Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Les impressionnistes et le bleu (émission du 29 avril)

TOUT EN NUANCES

Retrouvez l’émission chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère.

Nymphéas, Claude Monet

Nymphéas, Claude Monet

Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi des rêves de lumières bleues et des émotions de voyages. L’émission du 29 avril sera consacrée aux peintres impressionnistes et à leur passion pour la couleur bleue. Souvenons-nous de la célèbre phrase de Pierre-Auguste Renoir : « Un matin, l’un de nous manquant de noir, se servit de bleu : l’impressionnisme était né » !

Claude Monet, dans sa toile Lavancourt sous la neige, utilise un outremer verni avec de la laque rouge pour obtenir le violet que l’on retrouve sur le sol et le ciel. En revanche, il utilise du bleu de cobalt pour colorer les chaumières. Sa série sur les nymphéas est plus tardive. Monet cultive les nymphéas, nom savant des nénuphars blancs, dans le jardin d’eau (…) de sa propriété de Giverny. À partir des années 1910 et jusqu’à la mort du peintre en 1926, le jardin et son bassin, deviennent son unique source d’inspiration. Il dit :« J’ai repris encore des choses impossibles à faire : de l’eau avec des herbes qui ondulent dans le fond. En dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien. Mon plus beau chef-d’œuvre, c’est mon jardin ».
 Monet concentre le point de vue sur une petite zone de l’étang, perçue comme un morceau de nature, un gros plan sur lequel jouent les reflets du ciel et les transparences. La déclinaison des bleus y est une des plus larges que je connaisse !

Pour retrouver les fréquences de RCF Isère

Article du 29 avril 2013


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Le Mandylion

Mandylion

Mandylion

Je ne me lasse pas de ce modèle.

C’est la première icône proposée aux élèves, dans notre atelier, comme dans beaucoup d’autres.

J’aime revenir à ce modèle « premier », par sa simplicité, son sens théologique « fondateur » et son équilibre. On l’appelle le « mandylion ». Il illustre un thème proche, dans les traditions d’Orient et d’Occident : celui du visage du Christ qui se serait lui-même imprimé sur un linge. Visage « acheiropoïète » ou « non fait de main d’homme ».

Ce modèle-ci, précisément, provient de petites tablettes de Novgorod, peintes à la fin du XVe et au début du XVIe siècle. On peut le décliner à l’infini, en partant d’une structure très simple et géométrique, construite à partir de trois cercles concentriques.

Je crois que je cherche, au bout du pinceau, une paix, le visage de la paix. À scruter cet équilibre, l’écartèlement et les déchirements, les craintes et les remous s’apaisent et se calment. Une petite partie du secret de toute vie se dévoile. Une empreinte s’inscrit sur le sable ; un reflet miroite dans mon cœur et mon âme. Dans l’obscurité, j’entrevois fugitivement l’empreinte de l’Invisible… Un rayon de soleil se faufile ; un vent très doux souffle, parfumé de lilas.

Article du 22 avril 2013


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L’ange gardien

 

Ange gardien

Ange gardien, 20,5 x 23,5 cm, icône sur tilleul, 2017

Le monde est plus vaste que notre champ de vision ; depuis l’Antiquité, on parle d’« anges gardiens » qui nous protègent, nous consolent, nous guident et nous accompagnent. Ceux-ci ne sont pas nommés spécifiquement, même s’ils sont avec nous, autour de nous comme l’air que l’on respire, invisibles et présents, un reflet léger de notre image divine, un bruissement d’aile qui parfois nous alerte, nous porte ou nous caresse le visage.

 

Les Écritures les mentionnent, ainsi, le Psaume 91.

« Il ne t’arrivera pas de malheur,
aucun coup ne menacera ta tente,
car il chargera ses anges
de te garder en tous tes chemins »

Ange gardien2

 

Les Évangiles s’inscrivent dans cette continuité. Jésus appelle au respect des enfants : « Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits, car, je vous le dis, aux cieux leurs anges se tiennent sans cesse en présence de mon Père qui est aux cieux » (Mt 18, 10).

Lui-même est réconforté par un ou des anges alors qu’il reste quarante jours au désert :  « et voici que les anges s’approchèrent et ils le servaient » (Mt 4,11) ainsi qu’à Gethsémani, à l’approche de la Passion : « Alors, lui apparut du ciel un ange qui le fortifiait » (Lc 22, 43).

Par la suite, les Actes des Apôtres mentionnent leur intervention dans la libération de Pierre et Jean à Jérusalem (Ac 5, 19).

Ils sont célébrés le 2 octobre dans l’église catholique et le 8 novembre dans l’église orthodoxe.

