Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Yves Klein, le Maître du bleu

Quand on parle de la couleur bleue,  le nom d’Yves Klein vient sur toutes les lèvres…

La vague, maquette pour les murs de L'Opéra théatre de Gelsenkirchen, Klein, 1957, pigment IKB160c

La vague, maquette pour les murs de L’Opéra théatre de Gelsenkirchen, Klein, 1957, pigment IKB160c

Au fil de la lecture de la biographie d’Yves Klein intitulée Le Maître du bleu (1), j’ai sans cesse oscillé entre admiration et exaspération et je crois que c’est un peu l’impression qu’a laissée ce bien étrange personnage, lors de sa courte vie.Yves Klein voit le jour en 1928. Après des déconvenues dans le judo, il se lance avec la même ferveur dans la peinture et, dès 1954, réalise une série de peintures monochromes, surtout en bleu, mais aussi en rose, en doré et même en orangé.

Peu à peu, Yves Klein s’engouffre à corps perdu dans la brèche du bleu, recherchant avec entêtement une tonalité particulière. Il oriente son travail vers le bleu, rien que le bleu et d’un seul ton, comme le serait une symphonie sur une seule note, idée qu’il explore également. « J’ai beaucoup réfléchi, je sais très exactement ce que je vais faire. Désormais, ce sera du bleu et rien que du bleu. Je vais y consacrer toutes mes forces, mon énergie, ma vie […] C’est irrévocable. » Le peintre va alors jusqu’au bout de son obstination, de sa quête d’une couleur unique, pure, sans nuages. Il recherche une couleur qui serait celle du ciel quand on s’élève vers les sommets des montagnes, éblouis et étourdis d’altitude, et que le ciel tend imperceptiblement vers le violet, un bleu-rouge qui porterait chaleur et force vitale.

« Ce qui me gêne quand je regarde le ciel, un beau ciel bleu, c’est lorsque je vois une petite saleté de nuage qui rapplique.
« C’est tellement important, nous ne dépendons plus de l’ambiguïté des autres couleurs. C’est ce bleu, et puis ce bleu et encore ce bleu ».

En 1960, Yves Klein met au point la formule d’un bleu particulier, très profond, proche de l’outremer qui a tellement marqué les esprits que l’on parle, un peu abusivement peut-être, du bleu Klein.

Le bleu mis au point par le peintre Yves Klein s’appelle l’IKB. Mais qu’en est-il exactement ? L’artiste décrète qu’il ne peut plus travailler avec la palette habituelle ; il lui faut un bleu unique au monde, un matériau auquel il pourrait donner sa signature.

Il explique à Édouard Adam, jeune chimiste énergique et marchand de couleurs dans une boutique parisienne : « En ce moment je suis en train de chercher un système, un “ truc ” pour que l’aspect originel de la couleur bleu outremer en poudre référencée 1311 chez toi soit totalement respecté. J’ai tout essayé pour broyer les pigments : l’huile de lin, la colle de peau, la caséine, le liant vinylique, mais ça ne donne pas le médium idéal. La couleur“ bouge ” et perd sa luminosité, son velouté. Elle devient banale. Tu pourrais m’aider à trouver la recette pour que, sur mes toiles, le pigment bleu reste absolument naturel ? ». Après plusieurs mois de travaux, d’expérimentations et de mélanges, les deux hommes atteignent leur objectif. Dilué avec de l’alcool à 95° et de l’acétate d’éthyle dans des proportions restées secrètes, le mélange idéal sort des cuisines d’Édouard Adam. La résine synthétique ainsi préparée, appelée « Rhodopas », est mélangée avec le fameux pigment bleu outremer n°1311.

Le résultat est surprenant : on peut se servir du produit avec un rouleau ou un pinceau sans qu’il ne perde sa luminosité, sa matité et sa pulvérulence. Il ne reste qu’à sélectionner « le » mélange exact, celui qui sera retenu pour toute la suite de l’œuvre. L’artiste dépose le brevet sous le nom de International Klein Blue (IKB).

