Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Les émissions du 28 avril, 5 et 12 mai : Yves Klein

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Pour la 3° année, je vous propose l’émission TOUT EN NUANCES tous les lundis à 8h35 et 11h10 sur RCF Isère. Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.
Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en cliquant ici , puis écouter celle-ci en podcast à partir de lundi sur le site de RCF Isère.

Les 3 émissions à venir seront consacrées  àYves Klein.

La vague, maquette pour les murs de L'Opéra théatre de Gelsenkirchen, Klein, 1957, pigment IKB160c

La vague, maquette pour les murs de L’Opéra théatre de Gelsenkirchen, Klein, 1957, pigment IKB160c

Le 28 avril, nous présenterons cet étrange personnage. J’ai lu sa biographie écrite par Annette Kahn et intitulée Le maître du bleu. Tout au long de l’ouvrage, j’ai oscillé entre admiration et exaspération. Je crois que c’est un peu l’impression qu’a laissé le peintre, lors de sa courte vie. Quelques soient les raisons profondes de son évolution, Yves Klein s’est engouffré à corps perdu dans la brèche du bleu, un bleu très proche de l’outremer.

Dès 1954, Yves Klein réalise une série de peintures monochromes, surtout en bleu, mais aussi en rose, en doré et même en orangé.

L’année suivant, le photographe Jean Michalon commente ainsi son travail : « Le vert, le jaune, le orangé, je n’aime pas beaucoup. Le bleu, oui, mais il étouffe les autres. J’ai l’impression d’être au sommet du mont Blanc vers 11h du matin quand le ciel se fait violet, car c’est bien connu, plus on monte en altitude, plus on se rapproche du soleil, plus le ciel devient violet. Ça fait très mal aux yeux, c’est pénible. Ce n’est pas un bleu des mers du Sud, pas un bleu-vert non plus, mais un bleu-rouge avec de la chaleur et de la violence ».

Peu à peu, Yves Klein oriente son travail vers le bleu, rien que le bleu et d’un seul ton, comme le serait une symphonie sur une seule note, idée qu’il explore également. « J’ai beaucoup réfléchi, je sais très exactement ce que je vais faire. Désormais, ce sera du bleu et rien que du bleu. Je vais y consacrer toutes mes forces, mon énergie, ma vie (…) C’est irrévocable ».

Le peintre va alors jusqu’au bout de son obstination, de son idée de l’utilisation d’une couleur pure, sans nuage. Ecoutons-le parler encore une fois : « Ce qui me gêne quand je regarde le ciel, un beau ciel bleu, c’est lorsque je vois une petite saleté de nuage qui rapplique »

« C’est tellement important, nous ne dépendons plus de l’ambigüité des autres couleurs. C’est ce bleu, et puis ce bleu et encore ce bleu »

En 1960, Yves Klein met au point la formule d’un bleu qui a tellement marqué les esprits, qu’on parle, un peu abusivement peut-être, du bleu Klein. Ce sera l’objet de l’émission du 5 mai.

(…) L’artiste (…) se lance dans la recherche d’un bleu unique au monde, un matériau auquel il pourrait donner sa signature. Il explique à Edouard Adam, jeune chimiste énergique et marchand de couleurs dans une boutique parisienne : « Tu vois, moi je fais des monochromes sur des panneaux de contreplaqués tendus de toile de coton. Je ne me sers pas de pinceaux qui laissent des traces, mais de rouleaux qui donnent une surface unie, de façon que la couleur imprègne celui qui la regarde. Pour cela, je veux des rouleaux d’une propreté absolue, il ne faut pas que la couleur soit altérée. En ce moment je suis en train de chercher un système, un « truc » pour que l’aspect originel de la couleur bleu outremer en poudre référencée 1311 chez toi soit totalement respecté. J’ai tout essayé pour broyer les pigments : l’huile de lin, la colle de peau, la caséine, le liant vinylique, mais ça ne donne pas le médium idéal. La couleur « bouge » et perd sa luminosité, son velouté. Elle devient banale. Tu pourrais m’aider à trouver la recette pour que, sur mes toiles, le pigment bleu reste absolument naturel ? »

 

Après plusieurs mois de travaux, d’expérimentations et de mélanges, les deux hommes atteignent leur objectif. Dilué avec de l’alcool à 95° et de l’ethyl-acétate dans des proportions restées secrètes, le mélange idéal sort des cuisines d’Edouard Adam. L’espèce de résine synthétique ainsi préparée est appelée « Rhodopas » et mélangée avec le fameux pigment bleu outremer n°1311.

Le résultat est surprenant : le produit peut être utilisé au rouleau ou au pinceau tout en conservant sa luminosité, sa matité et sa pulvérulence. Il ne reste qu’à choisir « le » mélange exact qui sera utilisé jusqu’au bout de l’œuvre de Yves Klein : c’est un bleu particulier, très profond. Yves dépose le brevet sous le nom de International Klein Blue (IKB).

Dès lors, les monochromes bleus du peintre sont presque tous appelés IKB, juste suivis d’un numéro, quelquefois simplement de la lettre « M » pour monochrome.

Une enveloppe décrivant la composition de ce bleu est déposée à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI). Il ne s’agit pas d’un véritable brevet car il ne concerne pas la couleur elle-même, mais son moyen de fixation, une pâte fluide originale, substituée à l’huile traditionnellement utilisée en peinture. Le liant fait l’originalité de l’IKB et non le bleu lui-même, mais il faut le dire, malgré l’étrange démarche de ce personnage singulier et obstiné, la tonalité du bleu d’Yves Klein, est vibrante, dynamique, lumineuse !

Nous terminerons ce cycle le 12 mai par les Inventions en bleu.

Yves Klein, après avoir mis au point ce mélange bleu (…), crée ensuite des monochromes à la brillance intense qui traversent très bien le temps. Il enduit aussi des éponges et se livre à des tas d’inventions et expérimentations : mappemondes, Vénus de Milo, guide de pinceaux vivant, ou œuvres qu’il intitule « empreintes anthropométriques… »

Pour le pinceau vivant, les modèles s’enduisent de la peinture bleue préparée par Klein, puis se roulent sur de grandes feuilles disposées au sol : c’est tout un rituel, une mise en scène élaborée, parfois réalisé en public… et dont la description me laisse … un peu perplexe !

Dans son travail intitulé Reliefs éponges, des éponges de taille et de forme diverses sont trempées dans la couleur bleue. Grâce à la résine qu’il a mise au point, et dont il maitrise de mieux en mieux les réactions, il fait des sculptures éponges qu’il fixe sur des tiges métalliques fixées à des socles plats. Alors, l’éponge bleue devient une sorte de fleur inaltérable.

Un jour de printemps, il se rend en voiture de Paris à Nice avec sa compagne, Trot. Il fait le trajet à petite vitesse car il a installé sur le toit de sa voiture une galerie à laquelle il a fixé une grand étoile peinte fraichement en bleu. Il espère dans les hasards et la patine du vent, de la poussière, de la pluie et des insectes. Il dit qu’il prépare une empreinte du temps, un enregistrement du vent !

Et je ne raconte même pas les événements toujours plus extravagants imaginés et souvent réalisés par Klein, comme le tableau de feu d’une minute réalisé avec des feus de Bengale dont les flammes lèchent un grand monochrome bleu. Décidemment, Yves Klein est un bien étrange personnage (…) qui s’est rendu malade de sa recherche mais il reste une sorte de « maître du bleu », et aussi celui qui écrivait : « Je suis allé signer mon nom au dos du ciel dans un fantastique voyage…»

 

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Auteur : elisabethlamour

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