Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Saint Bruno le Chartreux

Saint Bruno, icône sur tilleul 12x21 cm, 2014

Saint Bruno, icône sur tilleul 12 x 21 cm, 2014

Bruno le Chartreux‬ (1030-1101) est aussi appelé aussi Bruno de Cologne.

Il est fêté le 6 octobre (calendrier catholique).

Né à Cologne d’une famille de haut rang, Bruno devient prévôt du diocèse de Reims. Là, un conflit l’oppose à l’archevêque peu scrupuleux de la ville. Il part alors avec quelques compagnons à la recherche d’un lieu adapté à la vie érémitique et liturgique dont il rêve. Ils s’arrêtent, séduits par le massif de la Grande Chartreuse. En 1084, il s’y retire avec six compagnons (Landuin, théologien toscan, Étienne de Bourg et Étienne de Die, chanoines en Dauphiné, le prêtre Hugues, André et Guérin, laïcs ou convers). Il fonde là un monastère de moines-ermites, à l’origine de l’ordre des chartreux, avec sa règle originale. Six ans plus tard, le pape Urbain II le convoque comme conseiller à Rome et Bruno y reste quelque temps, mais cette vie ne lui convient guère.

Il obtient l’autorisation de se retirer en 1092 en Calabre (Chartreuse de la Torre), où il fonde une communauté dans l’esprit de la Grande Chartreuse. C’est là que cet homme réputé pour sa sagesse, sa douceur et sa modestie, termine ses jours. Il avait écrit, à son ami prévôt de la cathédrale de Reims : «  J’habite un désert dans les montagnes ; l’air y est doux, les prés verdoyants, nous avons des fleurs et des fruits, et nous sommes loin des hommes. Mais comment dépeindre cette fête perpétuelle où déjà l’on savoure les fruits du ciel ? ».

En 1935, le clocher de l’église Sainte-Marie-d’en-Haut à Grenoble menace de s’effondrer ; il est démonté. Il portait sur ses flancs les sculptures des saints protecteurs de Grenoble : Bruno, Hugues, Ferjus et François de Sales. Mais, ces quatre sculptures disparurent ; seule celle de François de Sales a été retrouvée en 2007 rue Thiers, dans le jardin de la clinique des Bains qui fermait ses portes. Les sources concernant la vie de Bruno sont rares et lacunaires. Cette carence a donné lieu à toute une littérature hagiographique. Sa légende est représentée en 22 tableaux par Le Sueur qui se trouvent désormais au Louvre.

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La Vierge Siedmiezernaïa

Vierge Siedmiezernaïa 18x24 cm, sur planche de tilleul creusée, 2014

Vierge Siedmiezernaïa, 18,x,24 cm, sur planche de tilleul creusée, 2014

Fête 13 octobre, 26 juin, 28 juillet.

Modèle peint par Maître Denys, Musée russe de Saint Petersburg, 1502.

Cette icône appartient au groupe de la Vierge Hodighitria (description p 37 du livre Le Regard de Marie dans l’icône).

Voici l’histoire (la légende ?) concernant cette icône. Un moine, dénommé Euthyme, s’était installé au XVIIsiècle non loin de Kazan. Il y construisit le monastère appelé Siedmiezernaïa (c’est à dire des sept lacs). Douze années plus tard, avec la bénédiction de son supérieur, il partit pour Kazan et vécut dans l’obéissance. Ses frères, restés au monastère, étaient tristes de son absence et ne cessaient de lui demander bénédiction et conseil. Le moine, très pieux, eut alors l’idée de confier à ses frères son icône miraculeuse de la Vierge de Smolensk, qu’il avait autrefois rapportée de chez ses parents et à laquelle il était très attaché. Cette icône fut portée en bénédiction solennelle au cours d’une procession dans le monastère. Le modèle de la Vierge de Smolensk est en effet assez proche de celui de cette Vierge Siedmierzernaïa, à l’exception de la posture de la main droite et de la position moins frontale de l’Enfant dans ce modèle-ci).

La date de la fête de cette icône est liée au fait qu’elle aurait aidé à délivrer la ville de Kazan de la peste en 1654 et 1771.

Je n’ai pas trouvé de réponse à la question que je me pose depuis longtemps à propos de cette icône, datée du XVIIe siècle, alors qu’il existe des modèles plus anciens (comme celui de Maître Denys).


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Sur le chemin d’Emmaüs

Sur le chemin d'Emmaüs (18x24cm, 2014)

Sur le chemin d’Emmaüs, 18 x 24 cm, 2014

L’épisode prend sa source dans l’Évangile de Luc (Lc 24, 13-28) mais est aussi évoquée furtivement dans l’Évangile de Marc (16, 12-13). Ces pèlerins sont en réalité deux disciples de Jésus. Un seul est nommé : Cléopas.

Les deux disciples ont quitté le groupe des apôtres et avec eux, la ville dans laquelle l’exécution de Jésus avait sonné le glas de leurs espoirs. Ils sont déçus, peut-être inquiets (ce que les femmes leur ont raconté leur a semblé « un délire » 24 , 11). Ils se rendent dans un « village du nom d’Emmaüs à deux heures de marche de Jérusalem » (Lc 24, 13).

