Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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L’émission du 30 décembre : des îles de bleu et de vent

Pour la 3e année, je vous propose l’émission TOUT EN NUANCES tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère. Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.

Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en cliquant ici , puis écouter celle-ci en podcast à partir de lundi sur le site de RCF Isère. Dans l’émission du 30 décembre, j’évoquerai les Îles de la Madeleine, de belles images en guise de vœux pour la nouvelle année.

« Un étrange été avait passé, tout bosselé et cabossé. Nous étions là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique.

Il y eut une parenthèse qui nous conduisit, après quelques jours de lente navigation sur le fleuve majestueux, vers des îles, les Îles de la Madeleine, un archipel septentrional au large de l’embouchure du Saint-Laurent.

Iles de la Madeleine

Îles de la Madeleine

Quand je repense à cet été déclinant ses nuances de gris, je revois ces îles, ponctuées d’éclairs bleus. Partout, à chaque pause du regard, des bleus intenses. Le bleu de la mer bien sûr, c’est l’image évidente, une mer battue par tous les vents et les remous, qui change de teinte à chaque éclaircie, à chaque frôlement du vent.

Le bleu des coques des bateaux qui se serrent dans les ports, claquent les uns contre les autres et portent des noms de femmes ou d’espoirs.

Le bleu des maisons de bois peint, qui égrènent ce pays de côtes et de falaises ; ces maisons fières dans le vent.

Il y eut, en entrant dans le minuscule musée de la Mine de sel, sur la dune, ce cristal bleu posé sur le comptoir, une « halite bleue » – ou pierre de sel – qui scintillait et semblait porter en elle tous les reflets de la terre.

Il y eut les fleurs, les baies et les oiseaux et le ciel, encore le ciel, changeant à chaque instant, le ciel et le vent, le ciel et la mer, le ciel comme une palette de bleus…

Il y eut les bougies bleues déposées devant la statue de la Vierge de l’église Saint-Pierre de la Vernière – une Vierge revêtue d’un manteau bleu évidemment – une grande église de bois toute blanche, datant du XIXe siècle et construite, à l’origine, à partir d’une cargaison de bois provenant de deux navires ayant fait naufrage dans les environs. Une tempête avait ravagé la première construction.

Iles de la Madeleine 2

Îles de la Madeleine 2

Et puis, au détour d’un chemin, il y eut ce fil à linge sur lequel se balançait au vent tout un assortiment de vêtements bleus. C’était comme un roman ou un mystère. Toutes sortes de vêtements, de toutes les tailles, dans des tonalités diverses de bleus. Non pas un linge décoloré en bleu par accident, mais un camaïeu de pantalons, tee-shirts, chaussettes, turquoises ou marines, rayés ou unis. Était-ce une famille de peintres ou un rassemblement de lutins ? Captivée, j’ai photographié ce fil à linge tout en bleu comme on frôle un mystère, et j’ai imaginé cette famille et une vie tout en bleu. »

 

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L’émission du 23 décembre : la Route bleue (2) (Kenneth White)

Pour la 3e année, je vous propose l’émission TOUT EN NUANCES tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère. Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.

Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en cliquant ici , puis écouter celle-ci en podcast à partir de lundi sur le site de RCF Isère.

J’ai présenté la semaine dernière  la préface de La Route bleue de Kenneth White, publié chez Grasset en 1983. J’ai lu ce livre un peu abrupt d’une traite. L’auteur y raconte l’absurde désir de parcourir le Labrador dans les années quatre-vingt, attiré par une force irrésistible. Car il n’y a pas grand-chose à voir : des routes – interminables, des petites villes industrielles improbables et sans autre charme que d’être des bouts du monde, des hôtels miteux… il décrit tout cela à la lumière du mot « bleu », qui revient tout le temps. Je connais et je partage cette attirance (…) J’ai sélectionné un autre extrait. Ambiance :