Dès lors, les monochromes bleus du peintre sont presque tous appelés IKB, juste suivis d’un numéro, quelquefois simplement de la lettre « M » pour monochrome. Une enveloppe décrivant la composition de ce bleu est déposée à l’Institut national de la propriété industrielle. Il ne s’agit pas d’un véritable brevet car il ne concerne pas la couleur elle-même, mais son moyen de fixation. Le liant, une pâte fluide très spéciale substituée à l’huile traditionnellement utilisée en peinture, fait l’originalité de l’IKB. Pourtant il faut le dire, malgré l’étrange démarche de ce personnage singulier et obstiné, la tonalité du bleu d’Yves Klein vibre, dynamique et lumineuse !

Yves Klein, après avoir mis au point son bleu IKB, crée des monochromes à la brillance intense qui traversent très bien le temps. Il enduit aussi des éponges et se livre à des tas d’inventions et expérimentations : mappemondes, Vénus de Milo, guide de pinceaux vivants, ou œuvres qu’il intitule Empreintes anthropométriques

Pour la technique des pinceaux vivants, les modèles s’enduisent de la peinture bleue préparée par Klein, puis se roulent sur de grandes feuilles disposées au sol : c’est tout un rituel, une mise en scène élaborée, parfois réalisée en public… et dont la description me laisse… un peu perplexe !Dans son travail de reliefs-éponges, des éponges de taille et de toutes formes sont trempées dans la couleur bleue. Grâce à sa résine dont il maîtrise de mieux en mieux les réactions, il crée les sculptures-éponges qu’il fixe sur des tiges métalliques installées sur des socles plats. Alors, l’éponge bleue devient une sorte de fleur inaltérable.

Un jour de printemps, il se rend en voiture de Paris à Nice avec sa compagne, Trot. Il fait le trajet à petite vitesse, car il installe sur le toit de sa voiture une galerie sur laquelle il fixe une grande toile peinte fraîchement de bleu. Il espère dans les hasards et la patine du vent, de la poussière, de la pluie et des insectes, et dit qu’il prépare une Empreinte du temps, comme un enregistrement du vent ! Et je ne raconte même pas les événements toujours plus extravagants imaginés et souvent réalisés par Klein, comme le Tableau de feu d’une minute réalisé avec des feux de Bengale dont les flammes lèchent un grand monochrome bleu. Décidément, quel personnage ! Je me demande à son propos comment il est possible de discerner la sincérité de certains artistes, entre obstination, génie et besoin de reconnaissance, d’argent ou de célébrité. Yves Klein se rend malade de sa recherche mais n’en demeure pas moins un « maître du bleu », celui qui peut écrire : « Je suis allé signer mon nom au dos du ciel dans un fantastique voyage… »

1. KAHN Annette, Yves Klein, Le Maître du bleu, éd. Stock,

Cet article est tiré d’une émission diffusée les 28 avril, 5 et 12 mai 2014 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitres 109 à 111. 

Article du 28 avril 2014

 


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Quelle est la couleur de votre âme ?

J’ai diffusé largement un questionnaire le mois dernier sans dévoiler mon intention. La question était « quelle est la couleur de votre âme ? ». Il était demandé de préciser  son prénom et son âge et de donner une seule ligne d’explication, sans réfléchir (à chaque fois que les personnes ont attendu pour répondre et ont réfléchi… les réponses devenaient confuses… et je ne les ai pas utilisées)

