Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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L’émission du 27 janvier : le bleu phtalocyanine

Pour la 3e année, je vous propose l’émission TOUT EN NUANCES tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère. Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.

Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en cliquant ici , puis écouter celle-ci en podcast à partir de lundi sur le site de RCF Isère. Plusieurs émissions ont été consacrées aux pigments bleus OLYMPUS DIGITAL CAMERA« anciens ». Nous parlerons ce lundi 27 janvier du bleu phtalocyanine, une gamme de couleurs synthétiques stables et bon marché, datant du XXe siècle et largement utilisées par les peintres. Introduite en 1938 par une entreprise écossaise, la phtalocyanine, appelée à ses débuts bleu monestial, est un colorant synthétique employé à l’origine dans l’industrie pour la fabrication des encres. L’utilisation du pigment s’est largement répandue dans la variété de subtiles nuances dont je ne citerai que les principales :

– la phtalocyanine de cuivre donne le bleu qu’on appelle maintenant par souci de simplicité « bleu phtalo » ; il s’agit d’un bleu moyen et neutre qui donne le bleu primaire ou cyan. Il possède des variantes à tendance rougeâtre ou verdâtre. Économique et fiable, ce pigment est utilisé pour préparer de nombreux autres bleus. Ils portent, selon les marques, des noms divers, parfois fantaisistes, mais qui sont à eux seuls un poème en bleu : bleu d’Orient, bleu de France, bleu nuit ou bleu persan, bleu manganèse phtalo vert, bleu phtalo tendance rouge, bleu lumière, bleu azural, bleu touareg, bleu primaire, bleu indien, bleu acier, bleu espace, bleu Océan, bleu hortensia, bleu hoggar, bleu céruléum.

– la phtalocyanine sans métal donne un bleu turquoise (organique), foncé et plutôt terne, proche du turquoise de cobalt.

– la phtalocyanine de cuivre chloré donne le vert phtalo (tendance bleue), un vert froid proche de l’émeraude.

– la phtalocyanine de cuivre bromé produit un vert phtalo chaud (tendance jaune). Ce pigment est à la base de nombreux verts : Véronèse, vert de Hooker, vert de Vessie.

Tous ces pigments à la fois transparents, riches et d’un bon pouvoir colorant, permettent de beaux glacis qui rappellent les tonalités des anciens pigments tout en résistant à la lumière, ainsi qu’aux variations de température et d’humidité. Ils sont très appréciés en mélange mais peu solubles dans l’huile. Lorsqu’on y introduit du blanc, ces bleus ont tendance à évoluer vers le vert.

Le XXe siècle va révolutionner la peinture par la richesse des couleurs et la mise au point de leur conditionnement en tubes : c’est pour la plupart des peintres, le temps des couleurs synthétiques… mais pour beaucoup, un abandon des pigments anciens, ceux justement que l’on aime tant.

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Les cheveux et la barbe dans l’icône (1)

Lors du stage de cette semaine à Saint-Hugues-de-Biviers, le fil conducteur sera « les cheveux et la barbe ». Bien sûr, nous aborderons ce thème d’un point de vue technique (voir le prochain article), mais avant cela, nous réfléchirons ensemble à l’importance du respect d’une certaine typologie.

Les cheveux et la barbe des personnages des icônes sont de tous types et expriment quelque chose de la personne représentée (rendue présente). Chaque personnage est caractérisé par une chevelure et une barbe qui lui sont propres. Il est très rare de représenter un personnage à différents stades de sa vie. Chacun est plutôt figuré comme un être accompli, restant toujours dans le même état physique de contemplation de la paix : ce n’est pas l’âge qu’on représente, mais une sorte de typologie intérieure.

détail barbeD’une façon générale, on trouve beaucoup de barbes foisonnantes manifestant, même chez les vieillards, une grande vitalité.