Halite bleue, Iles de la Madeleine, août 2013

Halite bleue (Pierre de sel), Iles de la Madeleine, août 2013

« Des images bleues surgissent sur mon chemin de temps à autre, en rêve ou dans la réalité.
Cela a commencé à Glasgow. Le sari bleu sur le pont.
Puis j’ai fait un rêve dans lequel j’ai vu une pierre, et la pierre s’est brisée, et de l’intérieur sortait une étrange lumière bleue.
Et puis il y eut le matin où, dans le jardin botanique de Glasgow, je suis tombé en arrêt devant les fleurs bleues du pavot tibétain.
Ces apparitions ont lieu en général dans des périodes de détresse, quand je me sens dérouté.
Ce fut le cas récemment, alors que je me tenais à la fenêtre d’une maison en Bretagne : un geai bleu s’est posé juste en face.
Ces signes bleus me remettent sur le chemin profond.
(…)
Il vente sur l’Ungava, et c’est une longue soirée à Fort Chimo, quelque part dans la grande nuit du monde.
À quelques mètres de là – des bribes me parviennent par instants –, un orchestre rock esquimau joue Polar Blues.
Toute la nuit je reste assis à la fenêtre. »

p.208


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Sainte Lucie

Sainte Lucie, un extrait de Décalage horaire, p. 19 (cliquer sur le lien pour la présentation)

Sainte Lucie, Jacopo Torriti

Sainte Lucie, Jacopo Torriti

« Un grand tableau de sainte Lucie (1) accueille le visiteur tout de suite à droite, dans la première salle du musée de Grenoble. Elle est présentée de face, couronnée, vêtue d’un costume impérial rehaussé de pierreries et d’ors. D’un geste gracieux de la main gauche, elle retient les plis amples de sa robe rouge. Du bout des doigts de l’autre main, elle porte une lampe allumée. C’est un ex-voto (2), le tableau le plus ancien des collections italiennes du musée. Il est attribué à un certain Jacopo Torriti (ou à un de ses élèves) et date de la fin du XIIIe siècle (tempera sur bois, 1,70 x 0,64 m).

Ce tableau m’évoque la stabilité.

Tout change si vite ! À peine a-t-on appris à utiliser une technique nouvelle qu’elle est déjà dépassée. Ce tableau me touche à cause de toutes les années qu’il a traversées, à cause de l’influence byzantine qui l’anime, mais surtout parce que ce peintre, ce Jacopo, employait exactement la technique que nous utilisons aujourd’hui pour peindre les icônes : un grand panneau de bois enduit de colle de peau de lapin ou de colle de peau de poisson, de la craie, un fond d’or, des pigments naturels liés avec du jaune d’œuf, des pinceaux très doux en poil de martre ou de petit gris. On appelle cette technique la tempera ou aussi la détrempe à l’œuf.

Sainte Lucie, 16x19cm, déc 2013

Sainte Lucie, 16 x 19 cm, déc 2013

Dans le calme de mon atelier, dans mon travail de lenteur et de patience, tout en préparant mes planches de tilleul ou de bouleau et mes enduits à la craie, je pense parfois à la sainte Lucie du musée de Grenoble. Je mélange une couleur de terre ocre jaune, ocre rouge ou vert avec un peu de jaune d’œuf et je pense à Jacopo qui travaillait de la sorte. J’écrase longuement le pigment qui crisse sous le pilon de céramique afin d’obtenir une belle onctuosité. J’ajoute un peu d’eau et une pointe de noir de vigne puis j’observe la couleur, ses brillances et ses moirures (…) Je me dis que quelque chose de rassurant nous relie, une durée, une permanence, un tranquille défi au temps. Comme si la petite lumière de la lampe tenue par sainte Lucie était un flambeau transmis d’une main à l’autre à travers l’histoire, une veillée pascale, le silence vigilant d’une sentinelle. Ses doigts caressent mes doigts et touchent l’âme de ceux à qui elle transmet la lumière. Comme si cette veilleuse était posée là, désormais, sur ma table de travail. Ce minuscule phare dans la nuit m’éclaire et me rassure. Au loin, la mer peut bien gronder. Je protège la flamme du vent et de la tourmente du temps ou la tiens entre mes doigts pour me réchauffer. Je regarde miroiter ses reflets en espérant qu’elle brûle aussi au-dedans. J’ai un peu moins peur quand je pense à Lucie, à Jacopo et à tant d’autres : ils me donnent la main. La ténacité d’un léger éblouissement m’accompagne.

