Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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L’émission du 30 mars : le caput mortuum

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF Isère – 103.7 – à 8 h 35 et juste après 11 h) une couleur très différente : le rouge. Chaque semaine, nous effeuillerons une nuance, un caractéristique, une émotion liée à la couleur rouge.
pigment caput mortuum, dont je n'ai pas réussi, sur la photo, à rendre les reflets violacés...

Pigment caput mortuum, dont je n’ai pas réussi, sur la photo, à rendre les reflets violacés…

Le 30 mars, nous évoquerons ce pigment qui porte un nom à l’étrange sonorité : caput mortuum ! Le brun momie ou caput mortuum, parfois aussi appelé « brun égyptien » ou « brun ou jaune de momie » (1), est un pigment brun-rouge à tendance violacée, obtenu du XVIe siècle au XIXe siècle par broyage des corps carbonifères de momies. Alors que des momies réduites en poudre servaient déjà en médecine, on commença à transformer cette poudre en pigment au XVIe siècle pour obtenir un brun profond et rougeâtre, dont les nuances provenaient à la fois de la momie en décomposition et des résines et bitumes utilisés sur celle-ci.

Suite à la publicité faite au XIXe siècle sur la composition du mélange, les fabricants de couleur cessèrent d’utiliser des momies au début du XXe siècle.

Dans les classifications, le caput mortuum est situé dans les ocres ou les rouges artificiels, ou bien dans les oxydes de fer rouges. Entre ombre naturelle et ombre brûlée un peu rosée, il est parfois confondu avec la couleur dite sang de bœuf.

Le nom capuut mortuum, « tête de mort », nous rappelle les anciens termes alchimiques. C’est un résidu qui compose ce produit très prisé par les enlumineurs du Moyen Âge. J’ai retrouvé quelques recettes ancestrales et ai compris, cette fois encore, qu’il vaut mieux éviter de le préparer dans la cuisine familiale ! Il y est question de vitriol, d’acide sulfurique, bref, pas tout à fait des ingrédients ou des recettes à proposer aux enfants ! Toutefois, les photos qui retracent les étapes de l’opération passent d’une couleur de terre éteinte à un splendide rouge, obtenu après cinq heures de cuisson !

Actuellement, la teinte est produite à partir d’oxyde de fer semi-transparent qui, à l’état naturel, peut venir d’Angola, de carbonate de calcium et de kaolin. Le nom de caput mortuum semble revenir en usage et remplacer celui de brun momie sur les nuanciers des fabricants.

Nous l’utilisons dans les icônes, le plus souvent mélangé à du bleu ou à du rouge pour obtenir une base assez sombre, un peu terne. C’est une couleur de terre qu’il convient de réveiller avec une tonalité plus vive. En mélange avec le rouge, l’effet, pour les éclaircissements et les veloutés de vêtements, est superbe !

(1) VARICHON Anne, Couleurs pigments et teintures dans les mains du monde, Seuil, 2000.


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Dimanche 29 mars : Salon de la Route des Savoir-Faire

affiche salon vizille 2015 - copieDepuis quelques années, le Salon des Savoir-Faire en sud grenoblois est un rendez-vous de printemps attendu. N’hésitez-pas à consulter la page face-book de la Route des Savoir-Faire. Présentation de la Route sur ce lien. Une partie des participants :
Atelier Toucher Terre : Poterie
– Grosselin Denis : Tourneur sur Bois
– Création Rose Zen : Création de costume contemporaine et d’époque
– L’Atelier des Louloutes : Illustratrice
– Atelier d’icônes : Peinture d’icône
– AMBIX : Distillerie
– Martine Petiot : Artiste peintre
– Ebénisterie Déléan
– La Va’Liza Couture : Création textile
– Sonia Organistka : Tapisserie d’ameublement
– Camelir : Création textile et petite maroquinerie
– Délices du Roy : Pâtissier, chocolatier
– Quand Les Tissus S’emmêlent : Création textile pour femme et enfant
– Canola : Savonnier
– ACBR : Château de Bon Repos à Jarrie
– Musée de la Chimie – Musée Autrefois
– Les Amis de l’Histoire du Pays Vizillois
– Pierre Guillermet : Culture d’herbes aromatiques
– Ferme de Montgardier : Élevage de porcs, fruits rouges…
– L’Herbier du Trièves : culture/ transformation plantes aromatiques, médicinales, petits fruits, safran
– Ewa Maruszewksa : Artiste
– La Houblonnière : bières artisanales La Gricole
– Le Galet de la Romanche : Peinture sur galet
Certains artisans proposent des ateliers découvertes pour les enfants mais aussi des démonstrations de leur travail.  dimanche, au Salon...


