Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Les cheveux et la barbe dans l’icône (1)

1 commentaire

Lors du stage de cette semaine à Saint-Hugues-de-Biviers, le fil conducteur sera « les cheveux et la barbe ». Bien sûr, nous aborderons ce thème d’un point de vue technique (voir le prochain article), mais avant cela, nous réfléchirons ensemble à l’importance du respect d’une certaine typologie.

Les cheveux et la barbe des personnages des icônes sont de tous types et expriment quelque chose de la personne représentée (rendue présente). Chaque personnage est caractérisé par une chevelure et une barbe qui lui sont propres. Il est très rare de représenter un personnage à différents stades de sa vie. Chacun est plutôt figuré comme un être accompli, restant toujours dans le même état physique de contemplation de la paix : ce n’est pas l’âge qu’on représente, mais une sorte de typologie intérieure.

détail barbeD’une façon générale, on trouve beaucoup de barbes foisonnantes manifestant, même chez les vieillards, une grande vitalité.

Quelques exemples :

Le Christ : sa chevelure semble très bien « coiffée », partagée par une raie paisible, une sorte de tresse tombe d’un côté. Il y a dans cette chevelure une harmonie et une paix, celle qu’on recherche dans l’icône. La barbe est très légère, juste traitée par quelques « poils » (jeunesse ?). Parfois, la barbe est longue sur la Sainte Face : on parle du « Christ à la barbe mouillée/humide »  (qui manifesterait une souffrance « humaine »).

Saint Jean est une exception, car on le trouve jeune auprès de la croix, (imberbe, cheveux clairs), ou bien âgé dictant l’Évangile ou l’Apocalypse (cheveux et barbe grises et fournis).

Saint Paul a très peu de cheveux, mais une barbe longue.

Saint Pierre est toujours représenté avec des cheveux blancs, bien bouclés.

Saint André semble ébouriffé, avec une couleur plus « rousse ».

Gabriel 371 - copieLes anges ont les cheveux tressés, plutôt « féminins ».

Les cheveux revêches de sainte Marie L’Égyptienne peuvent témoigner de l’agitation de sa vie passée… ou bien de la vie ascétique du désert (où on ne passe guère de temps à « se faire une beauté »).

Bref, on ne peut pas décider de « coiffer » son personnage à sa guise. Avant d’aborder chaque visage, on recherche comment il est représenté, le plus souvent. Quand on ne trouve pas, on assimile son personnage à un type proche : ascète, moine, princesse ou évêque…

Et voilà comment un iconographe, cheminant dans une église couverte de fresques, d’icônes, de vitraux ou de mosaïques, va s’exclamer : « Oh, voilà saint Pierre » ! comme s’il rencontrait une vieille connaissance. On reconnaît chacun, même s’il est à chaque fois différent. C’est un des fils invisibles de l’icône. Dans notre réseau de connaissance, de tendresse, d’amitié ou de réserve, se sont immiscés des anciens, tout naturellement. Rien d’extraordinaire, pas de formule magique : nous sommes entourés d’une multitude, connus et inconnus, vivants ou absents de notre champ de vision. Nous voilà ancrés, placés au milieu d’une histoire commune. Nous voilà avec dans les mains, le flambeau de la vie, à la fois héritiers et précurseurs, dans un foisonnement de visages.

J’ai été touchée, ces derniers jours, par ce texte de Marie Peltier : « Une partie de nos cœurs est toujours en exil, près de ceux qui sont partis sans prévenir, près du regard de nos grands-mères endormies, près du rire de nos petits frères envolés, près de ceux trop loin qu’on voudrait près de nous. Nos cœurs s’accrochent à ces présences absentes, cherchant à traverser l’invisible, pour pouvoir encore les étreindre, les entendre, leur raconter. La foi, au fond, ce n’est que ça. Errer vers ceux que l’on aime, avec l’espoir fou d’un jour les retrouver. »

Eh bien, dans notre travail de peintres d’icônes, il me semble que nos pinceaux chargés de couleur, le temps d’un souffle ou d’un éclat de lumière, parfois traversent l’invisible.

Article du 21 janvier 2014

Publicités

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Une réflexion sur “Les cheveux et la barbe dans l’icône (1)

  1. Pour moi, c’est un vrai bonheur de « coiffer » les personnages, tout en respectant la tradition, il me semble qu’ils deviennent vivants
    et présents dans mon quotidien, invisibles c’est vrai! Mais , tellement proches que je me sens entrainée par eux dans cette communion des saints !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s