Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Saint Georges et le dragon (émission du 1er juin)

Saint Georges et le dragon, école de Novgorod, 15ème siècle

Saint Georges et le dragon, école de Novgorod, XVe siècle

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF isère – 103.7 – à 8 h 35 et juste après 11 h) une couleur très différente : le rouge. Chaque semaine, nous effeuillerons une nuance, une caractéristique, une émotion liée à la couleur rouge. Terminons un tour d’horizon de l’utilisation du rouge dans les icônes russes avec une petite étude sur l’icône de Saint Georges et le dragon.

Presque toutes les icônes de l’école de Novgorod confèrent une dimension pathétique à l’évocation des vies de saints ou des hauts faits de leur histoire. Elles sont peintes, pour la plupart, sur des fonds rouge vif, comme quelques icônes bien connues du XVe siècle, représentant saint Georges terrassant le dragon.

Qui est ce saint Georges ? Probablement un officier, martyr sous Dioclétien, autour duquel d’innombrables légendes se sont déployées. Il est représenté dans les icônes sur un cheval plutôt blanc, en armure et terrassant un dragon. Selon les cas, le fond est rouge, flamboyant, ou bien il porte une bannière rouge, ou encore une cape rouge virevoltant en plis et replis. Dans la célèbre icône de Novgorod, le saint triomphant est peint sur un fond de rouge flambant. Il porte une cape verte flottante et chevauche un cheval blanc de neige. Le blanc, le rouge et le vert s’associent dans un accord, une harmonie, élevant la victoire de saint Georges vers le sublime.

terre verte et cinabre

Terre verte et cinabre

Le rouge, précieux, violent, prestigieux est associé au vert, surtout à une terre verte, couleur relativement simple à obtenir grâce aux terres alluviales et limoneuses de la région. Le rouge intensifie les couleurs placées à côté, et en même temps, est temporisé, apaisé, comme humanisé par le vert. Le centre de la composition est la main gauche du saint, qui tient les rênes avec vigueur. Son bras droit, au contraire, est détendu, souple, paisible, soumis à la force de l’Esprit ; et pourtant, il tient la lance. Le visage du saint exprime la sérénité et la confiance. Le cheval blanc est la monture privilégiée de la quête spirituelle. Toute cette icône est un jeu de contraste, une juxtaposition de symboles contraires, ou plutôt complémentaires, une célébration allégorique du triomphe de la lumière sur les ténèbres. Le personnage maîtrise et combat les forces sombres représentées par le dragon et la grotte. Le geste du soldat est adouci par la féminité et la sérénité de son visage. Le rouge guerrier et victorieux côtoie le vert, la terre humaine.

Article du 1er juin 2015

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La Main qui bénit, pas à pas

Main qui bénit

Main qui bénit

Nous avons déjà expliqué le sens de ce modèle, la Main qui bénit (cliquer ici pour relire l’article). Il ne s’agit pas vraiment d’une icône (il n’y a pas de regard), mais plutôt d’un détail qui porte un signe très fort d’accueil et de bénédiction. Le sens complet et l’histoire de ce modèle est détaillé dans l’ouvrage Lève-toi, viens au milieu (présentation ici). Je vous propose aujourd’hui de revoir les étapes de réalisation (une proposition, telle que nous la travaillons dans notre atelier). Le références des étapes correspondent au document sur lequel nous travaillons avec mes élèves : « repères pour les étapes ».

le calque

Le calque

Pour commencer, nous travaillons le dessin, soigneusement, en respectant les proportions étudiées (le module de la largeur de la main = celui du petit doigt = la hauteur de la paume). Puis nous décalquons notre propre dessin à l’aide d’ocre rouge déposé au verso du calque. Enfin, nous étudions de nouveau le dessin au pinceau, à l’ocre rouge en pleins et déliés (cliquer ici pour une petite approche  : le thème sera développé plus tard) en insistant sur le « plat » du doigt au niveau de l’ongle, et au contraire, le « bombé » côté « pulpe ».

Etapes 1 et 2

Étapes 1 et 2

Sur la planche de tilleul enduite, nous sommes prêts à définir les grandes masses de couleurs (les délimiter à l’ocre rouge seul, sans œuf), à passer le proplasme (sorte de couleur de terre constituées par exemple de 3 ocre jaune pour 1 noir, eau et œuf) sur tout ce qui est vivant.  Nous continuons avec le dégradé de la mandorle pour le fond, la manche en dominante rouge (vêtement du Christ).

