Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

« La Noyade de Pierre »

1 commentaire

Noyade de Pierre, 22x28cm, 2015

Noyade de Pierre, 22 x 28 cm, 2015

Cette scène, décrite par Matthieu (14, 28-33), se situe à la fin de l’épisode plus connu où Jésus marche sur les eaux. L’épisode se passe à la fin de la nuit (j’ai utilisé un pigment ancien cendre bleue K 10180 superposé à l’ocre jaune du ciel). Jésus appelle Pierre : « Viens ». Et Pierre vient vers lui, marchant à son tour sur les eaux agitées de la mer (comme d’habitude, j’ai traité la mer avec des glacis successifs de lapis lazuli). Au bout d’un moment, il se rend compte de son audace : « il eut peur et commença à couler». Jésus lui tend « la main, le saisit en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » »

Julia Stankova

Julia Stankova

J’ai cette icône en tête depuis longtemps. La première fois, j’ai vu cette scène chez l’artiste bulgare Julia Stankova lors de notre première rencontre à Sofia. Cette image m’a habitée, accompagnée bien souvent, l’image d’une main tendue à trouver, à saisir dans les pires tempêtes. En ce mois d’avril 2015, j’ai commencé à la peindre et y ai passé beaucoup de temps, un temps inhabituellement long. Peut-être à cause de la réalisation technique des vagues qui demande du temps et de la concentration (ou plutôt, un abandon concentré… et l’aide de la loupe !), mais j’ai surtout été sans cesse interpellée par l’extrême richesse des significations de cette scène. J’ai d’abord vu dans cet icône un sens psychologique très fort. La nuit qui tombe et la traversée de mers agitées illustre tant de nos réalités et de nos peurs… Et bien souvent, c’est seulement notre manque de confiance qui nous empêche de garder « la tête hors de l’eau ». Justement, nous célébrions en famille le bien triste anniversaire d’un événement qui aurait pu nous engloutir. Quelles mains tendues nous ont tenus hors de l’eau ? Et puis, j’ai été frappée par la force du geste, de la mise en mouvement, de la relation. Le geste (la main tendue de part et d’autre) accompagne la parole (signifiée par le rouleau tenu dans la main droite du Christ). Les personnages échangent autant par leurs mots que par leurs regards et leurs corps liés par la main en une sorte de danse. Il me semble que notre être se construit dans cet échange : le regard porté vers l’autre et celui qui se pose sur nous, le geste (la main tendue comme celle qu’on saisit) et qui fait de nous un être complet, vraiment humain. Évidemment, à la fin de la réalisation, j’ai été saisie par l’image des noyades de migrants en Méditerranée. J’ai continué à peindre les vagues, une à une, et à me demander dans quelle folle dissociation de notre humanité nous continuons à avancer. Ces mots de Jean Lavoué résonnent en écho :

vagues, on devine les petits grains du lapis lazuli

Vagues, on y devine les petits grains du lapis lazuli

« Quand ils se noient sous nos yeux N’est-ce pas nous qui sombrons Si nous ne leur tendons pas une main secourable Si nous n’envisageons pas l’avenir avec eux »

 

 

 

 

 

 

Article du 27 avril 2015

Publicités

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Une réflexion sur “« La Noyade de Pierre »

  1. Merci pour la présentation de cette icône, je vais la faire pour une amie qui vit de grandes difficultés…la tête hors de l’eau grâce sa foi, c’est-à-dire la confiance dans cette main tendue!
    Revenant de Venise, expérience un peu folle étant donné la situation, j’ai souvent saisi cette main en redécouvrant cette belle ville!!
    Je ne me suis pas noyée dans un canal!! Tout a été bénédictions!
    Annie

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s