Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

La Vierge de Tendresse de Saint-Sauveur in Chora

2 Commentaires

La fresque de la Vierge à Saint-Sauveur

La fresque de la Vierge à Saint-Sauveur

2014 (17,5x34cm)

2014 (17,5 x 34 cm)

J’aime revenir à ce modèle : la grande fresque de La Vierge de Tendresse (Eleousa) de l’église Saint-Sauveur in Chora (Kariye Camii) à Istanbul. Plusieurs fois, mes pas m’ont ramenée là, au bout d’une ligne de bus, à la frontière de la ville, à proximité des murailles et de leur chemin de ronde.

Peu d’églises m’ont autant émue, peut-être par ce que j’ai étudié l’organisation des fresques et des mosaïques, qui tracent une sorte de chemin de ronde de nos vies.

Peut-être parce que certaines des fresques et en particulier celle-ci, datent du début du XIVe siècle, période de basculement dans l’art que j’aime le plus (le mécène de la rénovation des fresques, Théodore Métochite, à quelques années près, naît et meurt en même temps que Giotto. Il finira sa vie comme simple moine, dans ce lieu, alors monastère). L’histoire de Byzance, en cette période, est aussi celle d’un basculement, la fin d’une certaine histoire…

0026 - copiePeut-être parce que s’entremêlent à ce souvenir des visages resplendissants, en équilibre juste de l’autre côté de la frange de l’enfance. Je revois aussi d’autres visages éclairés par un timide soleil, lors du mois de février 2004 au cours duquel la neige est tellement tombée sur Istanbul, que toute la circulation était suspendue : il fallait suivre à pied, dans le silence de la ville figée, la ligne du tram pour avancer dans la tempête !

Ces souvenirs, la situation géographique du lieu, et la décoration de l’église : tout ravive en moi un sentiment d’urgence, de basculement, l’idée d’un fil étroit, une lisière à la fois grave et scintillante, sur laquelle on tente de se maintenir, malgré tout.

Il faut ajouter que le nom de l’église constitue tout un programme : le mot Chora renvoie à un jeu de mots sur l’origine champêtre des lieux, hors de la ville, et le Christ, ici nommé « terre des vivants », « champ de la vie », et Marie, « terre des sans-terre ».

Ainsi, la fresque de la Vierge à l’enfant de Saint-Sauveur date de la période « Paléologue » et allie des caractéristiques de l’art byzantin à une évolution qui tend vers davantage de sentimentalisme. Les visages sont petits, les corps allongés, comme spiritualisés. Le cerne de l’œil est exagéré, comme un léger coup d’ongle qui suggère discrètement les souffrances humaines. Les couleurs du vêtement de Marie déclinent des gammes de bleus mais les traits des vêtements sont schématiques et nerveux. Le visage de l’Enfant est assez poupin. Il regarde sa Mère, tient le rouleau dans la main gauche. De l’autre main il s’accroche fiévreusement à sa robe qu’il semble tirer à lui, comme pour réclamer attention et protection.

2014 (13x26cm)

2014 (13 x 26 cm)

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

2 réflexions sur “La Vierge de Tendresse de Saint-Sauveur in Chora

  1. Merci pour cet article, il m’a plongé dans le coeur des personnages, dans leur vie qu’ils ne demandent qu’à partager avee nous !
    Bien humblement, c’est ce qui me motive quand je fais une icône!!

  2. Pingback: Commentaires sur les icônes… | Elisabeth Lamour

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