Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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L’émission du 23 juin : pour terminer avec le bleu

pigments bleus

pigments bleus

Voilà la page du bleu qui se tourne. Trois ans d’émissions sur le bleu (sur RCF Isère, 103.7), trois ans de déambulation dans la couleur. J’aurais pu continuer encore, car à chercher, à creuser, les résonnances continuent et s’amplifient. Je reçois des textes, des photos ; je rencontre des personnes qui me parlent du bleu et me disent : « moi aussi, le bleu est ma couleur préférée ». Mais non, je ne veux pas vous décevoir, mais voilà ce que je peux formuler après ces trois années : le bleu n’est pas ma couleur préférée, c’est la couleur de mon âme, nuance !

Après tant d’errance en bleu, l’envie me prend de continuer, à la rentrée prochaine, avec la couleur la plus opposée possible au bleu : il s’agit du rouge. Je vais commander des pigments ; et puis travailler comme je vis et comme j’aime : rêver, tester, contempler, toucher, laisser vibrer les couleurs et les sensations, puis seulement après étudier l’histoire d’une nouvelle palette : celle des pigments rouge !

Terminons le cycle d’émissions en chanson avec un jeune auteur-compositeur, Julien Calot, et sa chanson intitulée Halki qui parle d’une île grecque et de l’ambiance bleue…Tendez bien l’oreille : il y parle des barques, du bleu Klein, le fameux IKB, et de tellement de thèmes évoqués ces années… que je me demande s’il ne l’a pas écrite juste pour nous ! (on peut l’écouter en podcast sur l’émission)

préparatifs à l'Atelier Montfollet

préparatifs à l’Atelier Montfollet

Je ne résiste pas à l’envie de prolonger quand même un peu et proposerai en septembre/octobre une exposition avec la participation d’Anne Brugirard et Isabelle Jacquet, qui reprendra l’essentiel de ces thèmes et s’intitulera « Bleu, intensément » (Montaud du 18 au 21 septembre et Puits’arts-Susville le 4 et 5 octobre)


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L’émission du 16 juin : la couleur de mon âme 3

port de Toulon

port de Toulon

Je termine cette 3° année de l’émission TOUT EN NUANCES (les lundis à 8h35 et 11h10 sur RCF Isère) au cours de laquelle j’ai effeuillé les subtilités de la couleurs bleue. Je termine ce cycle avec un questionnaire présenté dans des articles précédents (cliquer sur le n° pour accéder à l’article) : « quelle est la couleur de votre âme » 1 et 2

Ecoutons une partie des réponses en bleu qui vibrent comme un poème :