étape 2 en cours, 2 variantes

étape 2 en cours, 2 variantes

étape 4

Étape 4

Vient l’étape des lumières ocre rouge pendant laquelle nous continuons à améliorer les fonds, les rendre plus uniformes. La vie s’installe avec le modelé (plusieurs passages sont nécessaires) et la lumière au bout de chaque doigt.

étape 5

Étape 5

étape 6 et 7

Étapes 6 et 7

Puis, nous passons à l’ocre jaune, la part de Lumière toujours présente. Cette fois, la lumière est « fractionnée » avec l’évocation des ongles et des articulations. C’est aussi le moment de penser au cadre, sans oublier d’intercaler un petit « jus » (glacis) cinabre, qui redonne de la vitalité et de la nuance à l’ensemble.

étape 8

Étape 8

étape 9a

Étape 9a

Et voilà la dernière étape, avec le blanc de zinc passé progressivement et aussi pour cerner les zones de la mandorle. Pour voir l’icône terminée après le 2e blanc (le blanc de titane) remonter à la première image. Bon travail à tous en compagnie de ce geste bienveillant et accueillant !


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David, le roi musicien

David, 20x25cm, 2015

David, 20 x 25 cm, 2015

L’histoire de David est racontée dans les livres bibliques de Samuel et dans les Chroniques ; les Psaumes lui sont, pour la plupart, attribuées. Figure messianique du Christ, vainqueur du géant Goliath, personnage touchant et proche de nous par ses faiblesses, comme par son désir de conversion, il y a tant de choses à en dire…

Je parlerai seulement ici du musicien, puisque c’est pour un musicien que j’ai travaillé cette icône.

David est le patron des musiciens dès le Moyen Âge et devient celui des maîtrises et des chorales aux XVIe et XVIIe siècles.

À divers moments de sa vie et en de multiples occasions, David est représenté ou évoqué jouant de la musique (en principe, un instrument à corde).

On trouve des représentations du jeune David en berger veillant sur son troupeau, tout en jouant de la cithare. Ce motif rappelle celui d’Orphée qui captive les animaux avec sa musique.

Le premier livre de Samuel raconte comment David, jeune a été en quelque sorte embauché par le roi Saül, afin que la musique calme ses tourments et éloigne sa tristesse (Rembrandt, David joue de la harpe devant Saül, 1629-30)

« Tes serviteurs (…) chercheront un homme qui sache jouer de la cithare ; ainsi, quand un esprit mauvais (…) t’assaillira, il en jouera et cela te soulagera. Saül dit à ses serviteurs « trouvez-moi donc un bon musicien et amenez-le moi ». Un des domestiques répondit : « J’ai vu justement un fils de Jessé (…). Il sait jouer » » (1 S 17, 16-18).

Devenu roi d’Israël, il est encore représenté en musicien lorsqu’il danse devant l’Arche d’Alliance ou encourage ses soldats.

David, 12x14cm, 2014

David, 12 x 14 cm, 2014

On le représente aussi comme sur cette icône : âgé, sage et barbu, portant la harpe, une cithare, un luth, une lyre, un violon ou un psaltérion, dont il se sert pour accompagner le chant des Psaumes. La couronne date de la fin du Moyen Âge.

Cette image du roi musicien a été répandue dans les Psautiers et les Arbres de Jessé et on la trouve sur la plupart des volets peints des buffets d’orgues.

Fête le 29 décembre.


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Les vêtements rouges dans les icônes (émission du 18 mai)

Saint Martin et le Christ, 2012

Saint Martin et le Christ, 2012

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF isère – 103.7 – à 8 h 35 et juste après 11 h) une couleur très différente : le rouge. Chaque semaine, nous effeuillerons une nuance, une caractéristique, une émotion liée à la couleur rouge. Continuons avec les icônes russes à travers l’exposition de 1997 au Musée russe de Saint-Pétersbourg.

Après avoir évoqué la symbolique liée au feu et à la lumière, à l’exagération de la dramaturgie avec l’utilisation des couleurs rouges et surtout des fonds de l’École de Novgorod, attardons-nous sur l’utilisation du rouge dans les vêtements des personnages représentés. Les capes, les tuniques, les drapés, les manteaux gonflés d’Esprit Saint semblent virevolter dans toutes les nuances de rouge.

Souvenons-nous que la hiérarchie initiale des pigments était liée à la difficulté à les obtenir à partir de la nature : des oxydes de métal, des plantes, des mollusques et différentes terres. Dans les temps anciens, c’était un processus qui demandait du temps et revenait cher. Les pays les plus riches furent les premiers à utiliser une large gamme de teintures et de couleurs. Ils apprirent peu à peu comment les intensifier, les concentrer pour en augmenter l’impact. Le rouge, couleur pure et attirante, devint un des éléments important des festivités et attributs du pouvoir. Il devient plus qu’une couleur de vêtement car il affirmait l’appartenance à la classe supérieure. La diversité résidait dans la façon de le présenter et de l’associer, de jouer sur la chaleur du ton, ou la combinaison avec d’autres couleurs.