« Jésus lui même les rejoignit et fit route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (Lc 24, 16).

L’épisode est représenté très tôt dans l’art occidental. La scène comprend les trois personnages, souvent habillés en pèlerins (ils portent des sandales, et parfois aussi un bâton de pèlerin ou un chapeau) : mosaïques du VIe siècle de la Basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne, Miniature du Psautier de Saint Alban au XIIe siècle, Duccio di Buoninsegna (fin XIIIe siècle), Altobello Melone, Jan van Amstel, Pieter Coecke van Aelst et Bruegel l’Ancien au XVIe siècle…

Le Christ est représenté le plus souvent revêtu de son habit de lumière et porte le livre des Écritures (qu’il leur « explique »).

Cette icône nous invite à cheminer ensemble, à continuer la route toujours, à mêler nos pas à ceux de ces deux hommes. Et puis à porter, à deviner ou à susciter entre chacun d’entre nous cette lumière qui donne à chacun de nos pas sur terre, toute son intensité et en même temps, toute sa légèreté.


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Les émissions de novembre : le cinabre

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF Isère – 103.7 – à 8 h 35 et juste après 11 h) une couleur très différente : le rouge. Nous découvrirons successivement le  cinabre en Chine (3 novembre), le cinabre dans l’Antiquité (10 novembre), le cinabre et le vermillon au Moyen Âge (17 novembre) et enfin le cinabre en peinture (24 novembre).

cinabre 1Nous avons, dans les premières émissions, évoqué l’ocre rouge, premier pigment rouge utilisé par l’humanité, mais un autre pigment, le cinabre, était déjà exploité en Chine autour de 3600 ans av. J.-C. et utilisé pour la poterie ou la fabrication d’encre.

On appelle cette couleur rose ou rouge chinois. C’est un sulfure de mercure dont la tonalité évoque la couleur du sang. Minerai de mercure  (…), on peut aussi le fabriquer à partir de soufre et de mercure (parfois du salpêtre) en jouant sur la granulométrie pour obtenir la couleur recherchée.

La dynastie Shang (1570 à 1045 av. J.-C) en faisait usage lors des divinations en mettant en évidence les craquelures sur les carapaces de tortues.

Je suis toujours étonnée de la force de l’analogie dans l’histoire et l’imaginaire des humains. Parce que le cinabre est d’une couleur qui se rapproche étrangement de celle du sang, on a, depuis la nuit des temps, paré ce pigment de vertus très spéciales. Utilisées comme remède depuis très longtemps en Asie, les substances rouges étaient considérées comme riches en concentré vital, allant jusqu’à redonner vie. On a imaginé que sa consommation permettait de remplacer des pertes de sang et de favoriser jeunesse, longue vie, voire immortalité. Certains utilisaient le cinabre comme drogue afin d’accéder à un état bienheureux. Mais on s’en doute, avec sa forte teneur en mercure, les effets ont souvent été catastrophiques !

En médecine traditionnelle chinoise, à cause de la force symbolique et de l’énergie vitale symbolisée par cette couleur, le cinabre, le dantian, un point situé dans le bas-ventre et où se concentre l’énergie vitale, est aussi appelé champ du cinabre.

cinabre 2Très utilisée par les artistes chinois, on trouve aussi cette couleur sur des sculptures de Persépolis, dans les fresques hindoues, les portraits du Fayoum, durant toute l’Antiquité et le Moyen Âge.

Aujourd’hui, le cinabre de Chine n’est plus exporté en Occident, car trop toxique, mais il reste un pigment mythique, difficile à imiter…

Connu dès la préhistoire et exploité au néolithique sur les bords du Danube, on trouve du cinabre intentionnellement déposé sur des fragments d’os brûlés par crémation, dans l’Égypte ancienne.

Les fonds des fresques de la villa des Mystères à Pompéi sont couverts de cette couleur. Le pigment est coûteux, et exhiber ces fonds rouges est une façon d’affirmer sa fortune. Pline l’Ancien raconte que le minerai de cinabre coûte aussi cher que le bleu d’Alexandrie – 50 sesterces la livre – soit quinze fois le prix de l’ocre rouge d’Afrique, le plus utilisé alors pour réaliser les fonds de fresque. Aussi la couleur faisait-elle l’objet de toutes sortes de trafics et de tromperies. On connaît ces histoires de peintres qui lavaient discrètement leurs pinceaux pour récupérer un peu de pigment à l’insu des commanditaires !

Extrait à cette époque à Almaden en Espagne, le cinabre est transporté à Rome, sous bonne garde, avant de faire l’objet de ventes publiques. Ensuite il est broyé et purifié dans par une compagnie puissante dont les ateliers forment un véritable quartier industriel à Rome.

