Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Nicolas de Staël

5 Commentaires

détail du "Fort carré d'Antibes", 1955

Détail du Fort carré d’Antibes, 1955

Impossible d’évoquer les peintres en bleu sans citer Nicolas de Staël, qui balaye le début de la première moitié du xxe siècle ; il met fin à ses jours en 1955, à l’âge de 41 ans. Une grande partie de ses œuvres ressemble à un splendide et puissant camaïeu de bleus. Citons : Bateaux, Parc de Sceaux et Ciel à Honfleur en 1952, Paysage d’Antibes en 1954 et toutes les œuvres en bleu de la dernière année de sa vie : Le Fort carré d’Antibes, Nature morte au chandelier sur fond bleu, Bateau de guerre, Les Mouettes, Nu couché bleu.

Un des derniers tableaux de Nicolas de Staël, Les Mouettes, se décline en nuances allant du blanc-gris au bleu sombre, en strates successives. Dans le détail, on ne distingue pas vraiment la tête des oiseaux, mais seulement des queues blanches frangées de bleu, des formes qui fuient vers un horizon triste et menaçant, un départ confus, un blanc cabossé de bleu-gris. C’est à la fois le jour et la nuit, le ciel et l’eau, l’envol et le poids des jours, l’orage qui vient du ciel avec l’inéluctable déferlement. On entend leur criaillement et le bruit lourd du battement de leurs ailes. On baisse la tête de crainte qu’elles ne nous frôlent.

Une chose me frappe chez cet artiste : la présence du rouge sous- jacent – le peintre aimait particulièrement le vermillon – parfois utilisé à côté du bleu, comme dans le Nu couché. Bien souvent, le rouge est posé sous le bleu, et on en voit apparaître seulement la frange, une lisière ou un reflet. Cette mince ligne irisée semble la bordure angoissée du bleu, dissimulée dans la sous-couche comme un grincement sinistre du bleu, une prétendue couleur douce. Le bleu de l’eau cache-t-il un feu tapi, prêt à tout instant à irradier, à brûler, à blesser ? Le calme n’annonce-t-il pas quelque tempête ?

Pour comprendre le sens de l’utilisation du bleu et de ses nuances par Nicolas de Staël, on peut lire quelques extraits d’une correspondance fervente entre le peintre et René Char. Le poète caractérise ainsi leur relation : « Staël et moi, nous nous approchons quelquefois plus près qu’il n’est permis de l’inconnu et de l’empire des étoiles. » (pour compléter, lire l’article Le « cassé-bleu »  avec la suite de cette correspondance)

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 3 février 2014 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici.  L’article figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 100.

Article du 3 février 2014

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

5 réflexions sur “Nicolas de Staël

  1. Je n’ai vu ni la tête, ni la queue des mouettes!

  2. J’essaye de mettre des photos que j’ai pu prendre un jour ou l’autre. Je n’ai pas celle-ci…

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