(1) Sainte Lucie est martyrisée au début du IVe siècle. Son histoire, racontée en détail dans La Légende dorée, ne mentionne pas le lien entre son nom et son sens latin Lux, lumière.

(2) Quelques détails subtils le précisent : la petite donatrice sans doute guérie d’une maladie des yeux est agenouillée ; des anges répandent de l’encens évoquant la prière qui s’élève.


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L’émission du 16 décembre : « La Route bleue » (Kenneth White)

Pour la 3e année, je vous propose l’émission TOUT EN NUANCES tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère. Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.

Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en cliquant ici , puis écouter celle-ci en podcast à partir de lundi sur le site de RCF Isère.

Labrador, février 21013

Labrador, février 21013

Avec l’hiver me reviennent ces impressions fortes de pays de neige. Bleu et blanc, étincelant. Et surtout, un certain survol du Labrador, par une journée de lumière extrême.

Plutôt que de remuer maladroitement des souvenirs mêlés, je préfère vous lire la préface du livre de Kenneth White, La Route bleue, publié chez Grasset en 1983.

« Le Labrador. C’est l’année de mes onze ans que ce pays (…) me fit signe. Cela, je le dois à une livre et aux images qu’il contenait : des Indiens, des Esquimaux, des montagnes, des poissons et des loups blancs hurlant à la lune.

C’est ainsi que, dès votre enfance, des images se gravent dans votre esprit (…) et que, trente ans plus tard, vous les poursuivez toujours (…)

Voilà comment je me suis aventuré sur cette route bleue.

Mais qu’est-ce qu’une route bleue ? me direz vous. Je n’en sais trop rien moi-même. Il y a le bleu du grand ciel ; bien sûr, il y a le bleu du fleuve, le majestueux Saint-Laurent, et plus loin, il y a le bleu de la glace. Mais toutes ces notions, ainsi que quelques autres qui me viennent à l’esprit, si elles parlent à mes sens et à mon imagination, sont loin d’épuiser la profondeur de ce « bleu ».

Ce serait donc quelque chose de « mystique » ?

(…)

Peut-être la route bleue est-elle ce passage parmi les silences bleus du Labrador.

Peut-être l’idée est-elle d’aller aussi loin que possible – jusqu’au bout de soi-même – jusqu’à un territoire où le temps se convertit en espace, où les choses apparaissent dans toute leur nudité et où le vent souffle, anonyme.

Peut-être.

La route bleue, c’est peut-être tout simplement le chemin du possible.

De toute façon, je voulais sortir, aller là-haut et voir. »

K.W., Côtes-du-Nord, printemps 1983


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La Vierge Pelagonitissa

Pelagonitissa

Pelagonitissa (16 x 22 cm)

Ce type de modèle daterait de la fin du XIe ou du XIIe siècle.

Il s’apparente au type iconographique Pelagonitissa (venant de Pélagonie, en Macédoine, où ce genre de représentation était fréquent) : c’est une variante très spéciale du modèle « Vierge de Tendresse ».

Sa caractéristique principale est l’absence de solennité, mais les commentaires attribuent à l’enfant tantôt une attitude d’espièglerie et tantôt, une connotation de peur ou d’agitation.

Dans ce modèle, Marie, le regard  perdu dans le lointain (ou tourné vers nous ?) semble poser ses lèvres sur le visage de l’enfant. D’une main tenant un lange doré, elle présente l’enfant ; de l’autre, elle semble lui tenir fermement le mollet. Le linge doré évoque t-il l’enfance ou le linceul ? Comme toujours, probablement les deux.

