Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le « cassé-bleu »

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J’ai parlé la semaine dernière de la correspondance entre Nicolas de Staël et René Char à propos de la notion de « cassé-bleu ». En voici quelques extraits datant de 1952.

« Cher Nicolas, je sais maintenant où tu te trouves! Auprès de la lumière, auprès du cassé-bleu.
Vis et à bientôt, Fraternellement ». 
René

« Le cassé-bleu c’est absolument merveilleux, au bout d’un moment la mer est rouge, le ciel jaune et les sables violets et puis cela revient à la carte postale de bazar, mais ce bazar-là et cette carte, je veux bien m’en imprégner jusqu’au jour de ma mort. Sans blague, c’est unique René, il y a tout là. Après on est différent ». 
Nicolas

Puis quelques années plus tard, René Char répond à une correspondante qui l’interroge sur cette notion de « cassé-bleu ».

« Chère Madame, (…) Ce cassé-bleu fut un sujet de débat intérieur sans fond mais d’une richesse espérante. Ce cassé-bleu nous ressemble à tous.

C’est vous qui parlez d’autre dimension mais vous ne croyez pas si bien dire. Nicolas de Staël a su parcourir un monde de couleurs qu’il ne voyait certainement pas vraiment : il les sentait. Quand nous en parlions cette dimension nous apparaissait comme une caresse au delà des yeux. Le cassé-bleu était là, distinct, au milieu de la mer rouge, du ciel jaune ou encore vert et des tables violettes. Après cette considération, «on est comme différent» disait Nicolas.

Madame, pour approcher le cassé-bleu, celui par exemple du ciel infini, prenez une toile de Nicolas de Staël, comme « les barques dans le port » ou « les mouettes » (…) Mettez outrageusement l’œuvre à l’envers, tête en bas, posez-la, reculez-vous et asseyez-vous confortablement bien en face. Et regardez.

Le cassé-bleu, c’est lorsqu’inéluctablement votre esprit s’approche de la toile et vous donne envie de vous asseoir sur le cadre au bord du ciel à l’envers, les pieds dans le vide, qu’en quête de suspension vous vous jetez du bord du cadre dans un besoin de désaltération et que cette situation vous procure un bien-être infini. Le cassé-bleu c’est l’infini.

Quand on voit ainsi le cassé-bleu, on ne cherche plus à le démystifier. Mais il y a mille manières de le rencontrer. À chacun la sienne, à chacun sa palpable (…) »

René Char.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 10 février 2014 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant 6 années. Elle est présentée ici.  L’article figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 101.

Article du 10 février 2014

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Une réflexion sur “Le « cassé-bleu »

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