Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Naissance d’un visage (2)

Naissance d'un visage 2Voici le document sur lequel nous avons travaillé, avec les personnes qui ont débuté l’apprentissage de la peinture d’icônes, au mois de novembre à Saint-Hugues de Biviers (le format de la plaquette est assez petite : 15 x 20 cm) . Cet exemple est conforme à la progression très symbolique que nous utilisons, mais dont on trouve une infinité de variantes.

– la première vignette est une photo du modèle utilisé. Dans la majorité des cas, les visages sont représentés de façon pas tout à fait symétrique. Pour les débutants, nous refaisons le dessin et essayons de mémoriser la construction. Aussi, nous adaptons les modèles et les traitons comme s’ils étaient complètement de face. Ici, on a conservé un tout petit décalage.

– le calque. On distingue une petite croix rouge qui est le centre de la construction (pour un visage complètement symétrique, le centre serait situé dans le triangle au sommet du nez). Seuls les traits indiqués en rouge (limites des masses de couleurs) seront repassés dans un premier temps (c’est l’étape n° 1 dans la fiche « repère pour les étapes » dont tous mes élèves disposent).

– vignette suivante : une couche très légère d’imprégnation qui permet à la fois de voir comment réagit le support et d’apporter des modifications ou de nuancer autrement certaines couleurs si besoin.

– puis (vignette en haut, tout à fait à droite), jusqu’à 9 couches de couleur pour obtenir une consistance, une opacité, une impression de terre sur le vivant. Bien sûr, dans un si petit format (chaque vignette fait environ 4,5 x 6,5 cm) ou en stage, nous allons plus vite.

– ensuite (vignette en bas à gauche : étape n°4 dans la fiche « repères pour les étapes »), premiers éclaircissement ou négatif à l’ocre rouge.

– puis à la « lumière » à l’ocre jaune (étape n° 6 dans votre fiche « repères pour les étapes »).

– premières précisions, (les lignes deviennent fermes) suggestion du regard (étape n° 9 dans votre fiche « repères pour les étapes »).

– dernière vignette : les blancs (et les noirs), le regard, les inscriptions…

Vous pouvez retrouver cette progression nettement plus détaillée  (en 20 photos) sur https://iconeslamour.wordpress.com/peindre-une-icone-2/pas-a-pas/

Article du 28 novembre 2013


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Abraham, « l’ami de Dieu »

Abraham

Le sein d’Abraham, 16 x 20 cm, 2013

Abraham est le premier des grands Patriarches de l’Ancien Testament. Son histoire racontée dans la Genèse (de 11,26 à 25,10), se déroule entre le XIXe et le XVIIe siècle av. J.-C.

Descendant de Sem, un des fils de Noé, il s’est d’abord appelé Abram.
Abraham signifie « l’ami de Dieu ». Dans le Coran, il apparaît sous le nom d’Ibrahim.

Éleveur nomade, sa vie est racontée comme une pérégrination continuelle, pour répondre à l’appel de Dieu.

Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir.
Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai.
Je rendrai grand ton nom.
Sois en bénédiction (Gn 12, 2)

Marche en ma présence et sois intègre (Gn 17, 2)

Pour moi, voici mon alliance avec toi : tu deviendras le père d’une multitude de nations (Gn 17, 4)

Abraham

Icône sur tilleul, 12 x 15 cm, 2019

Abraham est représenté comme un beau vieillard à la barbe blanche et fournie.

Les âmes des Justes sont accueillies dans son sein. Les sculpteurs du Moyen Âge ont illustré ce thème (portail de l’église de Moissac ou de la cathédrale de Reims), qu’on retrouve sur les fresques du monastère de Mar Moussa (Syrie).