 

Article du 16 avril 2013


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Harmonies en bleu et jaune

pigments bleus et jaunes

Pigments bleus et jaunes

Chaque couleur a une signification propre, une résonance, mais son sens évolue dans la confrontation avec telle ou telle autre couleur.

Ainsi en est-il du bleu et du jaune.

Le bleu a d’abord été utilisé en substitution à l’or afin d’évoquer les cieux, l’infini, le divin. Puis est venu le temps de la complémentarité entre le jaune – doré – et le bleu. Cette alliance représente la lumière, celle du soleil, des étoiles ou encore la lumière divine, qui brille dans le ciel ou dans la nuit. L’alliance du bleu et du jaune est l’apanage du manteau royal avec ses fleurs de lys en or sur fond bleu, comme les étoiles des voûtes de Ravenne et de Byzance.

Goethe insiste sur la résonance entre les couleurs. Il établit que seuls le jaune et le bleu sont perçus comme des couleurs entièrement pures. Le jaune est la porte d’entrée vers la lumière – « tout proche de la lumière » – et le bleu s’apparente à l’obscurité – « tout proche de l’ombre ». Ils constituent les pôles opposés entre lesquels les autres couleurs se laissent ordonner. « Le jaune apporte toujours une lumière, et l’on peut dire que de même, le bleu apporte toujours une ombre » écrit-il dans son Traité des couleurs.

Pour Goethe, le jaune est une couleur positive prestigieuse et noble évoquant une atmosphère d’activité, de vie, d’effort, de savoir et de clarté. Il est lumière, force, proximité et élan, une impression chaude et agréable. Le jaune est parfaitement complété par le bleu, couleur de dépouillement, d’ombre, d’obscurité, de faiblesse, d’éloignement, d’inquiétude, de nostalgie et de froid.

Ainsi, l’alliance entre ces deux couleurs est bien celle de la rencontre entre la lumière et les ténèbres, une sorte de complémentarité, une attirance indispensable. Les impressionnistes utilisent largement cette association qui trouve un paisible accomplissement contemporain dans les motifs provençaux et les décors de cuisines ou d’intérieurs.

Mais si nous avons parlé de la complémentarité du bleu et du jaune, nous n’avons pas encore évoqué leur rencontre…

Goethe n’en croirait pas ses yeux s’il découvrait aujourd’hui Petit-Bleu et Petit-Jaune (1), un livre qui a marqué des générations d’enfants, la rencontre entre deux couleurs traitée de façon inattendue et contemporaine.

Écrit et illustré par Leo Lionni, l’édition originale publiée aux États-Unis en 1959 sous le titre Little blue and little yellow, est le premier album pour enfants de Leo Lionni.

L’histoire et le graphisme sont particulièrement simples : Petit-Bleu vit à la maison avec Papa-Bleu et Maman-Bleu. Il est entouré de plein d’amis. Son meilleur ami, Petit-Jaune, habite juste en face avec Papa-Jaune et Maman-Jaune. Un jour, seul à la maison, Petit-Bleu, malgré les interdictions, sort pour jouer avec Petit-Jaune. Lorsqu’ils se retrouvent après une longue recherche, Petit-Bleu et Petit-Jaune sont tellement contents qu’ils s’embrassent et deviennent… tout verts ! Mais leurs parents vont-ils les reconnaître ?

Dans le graphisme épuré à l’extrême, chacun des personnages n’est en réalité qu’une sorte de bulle de couleur qui rencontre l’autre : les deux couleurs primaires se mélangent en en créant ainsi une troisième, le vert.

Ce livre est très vite devenu un classique de la littérature jeunesse. Combien d’entre nous ne l’ont-ils pas lu et relu, puis retrouvé pour leurs enfants ou leurs petits-enfants ?Combien de crèches et d’écoles n’en ont pas décliné les larges possibilités d’exploitation pédagogique ?

Difficile de savoir à quoi est dû le succès de cet ouvrage : est-ce le traitement graphique original, l’extrême simplicité, le dépouillement, ou encore la profondeur des sujets qu’il aborde mine de rien, notamment l’amitié et la différence, la transformation qui naît de la rencontre et le miracle des couleurs ?

1. LIONNI Leo, Petit-Bleu et Petit-Jaune, éd. l’École des loisirs, 1970.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 15 et le 22 avril 2013 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 10 novembre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitres 71 et 72.

Article du 15 et 22 avril 2013

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Salon des Savoir-faire, dimanche 14 avril à Vizille

IMGP6567Salon des Savoir-faire en sud grenoblois, dimanche 14 avril 2013 de 10 heures à 18 heures, salle « La Locomotive » à Vizille.
Pour le détail de la journée et la liste des exposants : flyers salon savoir faire
ou sur FB : Salon des savoir faire (n’hésitez pas à « partager »l’événement et à vous « inscrire »).

