Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Saint Maxime de Rome

Saint Maxime de Rome, 16x28cm, 2014

Fête le14 avril (calendrier catholique et orthodoxe)

On ne sait pas grand chose de saint Maxime de Rome. Son histoire semble liée à celle de sainte Cécile, saint Valérien et saint Tiburce qui vécurent au début  3ème siècle. Mais rien d’historique ne vient confirmer ces récits, si ce n’est les traces d’une sépulture (ou de reliques ?) à Rome.

Voilà ce que j’ai trouvé dans la Légende dorée (1) de Jacques de Voragine. Il raconte que la jeune Cécile, sur le point d’épouser Valérien, lui révèle sa foi. Il se convertit alors avec son frère, Tiburce. Valérien et Tiburce s’emploient à donner des sépultures décentes aux martyrs persécutés, jusqu’au jour où ils sont dénoncés. Au terme d’un procès, les deux frères sont emprisonnés sous la surveillance de Maxime. Celui-ci tente de les sauver une dernière fois de la mort : « Ô fleur pourprée de la jeunesse, ô couple charmant et tendre, d’où vient que vous couriez ainsi à la mort comme à un festin ? » (p. 642) Valérien lui répond que s’il veut partager leur foi, il verrait lui-même leur gloire dès après leur mort. Maxime reprend : «  Je veux que la foudre m’anéantisse, si, quand j’aurai vu ce que vous me promettez, je ne réclame pas que votre Dieu est le vrai Dieu » (p. 643) Alors Maxime, toute sa famille et tous les bourreaux se convertissent et reçoivent le baptême d’Urbain qui vient les trouver en secret. Valérien et Tiburce sont exécutés et Maxime affirme avoir vu des anges briller autour d’eux et emporter leurs âmes vers le ciel. Puis Maxime est à son tour mis à mort. Cécile obtient l’autorisation, pas toujours donnée aux chrétiens, de les enterrer dans un tombeau (cimetière de Prétextat sur la voie Appienne).

Saint Maxime, visage 8x10,5 cm, 2014

Saint Maxime, visage 8×10,5 cm, 2014

Je ne suis pas sûre de ces informations, mais quelle richesse d’entrer dans la vie d’un personnage qu’on ne connaît pas, avec juste quelques indices, imaginer une vie, se relier à une histoire, sentir une fraternité.

(1) La Légende dorée, Jacques de Voragine, Points sagesses (fin XIIIème siècle)


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L’émission du 29 septembre : la légende de l’ocre du Roussillon

ocre rouge du Roussillon

ocre rouge du Roussillon

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF isère -103.7- à 8h35 et juste après 11h) une couleur très différente : le rouge.

De nombreux pigments ocre rouges sont extraits en France encore aujourd’hui, notamment dans les célèbres carrières d’ocre du Vaucluse que nous évoquions la semaine dernière. La petite ville de Roussillon est si belle avec ses façades ocrées de nuances vives et subtiles. Voici la légende rapportée pages 4 et 5 dans le petit livre intitulé « Ocres » et publiée par les éditions Eyrolles, celles du « Conservatoire des ocres et de la couleur » installé à Roussillon.

« Il y a fort longtemps, dans un château surplombant le village de Roussillon, vivait le Seigneur Raymond et sa belle épouse, Dame Sirmonde. Chaque jour, le Seigneur Raymond s’adonnait à sa passion, la chasse, laissant Dame Sirmonde seule au château. Celle-ci s’ennuyait terriblement lorsqu’un jeune et beau troubadour se présenta : Guillaume de Cabestaing. Lui, passait ses journées à chanter et conter pour divertir dame Sirmonde.

Et ce qui ce devait arriver finit par se produire : le jeune troubadour et la belle Dame Sirmonde tombèrent amoureux. Ils vécurent un amour secret et heureux jusqu’au jour où le Seigneur Raymond découvrit cette tromperie.

En fin stratège, il invita Guillaume de Cabestaing à une partie de chasse. Le jeune troubadour accepta sans se douter un seul instant qu’il était le gibier de la journée. Le Seigneur Raymond tua ainsi Guillaume de Cabestaing. Il lui arracha le cœur qu’il ramena au château et demanda au cuisinier de préparer le plat préféré de Dame Sirmonde.

