lors de l’émission du 18 mars, j’évoquerai les peintres du Nord. Dans leur peinture, le blanc et le bleu sont souvent les couleurs dominantes : les lacs gelés, l’écorce des bouleaux dans la lumière rasante, des reflets d’eau et de lumière sur des visages, un mélange de trouble et de sérénité.

Une très belle exposition, intitulée Impressions du Nord, la peinture scandinave a réuni en 2005 à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne, les œuvres de peintres scandinaves de 1850 à 1915.  La couverture du catalogue montre deux femmes, vêtues de blanc, marchant de dos le long d’une plage, tout en délicates nuances de bleus, une œuvre du peintre danois Kroyer intitulée Soir d’été sur la plage, au sud de Skagen (1893).

Edelfelt

Edelfelt

Albert Edelfelt est un artiste finlandais qui peint des visages, beaucoup d’enfants jouant dans la clarté d’un matin, mais aussi des vieillards, des paysages de campagne, de mer et de reflets (…)

Ce tableau, Les Funérailles d’un enfant (1879, Ataneum d’Helsinki) représente une barque dans laquelle se tiennent plusieurs personnes des tous âges, un enfant et un petit cercueil. Chacun regarde dans une direction différente, à moins que ce ne soit en dedans de lui-même, ou bien extrêmement loin. Derrière, d’autres barques s’affairent et des hommes s’agitent, ignorant l’intensité de ce qui se vit là, au premier plan. On sent la fraîcheur d’une saison ; on entend le clapotis de la rame : la barque file doucement sur le lac. La lumière est rasante, tout en blanc et bleu et la mélancolie qui se dégage de ce tableau n’a d’égal que l’autre facette : une immense sérénité. Tel est le mystère de l’ambiance que crée le bleu, de son ambivalence particulière, de l’autre face du chagrin.

Pour retrouver les fréquences de RCF Isère, cliquez ici. 


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La courbe de tes yeux…

En mars, avec les élèves de l’Atelier, nous travaillerons plus particulièrement sur le regard et le dessin des yeux.

À chaque fois que je cherche à tracer, en pleins et déliés, l’arrondi d’un œil, me vient en Visage453 - copiemémoire ce poème de Paul Éluard (Capitale de la douleur, 1926) :

« La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu. »

reçu de nada168439_nJe pense aussi à ce texte de Michel Evdokimov (Parole orthodoxe, SOP, 2000) :

« Devant une icône, les regards s’unissent, communient dans le regard de celui qui est représenté, abîmé dans la contemplation d’un mystère de feu qui donne au visage sa concentration pensive et luminueuse. La contemplation de l’icône peut être l’apprentissage de la qualité du regard que je poserai sur le monde et sur les hommes ».

Pour aller plus loin : Le Regard de Marie dans l’icône.

 

 


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L’émission du 11 mars : impressions nordiques

Aslak, le petit lapon

Aslak, le petit lapon

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi des rêves de lumières bleues et des émotions de voyages. Lors de l’émission du 11 mars, je glisserai entre imaginaire et souvenirs.

Le livre fétiche de mon enfance s’intitule Aslak le petit lapon (1). Je crois bien qu’il a conduit la plupart de mes rêves de voyage, la quête des contrées en blanc et bleu, l’envie du scintillement  de la neige et du ciel. Le livre, le rêve et la réalité se confondent ; je fais mal la part des choses.

Aslak le petit lapon est un des livres de la journaliste Dominique Darbois. Publié chez Nathan en 1964, il entre dans une série de livres photos sur les enfants du monde qui a marqué beaucoup d’enfants de ma génération.

Je l’ai lu et relu, au point d’être habitée par ces paysages de neige. Malgré les photos en noir et blanc, je les ai vus dans mon imagination d’enfant, tout en blanc et bleu. Très jeune j’ai passé, pour cause de maladie, quelques séjours en pays d’hiver. Étourdie de liberté, j’ai marché, dans la neige, émerveillée par la lumière et le bleu du ciel.

Beaucoup plus tard, j’ai éprouvé la rencontre des ces deux couleurs dans les reflets bleus des glaciers de Norvège. Par un jour de ciel sans nuage, j’ai survolé le Groenland et le Labrador après une tempête qui avait encore souligné le blanc de la glace et les déchirures de la mer, tellement bleue.

Impressions nordiquesJ’ai entendu le crissement des patins du traîneau d’Aslak sur la neige luisante. Et, par un petit matin de février, j’ai ressenti cette sensation ; décor en blanc et bleu sur l’île d’Orléans.

J’ai touché l’écorce des bouleaux et n’ai eu de cesse de retrouver ces paysages. J’habite aujourd’hui un village qui regarde la montagne ; les coteaux sont couverts de bouleaux et parfois, j’utilise ce bois comme support pour mes icônes. Au temps des vacances, je file vers les pays du Nord, le plus près possible du blanc et du bleu, le plus près possible d’Aslak.

En rêve, j’ai senti le poil clair et rêche des rennes. Les animaux se confondent avec la neige, comme parfois, le réel et l’imaginaire. Ainsi le raconte Jacques Poulin, auteur québécois, dans La traduction est une histoire d’amour, à propos du renard polaire natif des régions arctiques (p. 57).

« Dans me rêves, je voyais souvent un renard bleu. C’était probablement celui qui s’appelle isatis (d’après mon Petit Larousse) et qui vit dans les régions arctiques. Il n’est pas vraiment bleu, mais la lune ou le soleil de minuit allument des reflets bleutés sur son poil gris ».

Pour retrouver les fréquences de RCF Isère, cliquez ici. 


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La « lettre de Lentulus »

Mandylion 2

Mandylion 2

Un apocryphe du XIIIsiècle entérine la représentation habituelle du Christ. L’authenticité du document est plus que contestée, mais la description peut servir de repère (Lentulus aurait été gouverneur à Jérusalem sous Ponce Pilate) :

« L’homme est de taille moyenne et beau à voir, avec une expression digne de vénération, que peuvent aimer et craindre tous ceux qui le regardent. Ses cheveux ont la couleur d’une noisette précocement mûrie ; ils sont presque droits jusqu’aux oreilles, mais à partir des oreilles, ce sont des boucles frisées, un peu plus claires et plus brillantes ; et à partir des épaules, ils flottent ; il a une raie au milieu de la tête à la manière des Nazaréens. Son front est lisse et très serein ; son visage sans ride ni tache quelconque, est rendu plus beau par une certaine rougeur. Son nez et ses oreilles sont irréprochables. Il a une barbe épaisse et juvénile, de la même couleur que les cheveux ; elle n’est pas longue, mais se divise légèrement en deux au milieu du menton. Il a un air simple et mûr avec des yeux verts, chatoyants et clairs (…) »