Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La pourpre dans l’Antiquité (émissions des 20 et 27 octobre)

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF Isère – 103.7 – à 8 h 35 et juste après 11 h) une couleur très différente : le rouge.
L'empereur Justinien, mosaïque de Ravenne, VIème siècle

L’empereur Justinien, mosaïque de Ravenne, VIe siècle

Nous avons parlé la semaine dernière de la technique de fabrication de la couleur pourpre. On comprend que l’obtention d’une couleur qui demande tant d’attention soit très coûteuse. Il fallait à peu près 10 000 coquillages pour obtenir un gramme de di-broma-indigotine, le principe colorant de la pourpre.

Sont coût extravagant réservait son usage à des étoffes destinées aux personnages les plus importants de la hiérarchie : nobles, rois ou empereurs, prêtres ou magistrats. Elle est la couleur qui symbolise le prestige dans tout le bassin méditerranéen.

De toutes les civilisations méditerranéennes, Sparte semble un des seuls peuples qui ait résisté à l’attrait du rouge pourpre. Dans cette culture, le mot teindre signifie aussi duper. Chez ce peuple guerrier, l’utilisation de la couleur rouge – sous forme de teinture végétale – est réservée aux vêtements de guerre, afin de se confondre aves les taches de sang. Le rouge est la couleur du sang, de la mort et de la guerre alors que partout ailleurs, elle est celle du prestige et de la gloire.

La teinture pourpre était aussi pratiquée en Chaldée, en Assyrie, en Mésopotamie sur les étoffes et même les cuirs.

Dans l’Iliade et l’Odyssée, la pourpre teint les lanières de la couche nuptiale d’Ulysse et la ceinture d’Ajax. La queue du cheval d’un noble guerrier troyen est plongée dans la pourpre pour lui donner davantage d’éclat.

On raconte que la reine des Phéaciens, peuple de marins, file de la pourpre et les nymphes des rivières tissent des étoffes pourpre de mer.

Quant à la Bible, elle cite souvent la couleur pourpre en précisant ses diverses nuances. Il est intéressant de constater que le mot couleur n’existe pas véritablement dans la Bible, mais est plutôt remplacé par un mot qui signifie teint ou trempé ou encore rendu par un terme araméen qui signifie mot à mot couleur brillante.

Ainsi, dans l’Antiquité, la couleur rouge est-elle l’apanage des chefs, symbolique qui atteint sa plénitude avec la pourpre impériale, le manteau écarlate des rois, des chefs et hauts dignitaires dans l’armée, l’Église, la justice.

À Rome, le rouge est la couleur du pouvoir : la largeur de la bande pourpre portée sur la toge et la couleur plus ou moins vive du rouge précise le statut social de celui qui porte le vêtement. Seuls les imperatores portaient des vêtements entièrement teints de pourpre et rehaussé d’un galon d’or. Vitruve évoque la fabrication de la pourpre à partir des limaçons. On raconte que Caligula aurait fait assassiner le roi de Mauritanie, qui portait un manteau d’un rouge d’une tonalité plus éclatante que le sien. Quant à Néron, il condamne à mort toute personne osant arborer la couleur impériale.

Dans la tradition byzantine, la pourpre était la couleur royale, celle de la puissance, de Dieu dans le Ciel et de l’empereur sur la terre. Seul l’empereur avait le droit de signer ses ordres à l’encre pourpre et de s’asseoir sur un trône de la même couleur. Lui seul portait des vêtements et des bottes pourpres. Les couvertures des évangéliaires dans les églises étaient tendues d’étoffe pourpre. La chambre de l’empereur était de la même couleur et les murs étaient même revêtus de porphyre, une pierre pourpre. Le fils d’un empereur né alors que son père régnait, c’est-à-dire dans cette chambre, portait le nom prestigieux de porphyrogénète. Les mosaïques de Ravenne témoignent de cet engouement.

De nos jours, le rouge perpétue ces anciens codes en restant la couleur du prestige et du mérite, de l’honneur rendu aux personnages remarquables : rosette rouge de la Légion d’Honneur, ruban rouge, tapis rouge déployé pour honorer les personnages officiels et illustres. Même l’étiquetage en rouge gratifie des produits alimentaires de qualité supérieure (cordon rouge, label rouge, ruban rouge). Quant on pense aux empereurs romains et byzantins, il y a dans le choix du symbolisme commercial du rouge une sorte de superlatif.

Article du 20 octobre 2014

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L’arbre aux pigments bleus

J’ai travaillé autour des pigments bleus, par plaisir, pour mes icônes et pour partager avec mes élèves. Chaque nuance m’a emmenée en voyage. J’ai alors animé pendant trois années une chronique hebdomadaire sur RCF Isère (103.7) au cours de laquelle j’effeuillais les subtilités de la couleur bleue, l’histoire mouvante de cette couleur céleste ainsi que sa symbolique. J’interrogeais la qualité des pigments tout en glissant vers mes rêves de lumières bleues, de tableaux et de vagues.

C’était comme l’invention d’une palette aux nuances infinies, déclinaison inachevée.

L’envie m’est venue d’exposer cette ambiance bleue, pour clôturer cette recherche. Mais comment présenter des pigments bleus ? J’ai partagé mon projet avec Anne Brugirard (Atelier Montfollet) qui a trouvé la solution technique pour garder la couleur du pigment, sans rien en modifier, juste enfermé dans du verre serti de plomb, avec l’idée de le suspendre, comme flotterait l’ambiance d’un rêve. Puis, j’ai vu l’arbre d’Isabelle Jacquet dans sa sobriété, qui semblait attendre… qu’un oiseau ou un pigment, vienne se poser sur les branches nues.

