Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Sainte Lucie

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Sainte Lucie, un extrait de Décalage horaire, p. 19 (cliquer sur le lien pour la présentation)

Sainte Lucie, Jacopo Torriti

Sainte Lucie, Jacopo Torriti

« Un grand tableau de sainte Lucie (1) accueille le visiteur tout de suite à droite, dans la première salle du musée de Grenoble. Elle est présentée de face, couronnée, vêtue d’un costume impérial rehaussé de pierreries et d’ors. D’un geste gracieux de la main gauche, elle retient les plis amples de sa robe rouge. Du bout des doigts de l’autre main, elle porte une lampe allumée. C’est un ex-voto (2), le tableau le plus ancien des collections italiennes du musée. Il est attribué à un certain Jacopo Torriti (ou à un de ses élèves) et date de la fin du XIIIe siècle (tempera sur bois, 1,70 x 0,64 m).

Ce tableau m’évoque la stabilité.

Tout change si vite ! À peine a-t-on appris à utiliser une technique nouvelle qu’elle est déjà dépassée. Ce tableau me touche à cause de toutes les années qu’il a traversées, à cause de l’influence byzantine qui l’anime, mais surtout parce que ce peintre, ce Jacopo, employait exactement la technique que nous utilisons aujourd’hui pour peindre les icônes : un grand panneau de bois enduit de colle de peau de lapin ou de colle de peau de poisson, de la craie, un fond d’or, des pigments naturels liés avec du jaune d’œuf, des pinceaux très doux en poil de martre ou de petit gris. On appelle cette technique la tempera ou aussi la détrempe à l’œuf.

Sainte Lucie, 16x19cm, déc 2013

Sainte Lucie, 16 x 19 cm, déc 2013

Dans le calme de mon atelier, dans mon travail de lenteur et de patience, tout en préparant mes planches de tilleul ou de bouleau et mes enduits à la craie, je pense parfois à la sainte Lucie du musée de Grenoble. Je mélange une couleur de terre ocre jaune, ocre rouge ou vert avec un peu de jaune d’œuf et je pense à Jacopo qui travaillait de la sorte. J’écrase longuement le pigment qui crisse sous le pilon de céramique afin d’obtenir une belle onctuosité. J’ajoute un peu d’eau et une pointe de noir de vigne puis j’observe la couleur, ses brillances et ses moirures (…) Je me dis que quelque chose de rassurant nous relie, une durée, une permanence, un tranquille défi au temps. Comme si la petite lumière de la lampe tenue par sainte Lucie était un flambeau transmis d’une main à l’autre à travers l’histoire, une veillée pascale, le silence vigilant d’une sentinelle. Ses doigts caressent mes doigts et touchent l’âme de ceux à qui elle transmet la lumière. Comme si cette veilleuse était posée là, désormais, sur ma table de travail. Ce minuscule phare dans la nuit m’éclaire et me rassure. Au loin, la mer peut bien gronder. Je protège la flamme du vent et de la tourmente du temps ou la tiens entre mes doigts pour me réchauffer. Je regarde miroiter ses reflets en espérant qu’elle brûle aussi au-dedans. J’ai un peu moins peur quand je pense à Lucie, à Jacopo et à tant d’autres : ils me donnent la main. La ténacité d’un léger éblouissement m’accompagne.

(1) Sainte Lucie est martyrisée au début du IVe siècle. Son histoire, racontée en détail dans La Légende dorée, ne mentionne pas le lien entre son nom et son sens latin Lux, lumière.

(2) Quelques détails subtils le précisent : la petite donatrice sans doute guérie d’une maladie des yeux est agenouillée ; des anges répandent de l’encens évoquant la prière qui s’élève.

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Auteur : elisabethlamour

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