Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Les émissions du 12 et 19 janvier : le bois brésil

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10898171_10204296613553021_4011485023291191957_nAprès trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF Isère – 103.7 – à 8 h 35 et juste après 11 h) une couleur très différente : le rouge. Chaque semaine, nous effeuillerons une nuance, un caractéristique, une émotion liée à la couleur rouge et pendant les deux semaines qui viennent, nous parlerons du bois brésil. Bien sûr le contexte est étrange. Quand je me suis présentée à la radio pour enregistrer ces émissions, Jacques Glénat, éditeur (et ami) de plusieurs des journalistes de Charlie Hebdo, arrivait juste à la radio… J’étais tellement troublée en cette journée du 9 janvier 2015… que je suis partie en emportant  le chronomètre de RCF ! Mais voilà, justement, ne lâchons rien de tout ce qu’on aime : la couleur, l’art, la fantaisie et toutes ces histoires d’obstination et de passion.
Dans l’occident médiéval (…), le rouge est la couleur par excellence. Aussi, toutes les pistes pour trouver de nouvelles teintures, ou de nouvelles nuances, sont explorées. Mais au Moyen Âge, les artistes et les teinturiers rechignent à inventer des mélanges. Ainsi, ils n’ont guère cherché à fabriquer du rose en mélangeant du rouge et du blanc, ni de l’orangé à partir de rouge et de jaune. Ils ont préféré partir à la découverte de substances naturelles capables de décliner des nuances infinies encore enrichies par les procédés de fabrication ingénieux.

Ainsi, une gamme de couleurs s’est imposée : les teintes tirées d’un bois rouge du nom de Grana de Brasile ou Brasilium, en référence à la couleur de la braise. Bien concentré, il fournit toute une gamme allant du rouge ou rose foncé. Après la préparation, cette couleur se recroqueville à la frange des rouges en tendant plutôt vers le rose, couleur tendre bien présente dans nombre de manuscrits médiévaux.

Pour faire face à la demande, on commence à l’importer dès le XIIe siècle en provenance de Java, Ceylan, Sumatra et des Indes.

Les caravanes et les navires transportent les copeaux à Bagdad. Ils filent alors avec leur chargement vers la côte méditerranéenne, relayés par les marchands vénitiens. Avec les transports sur terre et sur mer, et toutes les aventures qui s’y rattachent, on devine que la teinture est chère et destinée, une fois encore, aux draps de luxe.

Lorsque les Portugais atteignent les rivages du Brésil, ils appellent d’abord ce pays Vera Cruz, la terre de la vraie croix. Mais très vite, découvrant la richesse du pays en bois rouge tinctorial, ils renomment Brasil, le pays du bois rouge. Et ce nom témoigne de l’engouement d’alors pour les essences tinctoriales et la couleur. Malheureusement, l’exploitation intensive ne tarde pas et les Indiens sont sommés d’abattre ces arbres, puis de dépouiller les troncs de l’écorce. Le bois est débité, râpé, réduit, puis transporté vers Lisbonne. Toujours la même histoire !

Le bois brésil continue à être utilisé pour teindre les tissus dans les manufactures de tissus du XVIIIe siècle, en utilisant un procédé assez compliqué d’imprégnation et de mélanges pour obtenir des imprimés de qualité. Aujourd’hui encore, on trouve des laines teintes de cette belle nuance.

L’appellation bois brésil regroupe différentes espèces de bois rouge du genre caesalpinia, contenant toutes le même principe tinctorial, la Braziline. Celle-ci se transforme par oxydation en un produit tinctorial d’un rouge profond, soluble dans l’eau.

Pernanbouc au Brésil, photo Paul Lamour

Pernambouc au Brésil, photo Paul Lamour, Sao Domigol do Prata – Minas gérais

Le bois brésil est un arbre à fleurs jaunes et à bois rouge foncé d’une trentaine de mètres de hauteur, qui pousse surtout sur les côtes du Brésil. Dans la même catégorie on trouve plusieurs espèces voisines : le bois de Pernambouc, une liane tropicale, et le bois de sappan, petit arbre épineux qui grandit en Inde, en Malaisie et aux Philippines.

Les modes d’extraction sont nombreux et variés. Au tout début, la fabrication était longue et mal maîtrisée. Il fallait d’abord réduire les copeaux de bois en poudre, un long et fastidieux travail ! La plus ancienne mention écrite du procédé remonte au XIIe siècle. Elle est reprise au XIVe siècle par Pierre de Saint Omer qui explique comment obtenir une laque. La recette ressemble à celles que nous avons maintes fois évoquées dans les techniques de fabrication médiévales.

Photo prise au marché de l’Albenc en sept 2014 sur le stand de P. et D. Liévaux.

Photo prise au marché de l’Albenc en sept 2014 sur le stand de P. et D. Liévaux.

L’oxydation de la braziline est favorisée par les alcalis et l’ammoniaque. Aussi, les anciens ajoutaient de l’urine ou de la soude dans leur préparation. La couleur finale dépend de la nature des bains. L’addition d’alcalis forts permet d’obtenir des tons rouges cramoisis, alors qu’avec des acides on obtient des roses vifs. On n’hésite dons pas à varier les bains et à rivaliser d’ingéniosité : décoction de sarment de vigne ou de chêne, vin rouge… et on parle même de l’urine d’ivrogne, plus riche en tanins !

Pour donner de la consistance à la couleur, on ajoute un mélange d’alun et de calcaire, avec par exemple de la coquille d’œuf préalablement macérée dans du vinaigre, de la poudre de marbre, du plâtre fin, de l’os de seiche…

À partir du XVIe siècle, les nuances sont de mieux en mieux maîtrisées. Ainsi trouve-t-on dans le manuscrit de Padoue des remarques chimiques pertinentes : «  le Bois-Brésil donne quatre couleurs : il est rose au naturel, devient pourpre avec la chaux, violet avec l’urine et couleur de mûre avec le tartre ».

Aujourd’hui, la déforestation a rendu l’usage de ce pigment très marginal. L’arbre de Pernambouc est protégé : il reste un des meilleurs pour la fabrication des archets de violons.

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Auteur : elisabethlamour

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