J’ai reçu plus de 200 réponses passionnantes, sensibles, touchantes, poétiques…

22 février 2014

22 février 2014

Les couleurs citées sont :
– bleu 32%
– blanc 9,5%
– vert 8%
– rouge 7%
– orange 6,5%
– jaune 6%
– multicolore ou arc en ciel 4%
– transparent 3,5%
– gris 3%
– violet 2%
– or, sépia respectivement 0,5%
– divers (principalement des réponses citant plusieurs couleurs « à égalité ») 11%
– aucune couleur 3%
– sans réponse 0,5% (ce qui est très étonnant : plusieurs personnes ont commencé par répondre « mais je n’ai pas d’âme » ou « l’âme n’existe pas »… mais pour rajouter aussitôt après « mais si j’en avais une, elle serait de telle ou telle couleur »…

Le bleu arrive dont très largement en tête (d’autant plus qu’il est très souvent cité dans les réponses nommant plusieurs couleurs).

La moyenne d’âge des personnes qui ont répondu est de 46 ans. Les couleurs citées par les plus âgés sont le jaune (54 ans en moyenne), multicolore ou arc en ciel (55 ans), transparente (54 ans) et violette (52 ans) ; tandis que le rose (42 ans) et le rouge (plus basse moyenne d’âge : 33 ans) ont la faveur des plus jeunes. Les enfants ont une idée très précise quand on leur pose cette question qui ne semble pas les dérouter (c’est un peu faussé par le fait que ceux qui répondent ont déjà entendu parler de l’âme !).

Voici quelques impressions dans le désordre :

Presque toutes les réponses sont positives et le noir n’est pour ainsi dire par cité (sauf dans de rares multi-réponses). Même le gris est plutôt évoqué avec une connotation positive. Les personnes qui ont répondu trouvent leur âme plutôt belle : ça me plait !

Le blanc et le transparent sont souvent imbriqués, dans les réponses et associés à la pureté, à la lumière. Le blanc est associé ) l’or, ou bien il est dit « nacré » (une seule fois « délavé »). La transparence est associée à l’eau.

Le bleu est souvent associé à une nuance (bleu-gris, bleu-turquoise, bleu-ciel, bleu-azur…). Évidemment, le ciel, la mer, la paix et l’infini sont souvent cités, ainsi que le côté changeant comme le ciel. Les réponses sont courtes et assurées.

Le jaune et le orange sont associés à la lumière.

Le rose rassure ; il est lié à l’enfance.

Le rouge évoque le feu, la vie, le sang, l’énergie (réponses très courtes) : la même symbolique que dans les icônes ! La connotation royale, impériale, fougueuse est soulignée.

Le vert est cité par les personnes qui se sentent en harmonie avec la nature (mais le mot « fou, folie », revient également dans ces réponses) ; le violet est volontiers cité par des personnes qui suivent un chemin spirituel pas tellement « classique ».

Mon hypothèse, après mes trois années de recherches et d’émissions sur le bleu, était qu’il y avait au fond de l’âme de nos contemporains, une sorte de ciel bleu, très léger, sur lequel se posent les rêves en même temps que la nostalgie. J’avais trouvé, en étudiant les peintres des émissions de cette année (Chagall, de Staël, Miro, Matisse, Picasso…), l’idée d’une âme (ou d’une sensibilité de peintre ?) gris/bleu posée un fond de rouge. Eh bien cette idée ou cette association se faufile dans les réponses.

Je conclurai mes trois années d’émission sur le bleu, fin juin, par la lecture d’une partie des réponses en bleu : un magnifique poème à plusieurs voix… et les reprendrai en septembre/octobre 2014 lors de l’exposition « bleu, intensément » (18 au 21 septembre à l’église de Montaud, puis Susville début octobre, puis…  : tout cela sera annoncé à la rubrique « expositions »).

Article du 23 avril 2014


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Le vieux Syméon, « s’en aller en paix »

Syméon, 21,5x28cm, 2014

Syméon, 21,5 x 28 cm, 2014

Fête le 8 octobre

La représentation du vieillard Syméon portant l’enfant Christ dans les bras dérive de l’iconographie de la Présentation au Temple, mais d’une certaine façon, elle renvoie aussi aux représentations de la Vierge de Tendresse.