Quelques exemples :

Le Christ : sa chevelure semble très bien « coiffée », partagée par une raie paisible, une sorte de tresse tombe d’un côté. Il y a dans cette chevelure une harmonie et une paix, celle qu’on recherche dans l’icône. La barbe est très légère, juste traitée par quelques « poils » (jeunesse ?). Parfois, la barbe est longue sur la Sainte Face : on parle du « Christ à la barbe mouillée/humide »  (qui manifesterait une souffrance « humaine »).

Saint Jean est une exception, car on le trouve jeune auprès de la croix, (imberbe, cheveux clairs), ou bien âgé dictant l’Évangile ou l’Apocalypse (cheveux et barbe grises et fournis).

Saint Paul a très peu de cheveux, mais une barbe longue.

Saint Pierre est toujours représenté avec des cheveux blancs, bien bouclés.

Saint André semble ébouriffé, avec une couleur plus « rousse ».

Gabriel 371 - copieLes anges ont les cheveux tressés, plutôt « féminins ».

Les cheveux revêches de sainte Marie L’Égyptienne peuvent témoigner de l’agitation de sa vie passée… ou bien de la vie ascétique du désert (où on ne passe guère de temps à « se faire une beauté »).

Bref, on ne peut pas décider de « coiffer » son personnage à sa guise. Avant d’aborder chaque visage, on recherche comment il est représenté, le plus souvent. Quand on ne trouve pas, on assimile son personnage à un type proche : ascète, moine, princesse ou évêque…

Et voilà comment un iconographe, cheminant dans une église couverte de fresques, d’icônes, de vitraux ou de mosaïques, va s’exclamer : « Oh, voilà saint Pierre » ! comme s’il rencontrait une vieille connaissance. On reconnaît chacun, même s’il est à chaque fois différent. C’est un des fils invisibles de l’icône. Dans notre réseau de connaissance, de tendresse, d’amitié ou de réserve, se sont immiscés des anciens, tout naturellement. Rien d’extraordinaire, pas de formule magique : nous sommes entourés d’une multitude, connus et inconnus, vivants ou absents de notre champ de vision. Nous voilà ancrés, placés au milieu d’une histoire commune. Nous voilà avec dans les mains, le flambeau de la vie, à la fois héritiers et précurseurs, dans un foisonnement de visages.

J’ai été touchée, ces derniers jours, par ce texte de Marie Peltier : « Une partie de nos cœurs est toujours en exil, près de ceux qui sont partis sans prévenir, près du regard de nos grands-mères endormies, près du rire de nos petits frères envolés, près de ceux trop loin qu’on voudrait près de nous. Nos cœurs s’accrochent à ces présences absentes, cherchant à traverser l’invisible, pour pouvoir encore les étreindre, les entendre, leur raconter. La foi, au fond, ce n’est que ça. Errer vers ceux que l’on aime, avec l’espoir fou d’un jour les retrouver. »

Eh bien, dans notre travail de peintres d’icônes, il me semble que nos pinceaux chargés de couleur, le temps d’un souffle ou d’un éclat de lumière, parfois traversent l’invisible.


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L’émission du 20 janvier : le monde bleu de Kandinsky

Pour la 3e année, je vous propose l’émission TOUT EN NUANCES tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère. Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAVous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en cliquant ici , puis écouter celle-ci en podcast à partir de lundi sur le site de RCF Isère. Les émissions du 13 et 20 janvier sont consacrées au bleu chez Vassily Kandinsky.

Kandinsky fonde, avec d’autres, en 1911, une association intitulée Le Cavalier bleu (Blaue Reiter), en référence à deux passions : le bleu et les chevaux ! Elle donnera naissance à une revue éphémère, vu les circonstances historiques, intitulée L’Almanach du Cavalier Bleu, revue de défense et de promotion de l’art abstrait qui met en lien l’art et la spiritualité.

Les peintures de la période suivante jouent avec de grandes masses colorées qui évoluent indépendamment des formes et des lignes, se combinent, se superposent et se chevauchent de façon très libre pour former des toiles d’une force extraordinaire.