L’utilisation de cinabre comporte un risque : mal utilisé, il peut virer au noir ! Vitruve, architecte romain qui a laissé de précieux témoignages, attribue le phénomène à l’action de la lune et recommande, pour éviter cette transformation, d’enduire la fresque de cire. D’autres facteurs favorisent l’évolution de la couleur, comme une forte humidité associée à une atmosphère polluée. Le mode de dégradation est assez particulier pour permettre l’identification du cinabre : la fresque est altérée seulement en surface et il suffit de la gratter pour apercevoir à nouveau la couleur rouge. Écoutons la description qu’en fait Vitruve lui-même : « Lorsqu’il est employé dans les appartements dont les enduits sont à couvert, le cinabre conserve sa couleur sans altération ; mais dans les lieux exposés à l’air (…) où peuvent pénétrer les rayons du soleil et l’éclat de la lune, il s’altère, il perd la vivacité de sa couleur, il se noircit aussitôt qu’il en est frappé ».

À Byzance, utiliser le cinabre était une prérogative impériale. L’administration byzantine se réservait l’emploi d’une encre à base de cinabre pour rédiger lettres et actes impériaux et tout usage sans autorisation entraînait la peine de mort.

Pendant le Moyen Âge occidental, même si le rouge perd un peu de son prestige, éclipsé par le bleu, le cinabre reste une couleur très en vogue. Souvent confondu, intentionnellement ou non, avec le minium, il est aussi falsifié avec de la brique, du sang de chèvre ou le jus des baies écrasées et brillantes du sorbier.

Le cinabre naturel, simplement broyé au mortier, est souvent plein d’impuretés. Aussi commence-t-on à en faire la synthèse dès le VIIIsiècle. On parle alors de vermillon. Dans un premier temps, on chauffait le minerai et on extrayait le mercure du minerai, puis on le faisait réagir sur du soufre. Un sulfure de mercure noir se formait, alors chauffé dans un récipient couvert d’une cloche. Il se sublimait et se déposait sur les parois où il formait une couche cristalline brun-rouge-violacé. Le moine Théophile, au XIIe siècle, explique que le mélange à parts égales de soufre et de mercure était disposé dans un contenant en verre fermé avec de l’argile chauffé jusqu’à la formation du pigment. Les traces de soufre restant étaient éliminées selon différents procédés : par exemple, on le faisait bouillir dans de l’urine. Cette technique perdure jusqu’au XVIe siècle.

Réservé aux ateliers de miniature, on conseillait aux moines d’adjoindre au cinabre un peu de cérumen, en raison de ses propriétés fongicides, afin d’éviter que le pigment ne mousse !

Certaines enluminures étaient réalisées à l’aide d’une encre à base de cinabre. Les artistes de l’époque prenaient soin d’isoler cette substance trop réactive des autres pigments et des rayons solaires en la protégeant avec divers vernis.

Le cinabre était bien sûr paré de toutes sortes de vertus mystérieuses et magiques. En 1527, Paracelve le prescrit comme médicament dans des onguents pour lutter contre la syphilis. Il a été prescrit en médecine jusqu’au début du XIXe siècle. Aujourd’hui, on ne l’utilise qu’infiniment dilué, en homéopathie par exemple (Cinnabaris). Ainsi sont éliminés les risques de toxicité inhérents à la présence de mercure.

Cennino Cennini, peintre du XIVesiècle, confirme dans son Livre de l’art, nos premières descriptions du pigment de cinabre : « Il existe un rouge appelé cinabre ; il est fait par alchimie, et préparé au moyen d’un alambic. Je n’en dis pas plus car il serait long de mettre dans mes propos toutes les méthodes et les recettes. Pour quelle raison ? Parce que si tu veux t’en donner la peine, tu en trouveras beaucoup de recettes, en particulier en te liant avec les moines (…) Achète-le toujours non cassé, non écrasé ni broyé. Pour quelle raison ? Parce que la plupart du temps on le falsifie avec du minium ou de la brique écrasée. Regarde le morceau entier de cinabre ; là où, sur la plus grande hauteur, la veine est la plus étendue et le plus délicate, là est le meilleur. Mets alors celui-ci, sur la pierre indiquée, en le broyant avec de l’eau claire le plus possible ; car si tu le broyais chaque jour, même pendant vingt ans, il serait toujours meilleur et plus parfait. Cette couleur exige plusieurs sortes de détrempe, selon les endroits où tu dois l’utiliser (…) Mais souviens-toi qu’il n’est pas dans sa nature d’être exposée à l’air (…) car au contact de l’air, elle devient noire au bout d’un certain temps quand elle est employée et étendue sur un mur ».

Pendant toute la Renaissance, cette couleur « de sang qui donne la vie » est utilisée pour les rehauts des pommettes et des lèvres, sur les visages, surtout sur ceux des femmes…

VT520Nous l’utilisons encore dans les icônes, sous forme d’un glacis qui rehausse les couleurs de terre couvrant les visages dans les premières couches. C’est un peu comme si une vie s’installait quand on insiste sur les lèvres et les pommettes, mais aussi sur toutes les chairs des personnages avec cette couleur, comme une membrane vivante. Le cinabre est difficile à trouver en raison de sa toxicité ; aussi, on l’utilise de façon très précautionneuse ou bien on tente de réaliser des mélanges qui s’en approchent : une pointe d’ocre rouge, une autre d’ocre jaune, un peu de vermillon et d’orangé (…)