L’ambiance bleue s’est alors déployée : à l’église de Montaud (38), dans le cadre élargi des journées du patrimoine 2014, puis à l’église Notre-Dame des Neiges à Susville (38), lieu dont nous soutenons l’activité (avec Anne et Isabelle) dans le cadre de l’association Puits’Arts.

Dans les deux cas, la magie s’est opérée. Le bleu a charmé le visiteur, l’arbre aux pigments installé au milieu des vitraux a pris sa place et emporté chacun, transformant les lieux en une palette de nuances bleues.

Sur les photos ci-dessous vous retrouvez bien sûr « l’arbre aux pigments bleus » (Elisabeth, Anne et Isabelle), les vitraux de l’Atelier Montfollet. On devine les icônes (une trentaine étaient exposées) et les boutons en porcelaine de l’atelier Camélir.

Photos Anne Brugirard, Elyane Saussus, Elisabeth Lamour


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La couleur pourpre (émission du 13 octobre)

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF isère -103.7- à 8h35 et juste après 11h) une couleur très différente : le rouge
pourpreLa pourpre est une couleur rouge qui tend vers le violet. Le mot vient du grec πορφύρα / porphúra. Le latin purpura donne l’adjectif purpurin, « de couleur pourpre ». Mais attention aux erreurs de traduction : l’anglais purple signifie violet et non pourpre.
Il s’agit d’une teinture d’origine animale, un colorant obtenu à partir du suc d’un coquillage marin à coquille ovale ou oblongue appelé le murex.
La pourpre constitue un des éléments culturels majeurs de l’Antiquité méditerranéenne. La légende raconte que la découverte de cette couleur serait due au chien de Melkart, le dieu des teinturiers de Phénicie. C’est d’ailleurs là-bas, à Ougarit, qu’on découvre les traces les plus anciennes de l’utilisation de murex pour ses propriétés colorantes, vers 1500 av JC. On a retrouvé, à proximité des teintureries de Tyr et de Sidon, de véritables collines de coquillages écrasés, destinés à la teinture des tissus, notamment de la soie.

Présent en quantité sur tout le pourtour méditerranéen, le murex était également récolté sur les côtes du Péloponnèse et de l’Afrique du nord.

L’opération d’obtention de la couleur demandait un travail extraordinaire, beaucoup de main d’œuvre, d’obstination et de temps. Il fallait ramasser les coquillages dans la mer, puis casser la coquille et le laisser macérer dans un bassin, pour enfin extraire le suc d’une minuscule glande. D’abord blanchâtre, le suc vire sous l’action de la lumière au jaune, au vert, puis au violet sombre et enfin à un rouge de plus en plus profond. Le coloris obtenu varie en fonction de la durée d’exposition à la lumière, mais aussi de la variété précise du mollusque d’origine, ou encore du lieu de récolte.

On teint ensuite la matière brute, la laine, la soie ou le lin avant de la tisser ou de la travailler. La teinte définitive est lumineuse et inaltérable. On raconte qu’Alexandre le Grand aurait trouvé des étoffes ainsi colorées lors de ses conquêtes : elles avaient plus de 200 ans et n’avaient rien perdu de leur éclat.

La raréfaction du murex a provoqué la disparition des techniques de fabrication de la teinture pourpre mais la symbolique de cette couleur d’exception a perduré : ce sera le thème de l’émission de la semaine prochaine.

Attention : le pigment pourpre de Tyr authentique, extrait du murex trunculus est commercialisé. Mais son emploi est délicat : il ne supporte pas le mélange avec le jaune d’œuf qui le fait virer au gris.

Article du 13 octobre 2014


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L’hématite (émission du 6 octobre)

Pigment d'hématite

Pigment d’hématite broyée de Puisaye

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF isère -103.7- à 8h35 et juste après 11h) une couleur très différente : le rouge. L’hématite est une des variétés d’oxyde de fer les plus répandues. Noire avec des reflets métalliques à l’état de pierre, elle mérite son nom qui signifie « rouge sang » quand elle est pulvérisée. Elle donne alors un pigment bon marché, réputé pour son pouvoir antirouille. Suivant sa granulométrie, la pierre fournit toute une gamme de rouges, du pourpre violacé, au violet, au rouge et à l’orangé. La couleur change avec la dimension des cristaux et tend vers le violet quand les cristaux sont plus grands. L’hématite fût utilisée comme pigment rouge dès le paléolithique supérieur. Pulvérisée puis mélangée à l’eau ou parfois à des liants huileux, végétaux ou animaux, elle s’apposait sur la roche des murs, ce qui permettait à nos ancêtres de dessiner et de peindre les grottes et les cavités qu’ils habitaient. Les décors de la grotte d’Altamira, en Espagne cantabrique, datent de 13 000 à 15 000 ans avant JC et se caractérisent par une couleur rouge, provenant d’une hématite à gros cristaux. On pense en particulier à de magnifiques têtes de bison des steppes. L’hématite, riche en fer, a la particularité de teinter l’eau en rouge. Aussi les Égyptiens pensaient qu’elle favorisait la production de sang, avait le pouvoir de guérir certaines de ses maladies et possédait des propriétés hémostatiques. Elle connaît alors une grande vogue pour le décor mural, mais aussi pour la fabrication de cosmétiques, des fards et des bâtons à lèvres, l’ancêtre du rouge à lèvres. Plus tard, au Moyen-Age, présentée en bâtonnets, elle servira essentiellement à tracer les dessins préparatoires aux fresques. Leonard de Vinci et les artistes de la Renaissance l’utiliseront également pour des études de nus et des portraits. Aujourd’hui, l’hématite reste un pigment bon marché, à fort pouvoir antirouille et donnant de belles tonalités profondes.

Article du 6 octobre 2014