Le texte d’Évangile illustrant la scène (Lc 2 ; 25-32) prend sa place dans les offices du soir (en latin Nunc Dimitis).

Homme juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint était sur lui. Il lui avait été révélé par l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint alors au Temple poussé par l’Esprit : et quand les parents de l’enfant Jésus l’amenèrent pour faire ce que la loi prescrivait à son sujet, il le prit dans ses bras et il bénit Dieu en ces termes :

« Maintenant, Maître, c’est en paix comme tu l’as dit que tu renvoies ton serviteur
Car mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé face à tous les peuples :

Syméon, 14x34cm, 2008

Syméon, 14 x 34 cm, 2008

lumière pour la révélation aux païens
Et gloire d’Israël et ton peuple 
»

L’icône peut porter cette inscription : « celui qui porte Dieu » ou « celui qui reçoit Dieu » (Siméon Theotokos) créant ainsi un rapprochement avec les icônes de la Vierge.

 

 

 

 

 

 

Article du 21 avril 2014


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Le batik, le bleu de Chine et des îles Opalines (émission du 14 avril)

Magasin batiks Qibao

Magasin batiks Qibao

Pour la 3e année, je vous propose l’émission TOUT EN NUANCES tous les lundis à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère. Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.
Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en cliquant ici , puis écouter celle-ci en podcast à partir de lundi sur le site de RCF Isère.

Pour moi, le bleu, c’est aussi l’horizon lointain, la ligne du ciel ou de la mer, les voyages de Marco Polo comme ceux de mes amis, un bateau qui s’éloigne, les nuages qui s’étirent, le reflet de la mer. Je pense à cette chanson de Maxime le Forestier :

« Un bateau de bois
Emporte papa
Tout au bout d´la Terre
Il verra la Chine
Et les îles opalines
(…)
Il me rapportera une bille de verre
Et un ver à soie. »

Je pense à la Chine et à la photo d’un magasin de batik, à Qibao, la quartier ancien de Shanghai, envoyée par une de mes amies, et qui m’a fait rêver. Le batik et le tissu imprimé en bleu indigo font partie de l’artisanat asiatique traditionnel de Chine. Cette technique est utilisée pour réaliser des tissus qui deviennent des robes, des tuniques, des rideaux, des couvertures, des foulards ou des ceintures.

Pour obtenir le batik, on dessine sur un tissu blanc des motifs géométriques, des fleurs, des oiseaux, des poissons ou des insectes. Puis on applique de la cire fondue sur le tissu avant de le tremper dans le colorant indigo. Lorsque le tissu prend la tonalité espérée, on le sort et on le laisse sécher à l’ombre. Enfin, on met le tissu à bouillir dans de l’eau afin d’enlever la cire. Le colorant entre néanmoins dans les fissures de la cire, assez cassante, produisant une belle impression, parfois inattendue, comme des fissures sur un lac gelé.

Les Chinois produisent plusieurs types de batik, monochrome ou de plusieurs couleurs, avec des spécialités et des couleurs spécifiques de certaines régions, certaines traditions et aussi un tissu imprimé en bleu indigo, réalisé selon une autre technique.

Moi, j’ai regardé la photo envoyée par mon amie, et j’ai rêvé. J’ai vu courir des enfants et des femmes vêtues de bleu, s’interpellant dans une langue inconnue ; j’ai entendu encore une fois les paroles de la chanson : « Il me rapportera une bille de verre Et un ver à soie. » et me suis demandé où étaient ces îles Opalines…

Article du 14 avril 2014


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Conférence le 10 avril

Affiche St Marc légèreJe vous invite à une conférence au centre œcuménique Saint-Marc (6, avenue Malherbe à Grenoble 04 76 25 22 24) le jeudi 10 avril à 20 h 30.