Lorsqu’elle en eut mangé la dernière bouchée, le Seigneur Raymond annonça à son épouse que son jeune et beau troubadour était mort et qu’elle venait d’en déguster le cœur… Folle de douleur et ne pouvant supporter cette nouvelle, la belle Sirmonde monta dans la plus haute tour du château et se jeta par la fenêtre. On dit que c’est son sang qui donna leur couleur aux terres ocrée du village de Roussillon »

Et voilà, derrière la grâce des couleurs du village, au coucher du soleil, se cache cette légende d’amour et de mort, belle et cruelle, comme sait l’être la couleur rouge.


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Les cours d’iconographie 2014-2015

Les cours collectifs ont lieu à La Rencontre et se déroulent toujours de la même façon. Entre 13h30 et 14h, nous nous installons, échangeons les nouvelles, réglons les questions pratiques. A 14h, le cours commence par des informations diverses, puis un temps de prière (généralement la prière de l’iconographe et/ou un texte choisi par l’un ou l’autre). Je propose ensuite un exercice commun (environ1/4h, avec des indications pour continuer à la maison). Puis, nous faisons un tour de table pour observer chaque icône, en donnant des indications qui peuvent être utiles à tous. Enfin, chacun travaille à son icône, dans le silence (!) ou en musique et les corrections ou conseils sont individuels. Vers 17h, j’essaye de donner à chacun des indications pour le travail à la maison. Fin du cours à 17h30. Cette année, l’exercice commun portera sur les drapés. Chaque mois, nous réaliserons un petit travail sur  à partir d’une même photo. Pour suivre et être au même point que tout le monde, il suffit, en cas d’absence, de faire à la maison le travail proposé, en se référant au site qui sera mis à jour régulièrement.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA 1re étape – septembre – Dessiner librement au crayon le drapé « de l’extérieur vers l’intérieur ». Chercher les ombres et les appuyer sur des lignes.

2ème étape – octobre – Décalquer le tissu en cherchant les lignes (ne pas s’occuper du motif). Reporter le calque (avec de l’ocre rouge à l’arrière) sur un papier à dessin et poser les lignes en pleins et déliés avec un crayon de préférence gras. Créer des lignes simples et précises, les plus épurées possible.

3ème étape – novembre – Refaire l’exercice au pinceau avec ocre rouge et oeuf, avec l’aide du calque sur papier aquarelle épais. Recommencer si possible, à main levée. plis

4ème étape – décembre – Décalquer le dessin présenté en noir et blanc, le reproduire sur papier kraft. Repasser les lignes à l’ocre rouge en insistant sur les pleins et déliés, et chercher des lumières avec le blanc de zinc.

5ème étape – janvier – Redessiner les contours sur papier épais ou sur une plaquette recouverte de gesso, ou même une petite planche. Reproduire les contours en 3 exemplaires. Nous traiterons le tissus selon 3 méthodes différentes. Pour le premier, faire un fond avec un mélange de couleurs au choix (« ton local ») en ajoutant 1 noir à 3 éléments de couleur (la même couleur ou, de préférence, un mélange au choix). Passer ce fond le plus régulièrement possible « à la goutte » en 2 ou 3 couches. Puis placer les lignes

Le point sur les travaux en cours lors du stage de janvier 2015

Le point sur les travaux en cours lors du stage de janvier 2015

avec « ton local » + noir. Commencer les lumières en enlevant le noir, puis en enlevant une autre couleur. Eclaircir en allant peu à peu vers le blanc. On peut faire un deuxième essai avec le même ton local (la même base), mais en éclaircissant avec une autre couleur. Comparer les deux résultats (c’est ce qui se passe pour le manteau de la Vierge : le ton local est composé de rouge, bleu et noir, premiers éclaircissements en rouge et bleu, puis on opte peu à peu pour le rouge seul, ou le bleu seul)

6ème étape – février – Nous allons ce mois ci travailler notre tissu en blanc (c’est le moment, avec la neige qui est tombée !). Pour cela, on peut reprendre toutes les étapes expliquées en détail en cliquant sur ce lien

7ème étape – mars – traiter le tissu comme un vêtement blanc. On peut s’aider avec le document qui est sur ce lien

8ème étape – avril – sur le vêtement blanc, réalisons quelques décors ou liserés (oeuf et pigment, sans eau, très concentré)


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L’émission du 22 septembre : l’ocre rouge

ocre rouge

ocre rouge ercolano

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF isère -103.7- à 8h35 et juste après 11h) une couleur très différente : le rouge.

