Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le triptyque des bleus de Joan Miro

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Joan Miro, Bleu II

Joan Miro, Bleu II

Joan Miro, voici enfin un peintre qui vécut longtemps, jusqu’à 90 ans dont une grande partie consacrée à la création. Son œuvre vibre de toutes les couleurs, rythmée par l’enfance, le rêve et la vivacité.

Une série de tableaux attire notre attention, un triptyque consacré au bleu, un ensemble de trois grandes toiles réalisées à Majorque en 1961 et conservées au musée national d’Art moderne Georges-Pompidou.

Ces toiles rappellent un moment difficile de la vie de Miro, un temps de rupture et de questionnement. Il a besoin de dix mois pour passer de l’ébauche au fusain à la peinture sur toile. Le peintre libère lentement la tache, la ligne, met le temps qu’il faut pour trouver le rythme et la couleur : l’immense atelier qui lui est prêté le déroute. Et puis, soudainement, l’espace se remplit d’immensité et de bleu. Miro dit lui-même : « J’ai mis beaucoup de temps à les faire. Pas à les peindre, mais à les méditer. Il m’a fallu un énorme effort, une très grande tension intérieure pour arriver au dépouillement voulu. »

Les tableaux bleus semblent réalisés d’un seul geste, inspirés selon l’historienne d’art, Margit Rowell, « par les villages catalans où, autrefois, les maisons étaient peintes en bleu, un bleu catalan légèrement violacé, clair, littéralement : le bleu ciel ».

Le deuxième tableau du triptyque était exposé à l’entrée de l’exposition du MuCEM de Marseille Le Noir et Le Bleu, un rêve méditerranéen. L’immense toile était présentée dans le catalogue comme  « manifestant notre capacité de rêver, malgré tout » (1). Elle évoque magistralement notre propos. Sur un fond bleu mouvant se pose une ligne rouge, d’une symbolique absolument contraire. Des sortes de galets, ou peut-être les pierres d’un gué semblent sautiller sur ce fond.

Les deux autres toiles du triptyque déclinent cet arrangement : les taches noires aux allures de constellations dans le Bleu I, se réduisent à une seule, très sobre, dans le III. Le petit bâton rouge du Bleu I s’étire dans le II comme un éclair et disparaît en un point ovoïde rouge, à peine entouré de gris-noir, flottant au bout d’une tige comme une fleur d’eau. Finalement, c’est l’éternelle rengaine : vivre le rouge qui trouble les fonds que l’on voudrait bleus, traverser le gris ou le noir, danser sur un fil en équilibre au-dessus du volcan en fusion, et rire, et contempler le ciel les yeux emplis de gratitude !

(1) Catalogue de l’exposition,  Le noir et le bleu, un rêve méditerranéen.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 17 février 2014 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 1er novembre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 102.

Article du 17 février 2014

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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