Évidemment, je pense à son tableau datant de 1934 et intitulé « Le Monde bleu ». L’huile, de format presque carré mesure plus d’un mètre de côté. Sur un fond bleu clair dansent des rectangles roses, violets, jaunes et verts. L’ensemble est envahi par une multitude de formes molles, mi-animales, mi-fantastiques qui flottent, sur un premier plan translucide, dans un ballet d’une grande fraîcheur. Sur le fond bleu ciel jouent des formes de toutes sortes, comme des pièces de puzzle égarées.

Il y a aussi la toile intitulée « Bleu du ciel » datant de 1940. On dit que c’est la peinture du ravissement. De petits animaux imaginaires et stylisés semblent tomber du ciel, très lentement, en virevoltant, comme des flocons de neige légère. La guerre vient de commencer… On oscille sans cesse, face à ce tableau, entre une impression ludique et gaie, et celle d’une menace surgie d’on ne sait où, du ciel peut-être. Ne retrouve-t-on pas cette fameuse ambivalence du bleu, ce mélange d’émerveillement et d’inquiétude dont nous avons si souvent parlé ?

N’oublions pas non plus les réflexions de Kandinsky sur la musique. Chez lui, la synesthésie fonctionne parfaitement. Il s’agit de cet état qui entrecroise plusieurs sens et permet de percevoir une couleur comme une sonorité. Cela explique pourquoi sa peinture semble fonctionner comme une musique, une musique dans laquelle les sphères bleues prédominent. Pour nous faire une idée de ce phénomène, terminons par quelques mots de Kandinsky lui-même : « Musicalement, le bleu clair s’apparente à la flûte, le foncé au violoncelle, s’il fonce encore à la sonorité somptueuse de la contrebasse ; dans ses tons les plus profonds, les plus majestueux, le bleu est comparable aux sons graves d’un orgue. » (1)

(1) Kandinsky, Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulierFolio.


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L’émission du 13 janvier : Kandinsky et la « nostalgie du pur »

une oeuvre d'Isabelle Baeckeroot

Une oeuvre d’Isabelle Baeckeroot

Pour la 3e année, je vous propose l’émission TOUT EN NUANCES tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère. Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.

Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en cliquant ici , puis écouter celle-ci en podcast à partir de lundi sur le site de RCF Isère. Lundi 13 janvier, nous parlerons du bleu, à travers les écrits de Kandinsky.

Considéré comme l’un des artistes les plus importants du son époque, Vassily Kandinsky est un des fondateurs de l’art abstrait à la fois par ses œuvres et les théories qu’il développe. Né en Russie en 1866, il effectue, au cours de son existence, plusieurs allers-retours entre la Russie et l’Allemagne, au gré des soubresauts de l’histoire et termine sa vie en France en 1944.

Son premier grand ouvrage théorique, intitulé Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier, paraît fin 1911. Il y expose sa vision de l’art dont la véritable mission est  spirituelle, ainsi que sa théorie de l’effet psychologique des couleurs sur l’âme, leur sonorité et leur résonance intérieure, leur vibration. Ainsi, voici ce qu’il écrit à propos du bleu :

« Cette capacité d’approfondissement se trouve dans le bleu et déjà d’une manière théorique dans ses mouvements physiques,
–   s’éloignant de l’homme
–  vers son propre centre.

Il en est de même si on laisse le bleu (sous une forme géométrique quelconque) agir sur l’âme. La puissance d’approfondissement du bleu est telle, qu’il devient plus intense justement dans les tons les plus profonds et qu’intérieurement, son effet devient plus caractéristique. Plus le bleu est profond, plus il attire l’homme vers l’infini et éveille en lui la nostalgie du Pur et de l’ultime suprasensible. C’est la couleur du ciel, tel que nous nous le représentons, au son du mot ciel.

Le bleu est la couleur typiquement céleste. Le bleu développe très profondément l’élément du calme.