Lui, vêtu d’une toge blanche (himation), les bras et les jambes nues, et semble effectuer un mouvement rotatif, qui lui donne une impression un peu « désarticulée ». Il ne porte pas d’auréole (ce qui est extrêmement rare), sa tête est basculée en arrière et une de ses mains posée doucement sur la joue de sa mère.


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L’émission du 9 décembre : quel bleu aujourd’hui ?

Pour la 3e année, je vous propose l’émission TOUT EN NUANCES tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère. Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.

Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en cliquant ici , puis écouter celle-ci en podcast à partir de lundi sur le site de RCF Isère.

Cobalt "un peu foncé"(45701 ), cobalt turquoise clair (K45750), outremer verdâtre intense (K45030), Han pourpre (K10074)

Cobalt « un peu foncé »(45701 ), cobalt turquoise clair (K45750), outremer verdâtre intense (K45030), Han pourpre (K10074)

Après tout ce temps passé avec Chagall, je reviens un peu à mon travail de tous les jours : la peinture de l’icône. Combien de fois, en me mettant au travail, je me demande : quel bleu vais-je utiliser aujourd’hui ? Je regarde mon étagère de pigments bleus avec sa cinquantaine de variétés, et j’ai l’embarras du choix, j’ai l’impression de feuilleter un catalogue de voyages…

Il y a le goût et l’envie et l’humeur du matin mais aussi quelques critères à respecter.
Pour le manteau du Christ, je dois choisir un bleu qui se suffit à lui-même : j’ai le choix entre plusieurs bleus outremer, sombres ou clairs, tirant un peu sur le violet ou sur le vert, et quelques bleus de turquoise ou de cobalt.

 

Petite Vierge de tendresse (12x18cm). Sur un base "rouge de mars", le manteau est éclairé avec le bleu outremer clair K45080.

Petite Vierge de tendresse (12 x 18 cm). Sur un base « rouge de mars », le manteau est éclairé avec le bleu outremer clair K45080.

Pour le manteau de la Vierge, je veille à sélectionner un bleu qui se mélangera facilement avec un rouge ou une terre sombre, sans provoquer une réaction chimique qui mettrait en péril la stabilité de l’icône. En général, je garde ce même bleu pour le bonnet et les manches de la Vierge, et je le broie avec un peu de vert, le malachite ayant généralement ma préférence. Le fait d’utiliser la même nuance de bleu pour le mélange des deux vêtements confère à l’icône une sorte d’unité imperceptible.

Quant à mes lapis-lazuli – je dispose de trois nuances différentes – je ne l’utilise jamais pour les fonds. La couleur est trop coûteuse et peu couvrante : il faudrait en utiliser de grosses quantités pour obtenir le moindre effet. Je la réserve ou bien pour les pierreries, sur les couronnes ou les colliers des saintes par exemple. Ou bien, je l’utilise en glacis pour unifier un fond, surtout s’il s’agit de la mer ou d’un fleuve, par exemple pour le Jourdain lors du baptême du Christ. Le voile bleuté qui se dépose alors semble miroiter.

J’ai aussi quelques renoncements et quelques regrets en bleu : je n’utilise plus le bleu égyptien, ni l’azurite, ni les cendres bleues, couleurs au charme antique, mais trop peu couvrantes. J’ai renoncé aussi au bleu de Prusse après avoir obtenu quelques traînées irréparables sur les fonds clairs avoisinant cette couleur envahissante. Et puis, je n’ai jamais retrouvé un parfait bleu céruléum, qui venait de je ne sais où, et que j’utilisais avant tant de plaisir, au début. Il était idéal en mélange, pour éclaircir un bleu outremer… j’ai atteint un beau jour le fond de mon petit bocal en verre, comme on tourne une page, définitivement.

