Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

La Famille de Tobie remerciant Dieu après le départ de l’ange Raphaël

Poster un commentaire

Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

1. Envol
1

La Famille de Tobie remerciant Dieu après le départ de l’ange Raphaël, Eustache Le Sueur

Huile sur toile, 1,73 x 2,15 m, Eustache Le Sueur (Paris 1616-1655), émission diffusée le 3 septembre 2008

Et si nous nous promenions chaque semaine au musée de Grenoble !
Et si nous nous envolions un peu ailleurs, loin du tapage et de la vitesse, des urgences et des rendez-vous !

Nous déambulerions au fil des salles, tranquilles, un peu décalés, à contre-courant des marées montantes et des vents dominants, l’esprit léger, le pas musardant. Nous ferions ici absolument l’inverse de ce qui emplit nos journées. Ne surtout pas courir, ne pas vérifier la montre, se laisser surprendre par les œuvres et attendre, attendre encore, prendre le temps, regarder, contempler, s’abandonner, se livrer, se laisser envahir ou apprivoiser et puis, dans un souffle, s’envoler les bras grands ouverts…

Un personnage dans le musée tient précisément cette posture : il s’agit de l’ange Raphaël quittant la famille de Tobie dans un tableau peint par Eustache Le Sueur au milieu du XVIIe siècle.

détail : l’ange Raphaël, Eustache Le Sueur

Détail : l’ange Raphaël, Eustache Le Sueur

L’ange m’évoque la savoureuse sensation d’entrer en sieste. Pas du tout la plongée dans un sommeil lourd, absent et vide, mais l’errance qui survient par une journée très chaude lorsque l’on s’abandonne sur un lit ouvert, les rideaux tirés pour atténuer la lumière. On a décroché le téléphone et tourné la pendule contre le mur, pour être sûr. On a peut-être pris un livre, enlevé et bientôt remis le marque-page exactement à la même place. On a posé un verre d’eau avec un glaçon sur la table et on a joué avec la grâce fugace d’un rayon de lumière attardé sur le mur. Et puis on a rêvé sans dormir vraiment. Une indéfinissable et nécessaire latence de l’âme ; la joie de la divagation ! On a senti la fraîcheur du drap et un peu de temps a passé, délicieux.

En pénétrant dans le musée, on dépose les vêtements et les sacs au vestiaire, les courses ou les cartables ; on s’allège comme on déposerait un moment tous ses soucis, ses agacements et ses pesanteurs. Sans manteau, on se sent neuf, en tenue, habillé de blanc et de frais. Dans ce refuge tout près du fleuve, à l’ombre des toiles de maîtres, pensées, rêves et émotions affluent sans ordre. Il ne fait ni chaud, ni froid, seulement léger. Un souffle passe et caresse nos épaules. On entre tout doucement dans une sorte de lévitation, une transparence, un état de flottaison, une brume souple, une attitude disponible. Les bras s’ouvrent en un abandon confiant, un froissement d’ailes, une impression aérienne et habitée qui ferait penser à l’envol de l’ange Raphaël.

Chapitre 1 du livre Décalage horaire (encore disponible sans frais de port).

Publicités

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s