Abraham, Mar moussa

Abraham, Mar moussa

« Nous nous sommes demandés quel nom donner à notre « confédération monastique ». Pour plusieurs raisons qui mériteraient toute une lettre, nous avons décidé de nous appeler « La communauté al-Khalil». En arabe, al-khalil signifie l’Ami; c’est le nom d’Abraham, l’Ami de Dieu, aussi bien dans la Bible (Isaïe 41,8; Chroniques 20,7; Jacques 2,23) que dans le Coran. C’est aussi le nom de la ville palestinienne où le Patriarche, Le Père des croyants, est enseveli. (lettre aux amis de Mar moussa, oct. 2002)

 

 

 

 

 

Article du 25 novembre 2013


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Chagall, « La Maison bleue »

Tout comme les portraits et autoportraits de Chagall, ses paysages, ses natures mortes et ses vues d’intérieur sont largement dominés par le bleu avec une connotation tantôt paisible et tantôt tourmentée.

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Chagall, Vitebsk

Je pense à plusieurs tableaux, mais l’énumération pourrait être sans fin tellement ils sont nombreux et riches de tant de bleus ! La Vue de la fenêtre à Vitebsk, sa ville natale, date de 1908 et évoque ses débuts. Presque tout baigne dans une lumière bleue, sauf peut-être l’arc-en-ciel dans un coin du tableau. Chagall explique ce choix par la lumière qu’il perçoit : « Ma chambre s’éclairait du bleu foncé, tombant de la fenêtre unique. La lumière venait de loin : de la colline, où se trouvait l’église. J’éprouve toujours du plaisir à peindre une fois de plus cette église et cette petite colline sur mes tableaux. »

Dans La Maison bleue, une huile datant de 1917 à 1920, une sorte d’isba bleue en rondins surgit, en mauvais état, toute de guingois, mais néanmoins accueillante avec ses fenêtres grandes ouvertes. De l’autre côté de la rivière, la Dvina, apparaît la ville de Vitebsk : des maisons de pierre entourées d’une palissade, un monastère aux multiples coupoles… La ville reflète aussi des touches de bleu, surtout sur les toits où le bleu côtoie alors d’autres couleurs. Un historien d’art de l’époque, Wermer Haftman, écrit à propos de ce tableau : « La cabane apparaît rayonnant du bleu fondamental à partir duquel s’orchestre ensuite la mélodie des couleurs. Elle amène l’image de l’apparition à briller et l’insère comme dans un cristal coloré. »

Chagall, intérieur

Chagall, intérieur

Il peint également des intérieurs, ou plutôt des paysages extérieurs vus de l’intérieur : Bella, son épouse, à table, Intérieur aux fleurs (1917), Fenêtre avec vue sur le jardin (1917). Toutes ces œuvres sont bleues, dans des nuances différentes, avec seulement quelques touches d’autres couleurs, comme les détails de robes rouges des personnages que l’on entrevoit.
Et toujours au loin, malgré le bleu, gronde la Grande Guerre…

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 25 novembre 2013 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 7 novembre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 91.

Sur Chagall, on peut lire aussi « Je suis bleu », Les Amants bleus et Visage bleu.

Article du 25 novembre 2013


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Chagall, « Les Amants bleus »

Chagall voit le jour près de Vitebsk, en Biélorussie. Aîné d’une famille de neuf enfants, il étudie à l’École des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. En 1910, il part pour Paris et se lie d’amitié avec le monde de la poésie et de la peinture. En 1914, il pense retourner dans son village d’origine pour une courte période, mais la Première Guerre mondiale en décide autrement. En 1915, il épouse Bella Rosenfeld et cet événement est à l’origine d’une cascade d’œuvres d’un magnifique lyrisme.

Chagall, les amoureux en bleu

Les Amants bleus

Chagall peint alors des couples d’amoureux : en vert, en bleu, en rose. Certaines de ces toiles ont été retrouvées récemment dans des collections particulières. Ces personnages évoquent à la fois le propre couple de Marc Chagall et de Bella, et toute une série de types humains, de rencontres, de duos qui inventent leur ambiance, leur alliance en bleu, l’envolée de l’amour.

Dans Les Amants bleus, les personnages appartiennent au bleu profond qui envahit la toile. Ils y respirent à l’unisson de leurs sentiments. L’homme semble auréolé de feuillages bleutés et la chevelure de la femme se dilue dans la nuit du ciel.

