Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Les disciples d’Emmaüs

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Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

6. La prise de son, huile sur toile 1,3 x 1,64 m, Mathias Stomer, mort en Sicile après 1650, émission diffusée le 8 octobre 2008
Pélerins Emmaus par Stomer

Pèlerins Emmaus par Stomer

Mathias Stomer, peintre d’origine néerlandaise, peint le tableau représentant les disciples d’Emmaüs au cours de la première moitié du XVIIe siècle.

La scène décrite dans l’Évangile de Luc (24, 13-35) et plus discrètement dans le texte de Marc (16, 12-13) est souvent représentée par les peintres. On la croise par trois fois dans les salles du musée de Grenoble (1).

Sur ce tableau, tous les personnages ont les paumes offertes, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte par la surprise. Ce pèlerin-là qui partage leur table est donc le Christ. Ils l’ont reconnu, tous au même moment, à sa présence différente, à une certaine façon très calme et habitée de rompre le pain en regardant vers le ciel. On est frappé par la dynamique de la composition, les mouvements nerveux des protagonistes, la posture de leurs mains, leurs sourcils arqués, la verticale de la bougie, la composition circulaire entraînée par la tête du chien…

Mais une fois de plus, ce qui m’intrigue est justement ce qui manque dans le tableau. Et ce qui manque est ailleurs. Ce qui manque n’est pas le fait du peintre, puisqu’il s’agit de la « prise de son ».

J’ai l’impression que le flash du journaliste a crépité juste à l’instant précédant le branchement des micros. Décalage technique ! Manque de synchronisation ! Un contretemps, quelques secondes suspendues, improbables, une stupeur hébétée, un étrange mutisme… Lequel d’entre eux va parler le premier et rompre le silence ébahi ? Et quel sera le timbre de sa voix ? J’entends surtout le petit serviteur aux boucles blondes, debout à la droite du tableau. Il veut parler mais il craint tellement de dire une bêtise, de bafouiller ou de se faire humilier, qu’il suspend ses mots. Ce qui lui traverse l’esprit est absolument incroyable, tout bonnement extravagant. Je l’imagine avec un « cheveu sur la langue » ou parlant une langue étrangère ou bien la voix trop fluette, mal posée, très aiguë ou en train de muer. Et j’entends un décrochement ; quelque chose dans la « prise de son » trébuche et imperceptiblement se décale et s’absente du tableau…

Chapitre 6 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

(1) Tableaux de Mathias Stomer, Laurent de La Hyre et Bernardo Strozzi.

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Auteur : elisabethlamour

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