Alix (53 ans) la couleur de mon âme reflète son état, influencé par le temps qu’il fait. Mon âme est de la couleur du ciel, donc bleue ce matin. Avec quelques touches de gris.
Anatole (14 ans) mon âme est bleue, parce que c’est la couleur qu’on donne aux esprits.
Catherine (63 ans) elle a la couleur du ciel et de la mer mais elle est changeante comme la mer !
Elisabeth (19 ans) mon âme est bleue, parce que c’est la couleur de l’eau, du ciel et de l’air, celui-ci peut-être violent ou super doux.
Fabien (27 ans) mon âme a la couleur de la profondeur, du vide, de la réflexion, du céleste. Contrairement aux autres couleurs, elle ne m’évoque pas d’état solide…
Lucile (25 ans) mon âme est d’un bleu profond, comme un saphir,  comme le ciel, la nuit !
Malo (15 ans) elle est de la même couleur que mes yeux (gris bleu), un coté un peu noir et bleu hypnotique.
Marie-Claude (64 ans) bleu turquoise, la couleur qui me réjouit l’âme, m’attire et me fait chaud au cœur.
Samuel (17 ans) mon âme est bleue parce que j’aime le bleu, et que j’ai les yeux bleus.
Sarah (30 ans) Blue note. Comme l’amour comme la nuit comme la mélancolie comme la passion douce comme un tableau de Delacroix.
Sylvie (57 ans) turquoise, allez…c’est l’inspiration du moment.
Titouan (17 ans) mon âme est bleue car c’est la couleur de la mer.
Valérie (55 ans) elle est comme le ciel et la mer. c’est venu tout seul, j’ai même pas réfléchi !
Yvon (54 ans) bleu tendre, il me semble que ce n’est pas pour rien que le ciel garde en lui cette couleur…
Nicolas (15 ans) la couleur de l’espace et de la liberté.
Philippe (73 ans) bleu-gris à cause des reflets de la Loire.
Marilyne (40 ans) Bon ben, bleue ! C’est ce qui est venu naturellement car on imagine l’âme paisible, un peu flottante, évanescente comme une brume au dessus d’un lac avec la lumière qui filtre à travers. Du coup, avec un peu de jaune peut-être !
Martine : mon âme est bleu turquoise, clair et lumineux, car c’est la couleur de l’aura.
Maud (29 ans)… j’imagine mon âme bleue. Peut-être parce que c’est la couleur de mes yeux.
Rose (30 ans) parfois bleu azur, parfois bleu orage, mais surtout bleu honnête et sincère !
Caroline (52 ans) j’imagine mon âme de la couleur du ciel, donc chaque jour un peu différente. Elle erre vers le Très-Haut et ceux que j’aime déjà partis et veille sur ceux que j’aime ici-bas.
Anne (58 ans) elle bleue comme le ciel
Annie (77 ans) bleu clair, doux… parce que le ciel est bleu !
Agnès (50 ans) parce que c’est la couleur du ciel.
Béatrice (52 ans) sans trop réfléchir c’est la couleur bleue qui me vient à l’esprit …Bleu comme l’aérien, le presque transparent, l’insaisissable…comme une aura de fumée bleutée ;mais je ne sais pas trop ce qu’est une, âme, mon âme encore moins ; c’est donc une réponse fumeuse !
Blandine ( ?) instinctivement je dirai « bleue »; mais je ne sais pas trop pourquoi.
Chantal (60ans) bleu avec de l’or.
Claire (45 ans) couleur de la mer et du ciel, 2 espaces infinis… et qui de plus a toujours été ma couleur préférée
Cléophée (18 ans) la couleur dont je me sens le plus proche et avec laquelle je me sens la plus à l’aise.
Danielle (69 ans)bleue azur.  Le ciel, les voyages, l’avenir, l’éternité.
Diane (11 ans) parce que j’ai été baptisée, comme la pureté.
Dominique (56 ans) Bleu-vert ou bleu des mers du sud, bleu profond ou bleu azur, bleu acier les jours de colère, bleu gris les jours de tristesse, bleu, bleu bleu… mais bleu variable.
Edith (63 ans) très spontanément je dirais que mon âme est dans très joli bleu assez clair.
France (48 ans) car c’est ma couleur préférée.
François 41 ans) mon âme est bleue comme le ciel
François (69 ans) elle est bleu France
François (80 ans) Bien que peu familier de « mon âme » (pour mon vieux maître Thomas d’Aquin, ce n’est que « la forme du corps »…). Si c’est trop  tard, on n’y verra que du bleu !
Geneviève (69 ans) Peut-être les bleus à l’âme.
Gilles (58 ans) indigo.
Hanna (13 ans) bleu clair, cette couleur me fait penser à la liberté !
Jocelyne (70 ans ?) Mon âme était bleue le jour où je pensais te répondre, comme le ciel et mon humeur du moment.
Michèle (50 ans) la couleur du ciel, de la mer (dans le meilleur des cas) sentiment de liberté, d’infini et de paix
Michèle (61 ans) indigo.
Marilou (72 ans) la couleur du ciel, parce que je pense à l’infini, à Dieu !
Matthieu (47 ans) comme la mer, le ciel
Noé (18 ans) un bleu clair, car c’est la couleur dans laquelle je me reconnais le plus !
Pascal (62 ans)Mon âme est bleue, du moins aujourd’hui; il lui arrive de changer de couleur. J’aime bien l’idée qu’elle soit entre le rose et le orange, quelquefois.
Rémi (62 ans) grise bleutée et argentée.
Simone-Sarah j’ai toujours eu la sensation bien peu explicable que c’était une sorte de bleu qui se rapprocherait du ciel.
Muriel (36 ans), Marie-Christine (50 ans), Chantal (52 ans), Marc (44 ans), Armelle (45 ans) et Naoura (39 ans) voient aussi leur âme bleue, sauf la nuance bleu-clair pour Jean (55 ?) Anne-Violaine (32 ans) et Pauline (14 ans), bleu-turquoise pour Anne-Sophie (43 ans). Ils ne peuvent rien préciser, c’est bleu, c’est tout !

Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en allant sur la page parcours/émission de radio , puis écouter celle-ci en podcast à partir de lundi sur le site de RCF Isère.


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Jonas, « remonter vivant »

Prophète Jonas, 30,5x34cm, 2014

Prophète Jonas, 30,5x34cm, 2014

Jonas est un prophète commun à la tradition juive, chrétienne et musulmane (‫يونس‬ ‪Yûnus‬).

Il est le cinquième des douze petits prophètes de la Bible, le personnage principal du Livre de Jonas et un des prophètes du Coran.

Son nom, selon les origines et les traductions, peut signifier la colombe, l’homme à la baleine ou au gros poisson.

