Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Regards sacrés

1 commentaire

Pour terminer nos réflexions et travaux du mois de mars sur le « regard » et la forme des yeux, je voulais vous faire partager ce texte tiré du livre Anil’s Ghost (le Fantôme d’Anil) de Michaël Ondaatje (Sri-Lanka), p. 97. Il n’y est pas du tout question d’icônes, mais des yeux du Bouddha. Et pourtant…

détail d'une sculpture de Marilyne Thévenin

Détail d’une sculpture de Marilyne Thévenin

« Connaissez-vous la tradition des Mangala Nêtra ? » demanda-t-il dans un murmure comme s’il réfléchissait à voix haute. Palipana éleva la main droite et la pointa vers son visage…

Nêtra veut dire œil. C’est un rituel des yeux. Pour peindre les yeux d’une figure sacrée il faut un peintre particulier. C’est toujours les yeux que l’on réalise en dernier. Ce sont eux qui donnent vie à l’image. C’est comme une fusion. Les yeux sont une fusion. Il faut que cette fusion se produise avant qu’un peinture ou une sculpture (…) puisse devenir une chose sainte.

Coomaraswany indique qu’avant que les yeux soient peints, il n’y a qu’une masse de métal ou de pierre. Mais après cet acte, « à partir de ce moment elle devient un Dieu ». Bien entendu il existe des manières particulières de peindre l’œil. Quelquefois c’est le roi qui va le faire mais c’est meilleur quand c’est fait par un professionnel, l’artisan…

Il y a une cérémonie pour préparer l’artisan durant la nuit, avant qu’il ne peigne. Réalisez ! On l’amène seulement pour peindre les yeux sur l’image du Bouddha. Les yeux doivent être peints le matin à cinq heures… l’heure où le Bouddha a atteint l’illumination. Les cérémonies commencent donc la nuit qui précède avec les récitations et la décoration des temples…

Sans les yeux non seulement on ne voit rien, mais il n’y a rien. Il n’y a pas d’existence. L’artisan rend vivante la vision, la vérité et la présence. Il sera ensuite honoré par des dons : terres ou bœufs. Il franchit les portes du temple. Il est habillé comme un prince : il porte des bijoux, il a une épée au côté et un cordon sur la tête. Il s’avance accompagné d’un assistant qui porte les pinceaux, la peinture noire et un miroir de métal. Il grimpe sur un échafaudage dressé face à la statue. Son assistant grimpe avec lui. Vous savez, ceci existe depuis des siècles, cette cérémonie est mentionnée dès le IXe siècle. Le peintre trempe un pinceau dans la peinture et tourne le dos à la statue, il est comme enveloppé dans les grands bras. La peinture est humide sur le pinceau. L’assistant qui lui fait face élève le miroir, l’artisan appuie le pinceau sur son épaule et dépose la peinture sans regarder directement le visage. Il utilise seulement la réflexion du miroir pour se guider pour qu’il n’y ait que le miroir à recevoir directement l’image du regard qui vient d’être crée. Aucun œil humain ne peut être en contact avec celui du Bouddha pendant le processus de création. Autour de lui la récitation des mantras se poursuit : « Puissiez vous profiter des fruits de vos actions… puisse la terre connaître croissance et longueur de jours… salut à vous les yeux ! »

Son travail peut prendre une heure ou moins d’une minute selon l’état de l’artiste. Il ne regarde jamais les yeux directement. Il peut seulement contempler le regard dans le miroir.

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Une réflexion sur “Regards sacrés

  1. Merci pour ce texte original, il nous redit l’importance du regard et complète bien le travail sur les yeux!

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