Glissant vers le noir, il prend la consonance d’une tristesse inhumaine. Il devient un approfondissement infini dans des états graves qui n’ont pas de fin et qui ne peuvent en avoir. A mesure qu’il s’éclaircit, ce qui lui convient moins, le bleu prend un aspect plus indifférent et paraît lointain et indifférent à l’homme, comme un haut ciel bleu clair. Plus il s’éclaircit, plus il perd de sa résonance, jusqu’à devenir un calme muet, devenir blanc. » (1)

détail d'une icône "le retour à Nazareth" EL

Détail d’une icône Le retour à Nazareth, É.L.

Les peintres d’icônes expérimentent cette réflexion. La profondeur de nos beaux fonds bleus peut être conservée, au fil de la réalisation de l’icône, seulement si on arrive à éclaircir le bleu, en le mêlant à un autre bleu plus lumineux. Dès lors qu’on est obligé d’ajouter du blanc, le bleu semble s’affadir, perdre de sa profondeur et il déçoit. Cela explique peut-être les connotations de mièvrerie qu’on attribue parfois à la couleur « bleu ciel ».

(1) Kandinsky, Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulierFolio, p. 149 et 150.


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Récapitulation des articles 2012 et 2013 par thèmes

OLYMPUS DIGITAL CAMERAMeilleurs vœux  à tous.

Certains élèves m’ont signalé leur difficulté à retrouver facilement les articles utiles au travail personnel. Voici une petite récapitulation des publications des deux dernières années, avec leur date de parution dans la rubrique « actualité ».

Merci de m’indiquer les fautes d’orthographe, les erreurs, les manques… et vos souhaits, afin d’améliorer au mieux la qualité de ce site, Élisabeth

Rubrique Icônes

Le Christ
– la Lettre de Lentulus (8 mars 2013)
– la Main qui bénit (10 déc 2012)
– le Mandylion (22 avril 2013)

La Vierge
– la Vierge de Tendresse (2 oct 2013)
– le regard de Marie dans l’icône (3 avril 2013)
– la Vierge Pelagonitissa (11 déc 2013)

Les anges
– L’ange gardien (16 avril 2013)
– L’archange Raphaël (16 nov 2012)

 Ancien Testament
Abraham, l’ami de Dieu (25 nov 2013)
Noé, celui qui réconforte et console (27 mars 2013)

Saintes et Saints
– Catherine d’Alexandrie  (17 déc 2012)
– François d’Assise (6 fév 2013)
– Kateri Tekakwita (15 janv 2013)
Lucie de Syracuse  (19 déc 2013)
Pour trouver un modèle, bibliographie  (6 mai 2013)

Fêtes
– l’icône de la Transfiguration  (4 nov 2013)

Semaine pascale
– l’icône de saint Jean avec le Christ (12 janv 2013)

Autres scènes
– Le retour à Nazareth (26 oct 2013
)
– Avance en eau profonde (5 sept 2013)

Rubrique Peindre une icône

Peindre une icône
– Pour trouver un modèle, bibliographie (6 mai 2013)
Les règles de l’iconographe (19 sept 2013)
La pose de l’or à l’Assiste (5 juin 2013)
ainsi qu’un article d’Eugène Troubetskoï
Peindre un vêtement blanc (2 fév 2013)
Peindre au rythme du souffle (21 nov 2012) avec un modèle pour le dessin des cheveux
– le blanc de Saint Jean d’après Cennino Cennini (4 déc 2013)
– Ciel et icône (17 juin 2013)
Terminer une icône (7 fév 2013)

Naissance d’un visage
– le regard  (11 mars 2013) (« la courbe de tes yeux… ») et très beau texte à méditer 
(25 mars 2013)
– la bouche (14 mai 2013)
naissance d’un visage 2 (description de certaines étapes) 28 nov 2013

Gestes d’artisans
– la recette du levkas en 3 étapes (déc 2012) et petit reportage en 6 étapes par Solange (juillet 2013)
– la recette de la préparation à l’œuf (6 avril 2013)

Cours atelier
– corrections par correspondance (2 déc 2013)