L’emploi de terres colorées est très ancien dans l’histoire des hommes, qu’il s’agisse d’orner le corps ou de peindre parois et murs. Les couleurs les plus anciennement utilisées par les artistes sont le noir (noir de fumée, noir d’os), le blanc (la craie), l’ocre jaune et l’ocre rouge. On pense même que l’ocre rouge serait le premier pigment utilisé par l’homme, avec sa main trempée de couleur posée sur les murs de la caverne. On a retrouvé des fragments d’ocre rouge, ainsi qu’un broyeur en basalte près de Nazareth, dans une des plus anciennes traces de sépultures connues datant de 900 000 av JC.

Ces ocres ne sont pas des couleurs vives, mais des couleurs stables, qui ont plutôt bien traversé le temps. Ces terres sont liées tantôt avec de l’huile de lin, de la saumure, de l’urine, de la suie, du goudron, du beurre, du sang de bœuf, de la graisse de lézard ou de serpent.

La présence du fer est responsable de la couleur de la plupart des terres naturelles.

Il peut s’agir à l’origine d’un ocre jaune qui peut devenir rouge en s’altérant, ce qui nécessite environ 1,5 million d’années en climat tropical. On peut aussi le chauffer par cuisson, le calciner dans des fours, ce que l’on sait faire depuis 350 000 ans !

Cette fois encore, je me tourne vers mon étagère et lis les inscriptions sur ces pots de verre emplis des couleurs de terre rouge que j’aime tant : rouge Pozzuoli, terre rouge de Sardaigne, ocre rouge Puisaye, ocre oxy Apt rouge, rouge de Venise, terre rouge d’Afrique du sud…

J’aime particulièrement le rouge ercolano, à peine orangé, qui me fait penser à l’Italie, mère patrie de la fresque. Il tient son nom d’Herculanum, ville romaine antique de Campanie détruite par l’éruption du Vésuve de 79 en même temps que Pompéi. Les terres colorantes et les ocres, utilisés pour la fresque conservent parfaitement la couleur d’origine.

Roussillon, octobre 2001 (page d'album de photos)

Roussillon, octobre 2001 (page d’album de photos)

Et puis je me souviens de promenades avec les enfants dans les carrières d’ocre du Roussillon et leur joie de découvrir cette nature colorée qui tache les mains et les tee-shirts blancs de si joyeuse manière, puis donne cette formidable envie de peindre, au retour…


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L’émission du 15 septembre : le rouge dans l’icône

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF isère -103.7- à 8h35 et juste après 11h) une couleur très différente : le rouge. On peut écouter en podcast les anciennes émissions sur le site de RCF Isère.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe rouge, nous l’avons vu, est la couleur symboliquement la plus éloignée du bleu. Aussi, dans la peinture de l’icône, utilise-t-on ces deux couleurs en opposition. Le bleu représente la dimension céleste, divine tandis que le rouge évoque l’humanité ou le sang des martyrs.

Ainsi, le Christ est-il toujours revêtu d’une robe rouge sur laquelle est posé un manteau bleu. Cela veut signifier que son humanité est recouverte de divinité en quelque sorte. Les deux couleurs ne sont pas mélangées dans les vêtements du Christ qui n’est pas représenté en violet. Cela est en accord avec les déclarations conciliaires : le Christ est à la fois Dieu et homme sans mélange ni confusion. Les actes du concile de Chalcédoine – aussi appelé 4° concile œcuménique, réuni en 451 le souligne en ces termes : « Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l’unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union… »

En revanche, l’utilisation des ces deux couleurs répond à une logique très différente pour ce qui concerne la Vierge. La couleur de fond de son manteau est un mélange de rouge et de bleu, comme pour signifier qu’elle est l’être humain qui s’est le plus approchée de sa destinée divine.

Quant aux cadres de l’icône très souvent rehaussés de rouge, ils évoquent le sang des martyrs. Nous reviendrons dans une autre émission sur certains fonds rouges, caractéristiques de l’école de Novgorod.