Dans les icônes, les martyrs aux noms étranges – Eustratius, Artemius, Parascève ou Anestesia – portent des vêtements ecclésiastiques rouges exprimant leur foi et leur amour brûlant pour Dieu. Le rouge est aussi la couleur des manteaux capes de saint Georges et saint Démétrios de Thessalonique.

Annonciation, 1997

Annonciation, 1997

Le rouge est également la couleur du voile qui relie les bâtiments dans diverses scènes comme la Présentation au temple, l’Annonciation : il exprime alors le lien, la continuité entre l’Ancien et le Nouveau Testament et évoque le voile du Temple… Ce grand rideau à dominante rouge, qui sépare deux espaces, deux mondes – autant qu’il relie et annonce – deviendra celui des scènes de théâtre.

Le rouge est la couleur d’une sorte de coussin qui témoigne de la royauté de Marie, et sur lequel elle repose après la Nativité. Il évoque alors la pourpre impériale et s’inspire de la tradition byzantine.

 

Article du 18 mai 2015


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Le rouge de la lumière dans les icônes russes (émission du 11 mai)

Pigments rouges

Pigments rouges

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF isère – 103.7 – à 8 h 35 et juste après 11 h) une couleur très différente : le rouge. Chaque semaine, nous effeuillerons une nuance, une caractéristique, une émotion liée à la couleur rouge. La semaine dernière, nous avons souligné combien le rouge était assimilé au feu dans de nombreuses icônes. Le feu, c’est la chaleur, la vie, c’est aussi la lumière, comme le rouge.

Dans les icônes, traditionnellement, le fond et les auréoles son traités en or. On parle de lumière incréée, scintillement de la lumière divine qui vibre d’autant plus que les bougies sont allumées devant, réfléchissant ainsi tout un mystère.

Saint Nicolas, Elie, Parascève, et Blaise, école de Novgorod, 15ème siècle

Saint Nicolas, Élie, Parascève, et Blaise, École de Novgorod, XVe siècle

Connaissant les connotations du rouge, on ne s’étonne pas de voir cette couleur utilisée pour véhiculer le même symbole que l’or : la lumière. Le rouge signifie alors à la fois la puissance et l’énergie brûlante, mais évoque aussi le sang du Christ, le martyre et la purification. Tout se passe comme si l’« âme russe » revisitait la symbolique de l’icône, en gardant toute sa signification et en l’amplifiant en lui donnant un caractère plus dramatique !

L’École de Novgorod a particulièrement développé cette habitude. Les icônes qui lui sont propres portent cette sorte de signature de fonds rouges : les sombres visages des saints semblent jaillir de ces fonds brillants couverts de cinabre et capteurs de lumière. Ils sont aussi parfois très sobres, comme contrastant avec l’effet dramatique induit par le fond, ou encore posés au voisinage d’une terre verte, qui contraste avec le rouge par son humilité.

La raison est symbolique, mais pas seulement. Elle tient aussi à la rivalité entre les aires culturelles et artistiques. Pour manifester sa supériorité, il aurait fallu utiliser de l’or, beaucoup d’or. Dès lors qu’on sait extraire ou fabriquer une grande palette de rouge, pourquoi ne pas s’affirmer autrement, se distinguer des autres courants. Au cours des siècles, depuis le baptême de Vladimir au Xsiècle, la Russie devenue orthodoxe se couvre d’icônes. Les maîtres grecs enseignent aux artistes locaux. Au cours du temps, plusieurs villes s’illustrent par la qualité de leur école de peinture. Ce sera d’abord Kiev, au XIe siècle, puis Novgorod qui s’affirme comme un grand centre culturel surtout entre le XIVe et le XVIe siècle. La signature de l’École de Novgorod, son originalité dans le respect de la tradition, ce sont les rouges, surtout les fonds rouges.

Et quand se combinent plusieurs nuances de rouge, l’effet est celui d’une grande vibration, éblouissant les yeux autant que l’âme !

Article du 11 mai 2015


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Peindre l’eau dans les icônes

Noyade de Pierre

Noyade de Pierre

Voici une proposition pour traiter l’eau (ou les grosses barbes et chevelures de vieillards).