Quand la conférence m’a été proposée, j’ai tout de suite pensé à ce titre : l’icône, entre silence et rencontre. Cela me semble un des paradoxes passionnants de l’icône, un de ceux auxquels je suis confrontée chaque jour : le désir de silence, de calme et de continuité… et les présences multiples qui m’accompagnent, de près ou de loin, au fil de mes coups de pinceau, et leur donnent sens.

J’imagine cette conférence comme le témoignage simple, porté par des images, d’une pratique colorée et vivante qui traverse le temps dans le bruit d’un silence ténu (1 Rois 12).

 

 

« Je vivrai là
Dans la maison sans toit qui ferme mon enfance
(…)
Je vivrai d’une seule et belle solitude
(…)
Toute ma vie fera un silence d’étoffes
À peu près comme au fond des quiètes merceries
À l’heure ou les enfants qui sortent de l’école
Balancent vers les cieux leurs bras comme des lis
Loin de vous je serai plus présent que moi-même
Dans cet immense amour qui me fait chanceler »

René-Guy Cadou, Personne au monde, les visages de solitude, tome 2

Vous pouvez retrouver toutes ces réflexions sur le silence  et l’icône dans Un moineau dans la poche, p. 74 à 80.

Article du 7 avril 2014


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Matisse, « le rouge qui depuis le bleu m’appelle »

Le bleu est la première couleur à laquelle on associe spontanément l’œuvre de Matisse.

Contrairement à l’habitude qui nous fait ressentir le bleu comme une couleur froide et nostalgique, ce bleu frappe par sa vivacité, sa luminosité et sa chaleur.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe bleu est la première couleur à laquelle on associe spontanément l’œuvre de Matisse.

Contrairement à l’habitude qui nous fait ressentir le bleu comme une couleur froide et nostalgique, le bleu de Matisse frappe par sa vivacité, sa luminosité et sa chaleur.

Le tableau, Nu bleu de 1952, est réalisé en papiers gouachés, découpés et collés sur papier blanc marouflé sur toile. Matisse dessine avec la couleur comme il sculpterait la silhouette d’une femme aux lignes courbes d’un trait continu, découpant aux ciseaux dans des feuilles de papier coloriées à l’avance et peignant d’un seul geste pour associer la ligne et le bleu, le contour à la surface, à la façon de « la taille directe des sculpteurs » (1).

Je suis impressionnée par ce bleu qui se suffit à lui-même sans être opposé à une autre couleur, un bleu qui n’est posé sur aucune autre teinte, sans secret ni mystère, juste une nudité à offrir. Le secret de ce bleu qui attire, réside peut-être dans l’impression d’une invisible pointe de rouge.

Dans le premier chapitre de Histoire de peintures, Daniel Arasse évoque La Danse de Matisse, grand tableau coloré avec des figures nues, qui tournent dans une ronde dansante posées sur un fond de bleu intense. Voilà comment il décrit le bleu, et l’émotion qui le traverse :

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« Ce qui m’a bouleversé, dans l’esquisse pour la Danse de Matisse, c’était le bleu, ce bleu-là. Cette tonalité de bleu inventée par Matisse m’a bouleversé au point que ça m’a fait monter les larmes aux yeux et que j’ai quitté la salle immédiatement et ne suis pas revenu, car on ne pleure pas en public devant un tableau, on le peut chez soi mais pas en public. C’est après, en réfléchissant sur cette qualité de bleu, que je me suis dit que dedans, il y a du rouge caché, et c’est ce rouge qui, depuis le bleu, m’appelle. C’est mon sentiment, peut-être Matisse n’a-t-il pas mis de rouge dans son bleu, en tous cas moi, j’en ai vu. […] C’est le coloris qui me touche et qui m’appelle. »(2)

(1) Henri Matisse, Écrits et propos sur l’art, Paris, Hermann, 1972.
(2) Daniel Arasse, Histoire de peinture, p. 20.

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 7 avril 2014 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 29 octobre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 107.

Article du 7 avril 2014