Cette symbolique n’est pas exclusive à l’icône : ainsi, la robe rouge portée sous un manteau ou sous une cape bleue est-elle présente dans le Tarot, dans la figure de l’Hermite, de la papesse et de l’Impératrice. C’est une toute autre histoire, mais qui témoigne d’une de ces curieuses rencontres du langage symbolique.


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L’émission du 8 septembre : le rouge, couleur de l’ambivalence

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF isère -103.7- à 8h35 et juste après 11h) une couleur très différente : le rouge. On peut écouter en podcast les anciennes émissions sur le site de RCF Isère.

Comme nous l’avions constaté pour le bleu, la couleur rouge véhicule une forte puissance symbolique caractérisée par son ambivalence.

détail d'un tableau de Julia Stankova (l'hospitalité d'Abraham)

détail d’un tableau de Julia Stankova (l’hospitalité d’Abraham)

Ainsi, le rouge évoque-t-il la vie, comme le sang qui coule dans nos veines, mais quand le sang s’échappe, se répand, c’est la mort qui s’annonce.

La couleur rouge est associée à l’ardeur, au courage, à la fougue, à l’éclat, à l’action, à l’amour, et surtout à la passion. Allant de la vie à la vitalité, c’est la couleur de la jeunesse, de la vitesse, de l’exaltation.

Mais le sang de la vie est aussi celui de la mort, de la violence et de la haine, du martyre, de la colère, du danger, du péché, de l’interdit et de la sanction…

Ne dit-on pas voir rouge, ou être rouge de colère ? Le stop, l’interdit, le feu rouge, le carton rouge, le drapeau rouge de la plage ou les comptes en rouge signifient dans l’inconscient l’alerte, le danger et la nécessité impérieuse d’arrêt.

Le rouge est la couleur de la robe de la prostituée, de la lanterne des anciennes maisons closes ; c’est une couleur de séduction associée au « rouge à lèvres ». Il est aussi la couleur du peuple, des luttes sociales et des libérations, de la révolution, du communisme. Pensons au drapeau rouge, au carré rouge des mouvements étudiants québécois, ou encore au poème d’Aragon, l’Affiche rouge, sur lequel nous reviendrons.

Le rouge n’évoque pas seulement une couleur mais suffit à signifier autre chose : quand on dit d’une personne c’est un rouge ou lorsqu’on demande : « veux-tu un peu de rouge ?», on comprend très bien de quoi il est question, du révolutionnaire au sang de la terre.

Evidemment, cette ambivalence, ou plutôt cette polarité est inscrite dans la sens de la communion : le sang du Christ devient source de vie, le passage indicible entre la mort et le renouveau.

Toutes les couleurs portent un sens premier et des résonnances contraires, mais je crois que le rouge est un exemple extrême, la couleur même de l’ambivalence.


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Sainte Pauline

Sainte Pauline, 13,5x26cm

Sainte Pauline, 13,5x26cm

Pauline est une de ces martyres des premiers siècles à Rome (+entre 290 et 302 avec Artème et Bianca) dont on ne sait pas grand chose.

Elle est fêtée  le 6 juin par les catholiques et les orthodoxes.

On raconte qu’un certain Pierre, chrétien et exorciste, était emprisonné à Rome. Il remarqua que son geôlier, Artème « descendait dans le cachot les larmes aux yeux ; la tristesse peinte sur son front ». L’interrogeant, il apprit que sa fille Pauline, qu’il aimait profondément, était « possédée » depuis de longues années, ce qui lui occasionnait de pénibles crises.

Sur l’intervention de Pierre, elle fut guérie. Artème, son épouse Candide (Blanche ou Bianca) et leur fille Pauline, admiratifs, se convertirent alors, baptisés par saint Marcellin.

Ils moururent martyrisés, peu de temps après (ensevelis ensuite par Lucille et Firmine).

Il semble que le prénom Pauline caractérise une certaine humilité. J’ai trouvé peu de modèles, mis à part quelques vitraux (église Saint-Solen en Bretagne), mais je me suis dit que cette jeune fille de geôlier était issue d’une famille modeste et aimante et l’ai représentée toute simple dans ses vêtements blancs.