  1. L’eau est créée et traitée, au départ en proplasme (qui peut-être léger, mais pas forcément).
Syméon, grosses mèches

Syméon, grosses mèches

3 et 4. Déterminer de grosses masses ou vagues avec de l’ocre rouge, puis traiter l’intérieur de chaque grosse vague (ou mèche, s’il s’agit de cheveux) à l’ocre rouge (3 fois).

Syméon, les petites mèches

Syméon, les petites mèches

5 et 6. Reprendre avec ocre rouge et bleu, à la ligne, de petites vaguelettes bien parallèles les unes aux autres (fractionner). À l’intérieur de chacune, faire une lumière gris-bleuté (blanc de zinc, bleu et une toute petite pointe de noir) (3 fois).

OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA7 et 8. On peut, avec un autre bleu (outremer ?), forcer les zones qui sont des « creux », des ombres, surtout si la surface est grande (plutôt avec du brun, genre terre d’ombre) si c’est une chevelure. Faire un « jus » (glacis) lapis-lazuli sur tout l’ensemble pour les eaux.

  1. Fractionner encore, par endroits, avec du blanc pur (mélange blanc de zinc et titane), pour faire des sortes de
    on voit la zone d'écume en haut à gauche

    On voit la zone d’écume en haut à gauche

    reflets, un effet d’écume. En principe, on redivise ainsi les petites vagues en deux, sans craindre que tout se mélange un peu à certains endroits.

Si besoin, refaire un jus en lapis-lazuli et rehausser les blancs.

Terminer par du blanc de titane.

Les numéros indiqués correspondent à la fiche « repère pour les étapes ».

Pour la chevelure, se référer à l’article complémentaire https://iconeslamour.wordpress.com/2014/02/03/les-cheveux-et-la-barbe-dans-licone-2/

Jonas

Jonas


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Le rouge du feu dans les icônes russes (émission du 4 mai)

ascension du prophète Elie, fin 16° siècle

Ascension du prophète Élie, fin XVIe siècle

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF isère – 103.7 – à 8 h 35 et juste après 11 h) une couleur très différente : le rouge. Chaque semaine, nous effeuillerons une nuance, une caractéristique, une émotion liée à la couleur rouge. Pendant quelques semaines, nous parlerons de la place de la couleur rouge dans l’art russe qui tire une grande partie de son inspiration de l’icône. En feuilletant le catalogue sur l’exposition intitulée « rouge » et présentée en 1997 au musée russe de Saint-Pétersbourg, on entre tout de suite dans le rouge-vif du sujet ! Toute une série d’icônes aux fonds rouges, ou bien des drapés, des capes, des tuniques rouges, gonflées de souffle et d’enthousiasme virevoltant.

Ces vermillons-là étaient déjà connus au troisième millénaire avant J.-C., par les tribus de la culture du Maikop, qui vivaient au sud de la Russie.

Le rouge a été très tôt utilisé dans l’art russe en général et dans les icônes en particulier. Parfois, il est utilisé pour sa valeur symbolique ; parfois, il relève juste d’un choix artistique. La gamme de couleurs des peintures d’icônes est déterminée par son grand spectre de teintes variées depuis des rouges profonds jusqu’à des tons clairs, doux ou presque rose, chacun correspondant à des gammes de significations.

détail sainte Lucie

Détail sainte Lucie

Le rouge est avant tout la couleur du feu même dans les époques pré-chrétiennes. Les icônes qui illustrent le thème du feu sont rougeoyantes, incandescentes, jouant à l’infini sur les nuances et les variations de tonalité.

La plus ancienne manifestation du feu dans l’histoire biblique est le Buisson ardent, brûlant mais pas consumé par les flammes, qui apparaît à Moïse comme une manifestation de Dieu. Le Buisson ardent, plus tard, devient un des symboles de la Mère de Dieu.

Dans une des icônes les plus « rouge »,  on voit Élie emporté vers les cieux sur son char de feu tiré par un attelage de chevaux écarlates, dont un ange, rouge lui aussi, tient parfois les rênes. Le rouge représente alors, l’intensité extraordinaire du moment, la ferveur et la fierté.

189 Séraphin 9,5x11,5 - copieOn représente aussi le trône divin, entouré de Séraphins à six ailes rouges. On dit que cet ange immatériel est le plus près du feu divin selon la hiérarchie céleste établie par Denys l’aréopagite au VIe ou VIIe siècle. Aussi, brûle-t-il !

Plus tard, le feu apparaît à la Pentecôte, l’Esprit Saint descendu sur les apôtres sous forme de langues de feu. Mais là, le symbole est plus discret !

 

 

Article du 4 mai 2015