Dieu aurait envoyé Jonas à Ninive pour ramener la population de la ville dans le droit chemin. Mais Jonas n’en n’a aucune envie et s’enfuit par la mer en direction de Tarsis. Une terrible tempête secoue le bateau et les marins, déduisant par tirage au sort la responsabilité de Jonas, le jettent par dessus bord. Aussi tôt, la « mer se tint immobile, calmée de sa fureur » (Jonas 1, 15) et Jonas est englouti par un gros poisson (envoyé par Dieu). Il y demeure 3 jour et 3 nuits et délivre une très belle supplique :

« Dans l’angoisse qui m’étreint, j’implore le Seigneur :
il me répond ;
du ventre de la Mort, j’appelle au secours :
tu entends ma voix.

Tu m’as jeté dans le gouffre au cœur des océans
où le courant m’encercle
toutes tes vagues et tes lames
déferlent sur moi.

Si bien que je me dis : Je suis chassé de devant tes yeux
Mais pourtant je continue à regarder
vers ton Temple saint.

Les eaux m’enserrent jusqu’à m’asphyxier
tandis que les flots de l’abîme m’encerclent ;
les joncs sont entrelacés autour de me tête.
Je suis descendu jusqu’à la matrice des montagnes ;

A jamais les verrous du pays sans retour sont tirés sur moi.
Mais de la fosse tu me feras remonter vivant,
Oh ! Seigneur, mon Dieu ! » (Jonas 2, 3-7)

La suite est aussi passionnante. Jonas, finalement, se rend à Ninive sur ordre du Seigneur et annonce la destruction prochaine de cette immense ville dans laquelle le désordre règne toujours. Mais la population, « des grands jusqu’aux petits » (Jonas 3, 5) décide de jeûner, de se reprendre, de changer de vie en somme. Alors, Dieu renonce à sa colère et cette fois-ci, pardonne. Jonas met du temps à accepter ce revirement, à accepter que la colère divine ne soit pas inéluctable… Un des thèmes du livre de Jonas est celui de la possibilité du pardon.

Voilà, j’aime bien cette histoire. J’ai eu envie de peindre cette icône en premier pour la juxtaposition des nuances de bleu : mélange de cobalt et céruléum pour le monstre marin ; lapis-lazuli et outremer pour la mer. Quant à la montagne, elle est de vert malachite.

J’ai aussi été très touchée par le long poème de Jonas. C’est ainsi que je ressens les choses : quand la tempête se déchaine avec trop de violence, le besoin de descendre jusqu’au fond, de laisser son âme au repos, en sommeil, dans l’obscurité pour « remonter vivant »… Le ventre du monstre comme une sorte d’hibernation symbolique, avant le retour du printemps.

Et puis, ces jours-ci, comme toujours, j’écoute la radio ; je pense à Ninive et aux terribles drames qui s’y jouent, à l’effroyable tempête qui secoue depuis tellement longtemps ces pays qu’on aime.


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L’émission du 9 juin, la couleur de mon âme 2

bords de Loire

bords de Loire

Pour la 3° année, je vous propose l’émission TOUT EN NUANCES tous les lundis à 8h35 et 11h10 sur RCF Isère. Durant cette émission, j’effeuille les subtilités de la couleur bleue, l’histoire de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’évoque également l’évolution des goûts et des sensibilités, tout en interrogeant la qualité des pigments. Je glisse parfois aussi mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.
Vous pouvez retrouver les titres de toutes les émissions passées en allant sur la page parcours/émission de radio , puis écouter celle-ci en podcast à partir de lundi sur le site de RCF Isère.

Voilà quelques semaines avons évoqué des peintres pour lesquels la couleur bleue est synonyme de tourments et de nostalgie, parfois d’angoisse : Nicolas de Staël et ses camaïeux bleus, la période bleue de Picasso, peut-être une des plus tourmentées de son œuvre, Miro, Matisse… En travaillant sur ces peintres et leurs œuvres, je me suis demandée quel besoin ou quelle inclinaison m’a entrainée à poursuivre ce travail sur les pigments bleus, je me suis demandée aussi pourquoi, cette couleur qu’on dit consensuelle, s’avère si souvent porteuse de chagrin.

Comme beaucoup, j’aime le bleu, je me régale de mes pigments bleus que je collectionne inlassablement ; j’en attends avec impatience trois nouveaux qui doivent arriver par la poste d’un jour à l’autre : un azurite de Russie, un lapis-lazuli et un bleu de cobalt d’Italie. Je jubile lorsque j’arrive à garder une tonalité de bleus profonds pour éclairer le vêtement d’un des personnages de mes icônes. Je crois que le bleu est la couleur de mon âme.