Une dizaine d’artistes seront présents (dont Jennifer Pellenq – voir dans les liens) ainsi que des producteurs locaux, et des personnes représentant des sites culturels ou patrimoniaux.

Démonstrations pour les enfants (jeux en bois).

AT2À partir de cette date, l’Atelier d’icônes sera ouvert chaque jeudi de 13 h 30 à 17 h 30. Pensez à vérifier les restrictions d’accès et mes présences, à la rubrique contact/pour l’accès.

 

 

Article du 10 avril 2013


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La préparation à l’œuf

IMGP6612Pour peindre une icône, on utilise une préparation à base d’œuf, qui, mélangée aux pigments, sert à la fois de liant, de fixatif et de vernis.
On parle aussi de tempera à l’œuf.

L’œuf est le germe de vie. Il est aussi l’élément « animal » de la préparation de l’icône.

IMGP6613La recette :

Casser un œuf et le poser délicatement dans la main.

 

IMGP6615IMGP6619IMGP6616Sous une eau coulante, enlever progressivement le blanc, pour ne garder que le jaune. On peut aussi utiliser un peu de papier genre Sopalin et y déposer le jaune d’œuf afin de le nettoyer. C’est moins agréable, car il manque cette belle sensation de l’eau qui coule, de la fluidité, de la vie…

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IMGP6626IMGP6627

Crever le jaune et déposer dans un récipient seulement l’intérieur du jaune (jeter la membrane qui l’entourait… ou la donner à son chat : le mien en raffole). Ajouter un volume de vinaigre blanc d’alcool (de préférence, mais s’il est un peu teinté, cela n’a aucune importance) égal au volume du jaune d’œuf, puis deux volumes d’eau. Mélanger très doucement (sans battre) pour rendre le mélange homogène. Nous retrouvons les proportions habituelles de l’icône : un (œuf)/ trois (« liquide » = eau + vinaigre)

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IMGP6636IMGP6631On peut ensuite ranger le mélange au réfrigérateur et ne le sortir qu’au moment où on l’utilise.

La préparation se conserve mieux en y glissant un clou de girofle, ainsi que notre ami Pierre, l’enlumineur, nous l’a enseigné.

Jeter le mélange au bout d’une quinzaine de jours, ou bien parce que l’odeur évolue (mal !) ou bien parce qu’un dépôt blanchâtre se forme au fond du récipient.

Toutes les photos sont de Bruno Couchaud.

Article du 6 avril 2013


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Le bleu dans la cuisine (émission du 8 avril)

TOUT EN NUANCES

Retrouvez l’émission chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère

chez JoceDurant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi des rêves de lumières bleues et des émotions de voyages. L’émission du 8 avril sera légère ;  je parlerai du bleu dans la cuisine, une couleur qui n’est  pas réputée pour être « appétissante » ni « portée » par les aliments comestibles. Et pourtant…

Pour retrouver les fréquences de RCF Isère.

 

 

Article du 8 avril 2013


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Elle tourne son visage vers la terre…

Le jeune Arthur Rimbaud, alors âgé de 16 ans, dans un poème de 1870, Le Sang et les larmes, décrit une scène à travers laquelle on imagine tout ce qui remplit les yeux de Marie (…) (Publié dans Proses et vers de collèges, Œuvres, La Pléiade).

Vierge de Tendresse

Vierge de Tendresse

« En ce temps-là, Jésus habitait Nazareth.
L’enfant croissait en vertu comme en âge.
La rose du matin commence à teinter les toits du village
Tout est endormi. Il sort de son lit,
(…)
Il pousse et tire la grande scie.
(…)

Or, sa Mère, entendant grincer la lame de la scie,
Avait quitté son lit. Doucement, elle entre en silence,
Le voit travailler et retourner les poutres.
Son sourire brille de larmes (…)
Mais tout à coup la scie se brise
Inopinément, son tranchant blesse les doigts.
Le sang pourpre tache sa robe blanche.
Un léger cri sort de sa bouche.
Mais aussitôt, il regarde sa mère
Et cache les doigts rougis sous son vêtement.
Il feint de sourire, et lui dit « Bonjour maman » !

Mais la Mère se jette aux genoux de son Fils
Elle caresse, hélas, les doigts avec ses doigts.
Tendrement elle embrasse les paumes.
Elle gémit fort et son visage est baigné de grosses larmes.

Mais l’enfant, sans s’émouvoir :

– « Pourquoi pleures-tu, Mère qui ne sait pas ?
Parce que le fil de la scie a effleuré mes doigts ?
Le temps n’est pas venu où il faudra que tu pleures ».

Et il reprend l’ouvrage commencé.

La mère reste en silence.

Et pâle, elle tourne son visage vers la terre.
(…) »

Extrait de Le Regard de Marie dans l’icône.

Article du 3 avril 2013