Mais ne nous y trompons pas : Chagall ne se noie pas du tout dans un océan bleu de poésie et de bons sentiments. Le bleu est quelquefois la couleur de l’angoisse et du chaos. Ainsi, il représente son frère cadet jouant de la mandoline, dans un camaïeu de bleus inquiétant et grimaçant. Chagall aimait passionnément ce frère, emporté tout jeune par la tuberculose. Le visage émerge d’une vapeur bleuâtre transpercée d’éclats blancs. Tout est brutal malgré l’unique teinte et l’orientation régulière des traits de pinceaux : la posture décontractée du jeune homme contraste avec son visage tourmenté. On entend son rire, grinçant, dans un malaise palpable, prémonitoire, tout en bleu…

Mais voilà, en dépit de la guerre et des angoisses, l’œuvre de Chagall semble se détacher de la réalité et de l’histoire ambiante. Il peint, il peint en bleu, il peint des amoureux qui s’envolent, des baisers bleus et des enlacements : « Mon cirque se joue dans le ciel, il se joue dans les nuages parmi les chaises, il se joue dans la fenêtre où se reflète la lumière. »

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 18 novembre 2013 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 7 novembre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 90.

Sur Chagall, on peut lire aussi « Je suis bleu », La Maison bleue et Visage bleu.

Article du 18 novembre 2013


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L’icône de la Transfiguration

Icône de la Transfiguration (30x40cm)

Icône de la Transfiguration (30 x 40 cm)

Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les emmène, à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Intervenant, Pierre dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, je vais faire ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie.» Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les recouvrit. Et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. Écoutez-le ! » En entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre, saisi d’une grande crainte. Jésus, s’approcha, il les toucha et dit : « Relevez-vous ! Soyez sans crainte. » (Mt 17, 1-7, voir aussi Mc 9, 2-9 ; Lc 9, 28-36)

Cette icône est une étape importante dans le parcours de l’iconographe. Elle est l’icône de la lumière, l’icône du bouleversement du regard, celle par laquelle « on devient iconographe ». Elle marque l’aboutissement d’un cheminement d’initiation et en même temps, le départ pour un nouveau voyage. On pose alors l’or et les regards (voir le lien).

Icônes de la Transfiguration, par la main de Blandine, Solange et Annie, élèves de l'Atelier (présentées à Brié, oct 2013)

Icônes de la Transfiguration, par la main de Blandine, Solange et Annie, élèves de l’Atelier (Brié, oct 2013)

De la même façon, la Transfiguration marque une étape dans le cheminement des apôtres. Elle représente l’épisode au cours duquel Jésus emmène trois des ses apôtres (Pierre, Jacques et Jean) sur une montagne (la tradition l’identifie au Mont Thabor). La montagne, ce lieu de la rencontre entre le ciel et la terre, lieu de rencontre avec Dieu, lieu des manifestations divines : l’air y est soudain plus clair peut-être, plus transparent…

Là, ils voient le Christ transfiguré, vêtu de lumière, corps de lumière : il apparaît dans une mandorle bleue, signe de la révélation divine. À la gauche de l’icône se tient Elie, et à droite, Moïse, tenant les tables de la Loi. L’un et l’autre, qui ont déjà vécu cette révélation de lumière (Elie enlevé sur un char de feu et Moïse au buisson ardent), ont une main dans la mandorle, comme s’ils avaient déjà touché, pénétré cette lumière… ou été touchés par celle-ci.

Le Christ se révèle, mais l’icône, comme le moment vécu, traduit ce que nous sommes nous-mêmes : appelés à la lumière. Ce flot de clarté touche les apôtres par trois rayons, mais tout leur être est atteint : ils sont bouleversés, chamboulés, « cul par dessus tête ». Pour la première fois, leurs yeux s’ouvrent à une réalité dont ils avaient, jusqu’alors, seulement effleuré l’essentiel.