A étudier tous ce peintres et à me demander pourquoi le bleu, j’ai découvert une sorte de constance : la couleur gris-bleu et un petit rappel de rouge quelque part, en sous-couche ou dans un détail, est en quelque sorte « la couleur de l’âme » des peintres en bleu : un mélange de nostalgie et d’appel, la discrétion d’un trouble qu’on partage sans l’exhiber et dans le reflet bleu d’un lac, un scintillement qui ne sait pas s’il enchante ou réveille l’inquiétude

Afin de tester la justesse de mon intuition, j’ai lancé un questionnaire dans lequel je demandais « quelle est la couleur de votre âme », sans préciser ce que j’avais derrière la tête ; je l’ai diffusé largement.

J’ai reçu de nombreuses réponses passionnantes, sensibles, touchantes, poétiques… (voir article en lien)

Le bleu arrive très largement en tête avec 32%
 des réponses, suivi par le blanc (moins de 10%). Viennent ensuite par ordre décroissant le vert, le rouge, le orange, le jaune et enfin les multicolore ou arc en ciel, transparent, gris, violet, or, sépia.

Le bleu est souvent associé à une nuance (bleu gris, bleu turquoise, bleu ciel, bleu azur…). Évidemment, le ciel, la mer, la paix et l’infini sont souvent cités, ainsi que le côté changeant comme le ciel et même la couleur des yeux de ceux qui répondent.

Mon hypothèse, après ces 3 années de recherches et d’émissions sur le bleu, était qu’il y a au fond de l’âme de nos contemporains, une sorte de ciel bleu, très léger, sur lequel se posent les rêves en même temps que la nostalgie ; ce bleu, avec sa petite faille de rouge que tant d’artistes on posé sur les toiles, comme un reflet de leur âme. Alors, nous terminerons ce cycle avec les réponses bleues du questionnaire.


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La Vierge de Tendresse de Saint-Sauveur in Chora

La fresque de la Vierge à Saint-Sauveur

La fresque de la Vierge à Saint-Sauveur

2014 (17,5x34cm)

2014 (17,5x34cm)

J’aime revenir à ce modèle : la grande fresque de la Vierge de Tendresse (Eleousa) de l’église Saint-Sauveur in Chora (Kariye Camii) à Istanbul. Plusieurs fois, mes pas m’ont ramenée là, au bout d’une ligne de bus, à la frontière de la ville, à proximité des murailles et de leur chemin de ronde.

Peu d’églises m’ont autant émue, peut-être par ce que j’ai étudié l’organisation des fresques et des mosaïques, qui tracent une sorte de chemin de ronde de nos vies.

Peut être parce que certaines des fresques et en particulier celle-ci, datent du début du XIVème siècle, période de basculement dans l’art que j’aime le plus (le mécène de la rénovation des fresques, Théodore Métochite, à quelques années près, nait et meurt en même temps que Giotto. Il finira sa vie comme simple moine, dans ce lieu, alors monastère). L’histoire de Byzance, en cette période, est aussi celle d’un basculement, la fin d’une certaine histoire…

0026 - copiePeut-être parce que s’entremêle à ce souvenir des visages resplendissants, en équilibre juste de l’autre côté de la frange de l’enfance. Je revois aussi d’autres visages éclairés par un timide soleil, lors du mois de février 2004 au cours duquel la neige est tellement tombée sur Istanbul, que toute la circulation était suspendue : il fallait suivre à pied, dans le silence de la ville figée, la ligne du tram pour avancer dans la tempête !

Ces souvenirs, la situation géographique du lieu, et la décoration de l’église : tout ravive en moi un sentiment d’urgence, de basculement, l’idée d’un fil étroit, une lisière à la fois grave et scintillante, sur laquelle on tente de se maintenir, malgré tout.

Il faut ajouter que le nom de l’église constitue tout un programme : le mot Chora renvoie à un jeu de mots sur l’origine champêtre des lieux, hors de la ville, et le Christ, ici nommé « terre des vivants », « champ de la vie », et Marie, « terre des sans-terre ».

Ainsi, la fresque de la Vierge à l’enfant de Saint-Sauveur date de la période « Paléologue » et allie des caractéristiques de l’art byzantin à une évolution qui tend vers davantage de sentimentalisme. Les visages sont petits, les corps allongés, comme spiritualisés. Le cerne de l’œil est exagéré, comme un léger coup d’ongle qui suggère discrètement les souffrances humaines. Les couleurs du vêtement de Marie déclinent des gammes de bleus mais les traits des vêtements sont schématiques et nerveux. Le visage de l’Enfant est assez poupin. Il regarde sa Mère, tient le rouleau dans la main gauche. De l’autre main il s’accroche fiévreusement à sa robe qu’il semble tirer à lui, comme pour réclamer attention et protection.

2014 (13x26cm)

2014 (13x26cm)