Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le rouge de la lumière dans les icônes russes (émission du 11 mai)

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Pigments rouges

Pigments rouges

Après trois années passées avec les pigments bleus, découvrons dans l’émission Tout en nuances (chaque lundi sur RCF isère – 103.7 – à 8 h 35 et juste après 11 h) une couleur très différente : le rouge. Chaque semaine, nous effeuillerons une nuance, une caractéristique, une émotion liée à la couleur rouge. La semaine dernière, nous avons souligné combien le rouge était assimilé au feu dans de nombreuses icônes. Le feu, c’est la chaleur, la vie, c’est aussi la lumière, comme le rouge.

Dans les icônes, traditionnellement, le fond et les auréoles son traités en or. On parle de lumière incréée, scintillement de la lumière divine qui vibre d’autant plus que les bougies sont allumées devant, réfléchissant ainsi tout un mystère.

Saint Nicolas, Elie, Parascève, et Blaise, école de Novgorod, 15ème siècle

Saint Nicolas, Élie, Parascève, et Blaise, École de Novgorod, XVe siècle

Connaissant les connotations du rouge, on ne s’étonne pas de voir cette couleur utilisée pour véhiculer le même symbole que l’or : la lumière. Le rouge signifie alors à la fois la puissance et l’énergie brûlante, mais évoque aussi le sang du Christ, le martyre et la purification. Tout se passe comme si l’« âme russe » revisitait la symbolique de l’icône, en gardant toute sa signification et en l’amplifiant en lui donnant un caractère plus dramatique !

L’École de Novgorod a particulièrement développé cette habitude. Les icônes qui lui sont propres portent cette sorte de signature de fonds rouges : les sombres visages des saints semblent jaillir de ces fonds brillants couverts de cinabre et capteurs de lumière. Ils sont aussi parfois très sobres, comme contrastant avec l’effet dramatique induit par le fond, ou encore posés au voisinage d’une terre verte, qui contraste avec le rouge par son humilité.

La raison est symbolique, mais pas seulement. Elle tient aussi à la rivalité entre les aires culturelles et artistiques. Pour manifester sa supériorité, il aurait fallu utiliser de l’or, beaucoup d’or. Dès lors qu’on sait extraire ou fabriquer une grande palette de rouge, pourquoi ne pas s’affirmer autrement, se distinguer des autres courants. Au cours des siècles, depuis le baptême de Vladimir au Xsiècle, la Russie devenue orthodoxe se couvre d’icônes. Les maîtres grecs enseignent aux artistes locaux. Au cours du temps, plusieurs villes s’illustrent par la qualité de leur école de peinture. Ce sera d’abord Kiev, au XIe siècle, puis Novgorod qui s’affirme comme un grand centre culturel surtout entre le XIVe et le XVIe siècle. La signature de l’École de Novgorod, son originalité dans le respect de la tradition, ce sont les rouges, surtout les fonds rouges.

Et quand se combinent plusieurs nuances de rouge, l’effet est celui d’une grande vibration, éblouissant les yeux autant que l’âme !

Article du 11 mai 2015

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Auteur : elisabethlamour

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