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Melchisedech, roi de Salem

Melchisedech, 14,5x19cm, 2015

Melchisedech, 14,5 x 19 cm, 2015

Melchisédech ou Melki-Tsedeq (Roi de Justice) est un énigmatique personnage biblique, une figure difficile à cerner. Il apparaît brièvement dans l’histoire d’Abraham telle que la rapporte le livre de la Genèse (14 ; 18-20).

Som nom est symbolique comme son titre de roi de Salem (Paix). Revenant d’une campagne victorieuse, Abraham rencontre ce mystérieux personnage : « C’est Melchisédech, roi de Salem, qui fournit du pain et du vin. Il était prêtre de Dieu le Très-Haut et il bénit Abram (…) »

Tantôt présenté comme le fils de Noé, tantôt comme une préfiguration du Christ, le mystère qui l’entoure explique les spéculations de toutes sortes qui ont jailli autour de ce personnage.

Le nom de Melchisédech est évoqué une deuxième fois dans le Psaume 110  : « Tu es prêtre pour toujours à la manière de Melchisédech. »

Il réapparaît ensuite assez longuement, mais de façon toujours aussi imprécise, dans l’épitre aux Hébreux (7).

Saint Cyprien voit dans son geste une préfiguration de l’eucharistie. Selon d’autres Pères de l’Église comme Ambroise, le Fils de Dieu en personne serait apparu sous les traits de ce personnage, que certains vont jusqu’à assimiler à l’Esprit saint.

Quoi qu’il en soit, son nom est présent dans la liturgie catholique et encore davantage dans la liturgie orthodoxe.

Le flou qui entoure le personnage de Melchisedech en fait une source d’inspiration pour les romanciers, comme c’est le cas avec le roman d’Olivier de Lagausie, éditions Anfortas, 2014.


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L’émission du 23 mars : la sanguine

sanguineAprès trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF Isère – 103.7 – à 8 h 35 et juste après 11 h) une couleur très différente : le rouge. Chaque semaine, nous effeuillerons une nuance, un caractéristique, une émotion liée à la couleur rouge. L’émission du 23 mars sera consacrée à la sanguine, une variété terreuse d’hématite rouge, riche en oxydes de fer. Elle se décline dans des nuances allant du brun au pourpre, de l’orangé, à l’ocre.

On trouve des craies, des crayons, des pastels de couleur sanguine. Par extension, une œuvre exécutée à la sanguine porte le nom de… sanguine. Les traces de son utilisation remontent à la Renaissance et son apogée se situe au XVIIIe siècle, puis la technique connaît un net déclin.

Notre désormais familier Cennino Cennini, peintre du XIVsiècle, décrit ainsi la sanguine dans son Livre de l’art (p. 99: « Cette couleur est naturelle et c’est une pierre très solide et dure. (…) La pierre pure est d’un violet intense et a une veine comme celle du cinabre. (…) plus tu la broies, plus la couleur s’améliore et devient parfaite. Cette couleur est bonne sur mur, à fresque ; et elle donne un ton cardinal ou violet ou de laque. »

Parmi les peintres adeptes de la sanguine, citons Poussin, Watteau, Fragonard, David ou Ingres.

La sanguine trouve son utilisation naturelle dans la production de croquis, de modèles vivants et de scènes rustiques. Je pense à un tableau représentant une charrette que mon père avait acheté à la fin sa vie. Il aimait particulièrement l’ambiance rendue par cette scène monochrome, très simple, à la fois précise et entourée d’une légère brume, une sorte de poussière rouge…

Léonard de Vinci utilise la sanguine dans son auto-portrait et ses études anatomiques. Elle est idéale pour le rendu des modelés et des volumes.

La sanguine, sous forme de craie, s’étale facilement et a une utilisation similaire à celle du fusain ou du pastel : elle nécessite d’être fixée à la fin de l’exécution de l’œuvre.

Comme pour le pastel, le ton du papier est primordial pour l’exécution d’une sanguine. Ainsi, une technique picturale  de la Renaissance, la technique des trois crayons, consiste à représenter un modèle vivant à l’aide d’une craie sanguine, d’une pierre noire et d’une craie blanche sur un papier teinté. On retrouve l’association des trois couleurs, dans des tonalités très harmoniques. Leur combinaison permet de rendre toutes les nuances carnées du modèle vivant avec chaleur et réalisme.

Mais au fait, quand on dit sanguine, on ne pense pas forcément à un crayon d’artiste, on pense aussi à ces oranges à si belle tonalité rouge, à la saveur acidulée…


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Sainte Claire d’Assise

sainte ClaireFêtée le 11 août dans l’église catholique.

Son nom est dérivé de l’adjectif latin clara, au sens évocateur.