Théophane le grec (vers 1403)

Théophane le Grec (vers 1403)

Une des réalisations qui sert de fondement aux icônes de la Transfiguration est une grande icône de Théophane le Grec (tout début du XVsiècle). Mais certaines sont beaucoup plus anciennes : mosaïques du monastère Sainte-Catherine du Sinaï (VIe siècle), de Daphné en Grèce (fin XIe siècle) ou de Constantinople (conservée au Louvre, XIIe siècle), fresques rupestres de Cappadoce… Toutes, malgré leur diversité, ont des caractéristiques et une construction constantes.

J’avais réalisé cette icône pour la première fois en 1995. Jamais une de  mes planches n’a aussi mal réagi et des fissures se sont installées partout sur l’enduit. Ludmilla, mon professeur d’alors, m’a encouragée à continuer, même si j’avais l’envie de tout jeter et recommencer. Les fissures se sont un peu dissimulées dans les aspérités de montagnes. Pour moi, c’était comme accepter que quelque chose puisse jaillir des décombres.

Une lumière nous touche et nous chamboule : un moment de grâce, un bouleversement, une éblouissante et fugitive clarté, puis le souvenir et la nostalgie de retrouver cet instant parfait…

Just a perfect day… 

Lire aussi les articles sur la mandorle qui commencent ici

Article du 4 novembre 2013


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Chagall, « je suis bleu »

Le lundi 4 novembre 2013, nous avons commencé un cycle en quatre épisodes sur Marc Chagall (1887 à 1985).

Autoportrait à la palette

Autoportrait au chevalet

 

Marc Chagall vécut presque centenaire, de 1887 à 1985. Dans son œuvre, une couleur rayonne, c’est peu dire, et c’est le bleu, que ce soit dans ses peintures, dans le choix des tesselles de ses mosaïques ou encore davantage dans ses vitraux.

Non seulement le bleu domine largement, mais le titre des tableaux souligne encore cette omniprésence : Les Amants bleus, Le Violoniste bleu, Le Cirque bleu, Paysage bleu, Le Visage bleu…

Il faudrait étudier presque toutes ses œuvres pour comprendre l’entêtement de Chagall pour le bleu et l’attirance pour le ciel et ses promesses. Restons un peu dans cet univers onirique et rayonnant. C’est bien Chagall et le bleu, pour nous réchauffer et nous faire oublier la saison de l’avancée des nuits !

L’artiste lui-même semble se voir en bleu et se serait écrié :
« Pourquoi bleu ? Mais je suis bleu, comme Rembrandt était brun. »

Ses autoportraits confirment cette sensation. L’un d’entre eux, l’Autoportrait au chevalet datant de 1914, est offert par Chagall à son ami Ilya Ehrenbourg. L’artiste y est représenté tenant une palette, face à une toile à la texture très visible et au léger ramage bleu évoquant le ciel. Il paraît tourner la tête avec un visage vague et interrogateur à l’étrange regard bleu ; il est vêtu d’une chemise insolite ornée d’extravagants galons semblant se refléter sur la toile, du même bleu changeant. Où est le réel ? Lequel reflète l’autre ? Cette main qui trace les formes bleues ? Ce regard qui part ailleurs, très loin, personne ne sait vers quel voyage, vers quelles pensées ? Ce jeu de miroir ? Ces nuages aux tonalités bleues qui, à leur tour, reflètent le ciel ?

Alexandre Kamenski, critique d’art spécialisé dans l’œuvre de Chagall, écrit à propos de ce tableau : « La magie de la couleur donne son unité à cet apparent paradoxe. Je me souviens de la première impression que me fit cet autoportrait, qui demeura longtemps posé sur un chevalet au milieu du vaste salon de l’appartement moscovite d’Ilya Ehrenbourg. C’était comme un nuage, une brume bleue flottant au-dessus du tableau. L’espace environnant se colorait de cette lumière irréelle. »

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 4 novembre 2013 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 7 novembre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 89.

Sur Chagall, on peut lire aussi Les Amants bleus, La Maison bleue et Le Visage bleu

Article du 4 novembre 2013