 


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Le blanc de Saint-Jean d’après Cennino Cennini

Cennino Cennini est un peintre italien de la fin du XIVe siècle. Il écrivit un des premiers ouvrages fondamentaux d’histoire de l’art (1), avec des indications précises, des « recettes » pour le dessin, la peinture et la fresque.

Blanc de Saint-Jean

Blanc de Saint-Jean

Ainsi, il décrit la préparation d’un blanc, très utilisé dans les fresques médiévales : le blanc de Saint –Jean.

La recette démarre avec de la chaux éteinte, épurée à plusieurs reprises, par des lavages à l’eau. Grâce au séchage au soleil, on arrivait à produire un carbonate de calcium très blanc. On dit de ce pigment qu’il était considéré comme « bon » lorsqu’il avait goût de terre…

Voici la description de Cennini : « Il existe un blanc naturel, et cependant préparé artificiellement. On le fait de cette façon : prends de la chaux éteinte, bien blanche ; mets-la, réduite en poudre dans un baquet pendant huit jours, en y ajoutant chaque jour de l’eau claire, et en mélangeant bien la chaux et l’eau, pour en faire sortir tout le gras. Fais-en ensuite des petits pains ; mets-les au soleil, sur les toits ; plus ils sont vieux, plus le blanc est bon. Si tu veux le faire vite et bien, quand les petits pains sont secs, broie-les sur ta pierre, avec de l’eau ; refais-en des petits pains et mets-les à sécher ; fais cela deux fois et tu verras à quel point le blanc sera parfait. On le broie avec de l’eau, et il faut bien l’écraser. Il est bon à employer à fresque, c’est-à-dire sur les murs, sans détrempe ; sans ce blanc, tu ne peux rien faire, ni carnations ni autres mélanges de couleurs qui s’emploient sur mur, c’est-à-dire à fresque ; il n’exige (ou accepte ?) jamais aucune détrempe. » (chapitre LVIII)

Et voilà ! Pour mes élèves, je me suis procuré un peu de ce « blanc de Saint-Jean », que nous ne manquerons pas d’essayer. Mon avis : très agréable d’utiliser cette recette ancienne, mais le grain est un peu gros et se voit à la loupe. N’hésitez pas, si vous l’essayez, à nous partager vos remarques !

(1) Cennino Cennini, Il libro dell’arte, Éd. Berger-Levrault, 1991.

Un  commentaire de Jean-Pierre Wantz (iconographe) : « J’essaie moi même d’en fabriquer à partir de chaux aérienne périmée, car laissée trop longtemps à l’air et à l’humidité. Pour l’instant, j’obtiens quelque chose qui ressemble beaucoup à de la craie « scolaire », en plus friable peut-être. Le pouvoir couvrant n’est pas très grand, mais c’est un blanc très doux, beaucoup moins agressif que le blanc de titane. Il est vrai que c’est d’une consistance un peu grumeleuse. Même réduit en poudre fine, il a tendance à absorber l’humidité et à faire des grumeaux. Je pense qu’il est nécessaire de le passer vigoureusement à la molette avant de l’utiliser. J’envisage de le broyer très finement à l’aide d’un petit moulin à billes pour obtenir des cristaux très fins. Je crois que c’est la que réside l’intérêt de ce pigment, dans son comportement vis à vis de la lumière incidente.

Pour le moment la météo ne permet pas de confectionner les petits pains de chaux à laisser sécher au soleil. Je reprendrai cela dès que les beaux jours reviendront. Si tout va bien, j’aurai terminé une première « fournée » le 24 juin prochain. Ce serait sympa et ce pigment porterait bien son nom de « blanc de Saint-Jean ». En attendant je vais encore étudier en détail la chimie et la cristallographie liée à ce produit. Qu’est ce qui peut bien le distinguer de la craie ordinaire ou du Blanc de Meudon ? Finalement c’est chimiquement exactement pareil: du carbonate de calcium. La seule différence que je puisse voir actuellement est que les cristaux sont reformés et donc récents, alors que dans la craie, ils ont peut être plusieurs millions d’années !! »