Fondatrice de l’ordre des Clarisses, elle est aussi patronne des brodeurs, des doreurs, des blanchisseuses et des aveugles. On l’invoque pour les maux d’yeux (et pour avoir du beau temps !). Elle est aussi patronne de… la télévision : on raconte qu’un jour, trop malade pour quitter son lit, elle vit et entendit la messe de Noël qui se déroulait bien loin de là.

Claire est la fille aînée d’une famille aristocratique d’Assise, née en 1194. À 18 ans, irrésistiblement attirée par l’idéal de pauvreté de saint François, elle s’enfuit de la maison paternelle avec sa cousine Pacifica. Elle rejoint François, prend le voile et s’installe à Saint Damien où elle fonde le premier couvent de clarisses. Elle le dirige pendant quarante ans malgré une santé fragile tout le long de sa vie.

Elle mène une vie toute simple : on la décrit comme humble, charmante, très attentionnée aux autres religieuses, aimant la musique et admirant par dessus tout la beauté de la nature.

Sa relation avec saint François qui la nomme sa « petite plante spirituelle » est celle d’une délicate amitié.

La simplicité de son mode de vie est confirmée par un « privilège de pauvreté » délivré par le pape Grégoire IX.

À sa mort en 1253, 150 monastères se rattachent à elle. Elle est canonisée deux ans plus tard.

On la représente avec un ostensoir dans les mains (attitude dans laquelle elle défendit le monastère alors qu’elle était très malade), une palme (comme celle qui lui fut remise par l’évêque d’Assise le jour des Rameaux 1212, veille de sa fuite pour rejoindre François), une croix surmontée d’un rameau d’olivier (représente son amour pour le Christ), un lys (symbole de la virginité, surtout utilisé par les peintres siennois et ombriens), une lampe à huile ou une lanterne (pour guider les aveugles).

Elle est vêtue de l’habit de clarisse avec une cordelière à trois nœuds et peut avoir la crosse pastorale de l’abbesse.


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Saint Jean le Théologien

icône de Saint Jean le Théologien, 16x32cm, 2015 (manteau à base de vert malachite)

Icône de saint Jean le Théologien, 16 x 32 cm, 2015 (manteau à base de vert malachite)

Patron des théologiens, mais aussi des libraires, écrivains, papetiers, typographes. Il est fêté le 27 décembre et aussi le 6 mai (calendrier catholique), plutôt le 26 septembre chez les orthodoxes.

Son nom, d’origine hébraïque, signifie : « le Seigneur a eu pitié » ou « don du Seigneur ».

Les thèmes associés à l’icône sont l’amitié, la fidélité, la protection, l’écriture.

Saint Jean est considéré comme le disciple préféré du Christ, le « disciple que le Seigneur aimait ».

Né en Galilée, fils de Zébédée, Jean est pécheur. Il devient avec son frère Jacques un des premiers compagnons du Christ (probablement le plus jeune des 12 apôtres). Il est toujours là dans les grandes occasions : la pêche miraculeuse, la multiplication des pains et des poissons, la Transfiguration… Il est près de Jésus lors de la Cène, au Mont des Oliviers et seul apôtre au pied de la croix, lorsque jésus le charge de la protection de Marie.

Il s’installe à Ephèse avec Marie jusqu’à ce qu’il soit martyrisé (plongé dans l’huile bouillante). Il en sort indemne et est ensuite exilé à Patmos où il compose l’Apocalypse.

À la faveur d’une amnistie, il revient à Éphèse (là où il aurait rédigé le quatrième Évangile ainsi que trois lettres canoniques). La légende veut qu’il soit « enlevé au ciel » après avoir traversé de nouvelles épreuves (comme consommer un breuvage empoisonné rempli de serpents). Il meurt très âgé.

Représentations

À ma connaissance, il est un des rares personnages de l’iconographie représenté à différents âges de la vie :

– jeune homme imberbe (il tient souvent un livre), dans de nombreuses scènes de la vie de Jésus, lors de la Cène (avec le Christ : cliquez sur ce lien), au pied de la croix (tenant parfois un calice d’où sort un serpent ou un dragon) ou soutenant la Vierge.

– vieillard chauve à barbe blanche, soutenant encore Marie, dans une cuve d’eau bouillante (représentation tirée de La Légende dorée), rédigeant l’Évangile ou encore dans une grotte à Patmos, dictant le texte de l’Apocalypse à son disciple Procore, un aigle aux ailes déployées lui servant de pupitre.

Le cycle de sa vie est illustré par Giotto (fresques de la chapelle Peruzzi, église Santa Croce, Florence, 1310-1312) et divers ensembles de vitraux (Bourges, Chartres…)

Ses attributs sont l’aigle, la cuve d’huile bouillante, le Livre (Évangile), un serpent ou un dragon sortant d’une coupe (inspiré de La Légende Dorée).