Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Arpenter le musée de Grenoble comme on part en voyage

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Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

Chapitre 7 de Décalage horaire, émission diffusée le 15 octobre 2008

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Quand je pousse la porte du musée de Grenoble, j’ai un peu le sentiment de pénétrer dans un aéroport pour m’embarquer vers un voyage en avion. L’envol encore.

L’impression surgit dès le bas des escaliers, très longs et solennels. Une ambiance s’impose, différente ; une ambiance de décalage, de parenthèse, de vacances et de départ.

Après avoir gravi les marches, on pénètre dans un grand hall tantôt très calme, tantôt fiévreux, agité de groupes de tous âges, de personnes qui se sont donné rendez-vous, s’attendent, s’interpellent, se retrouvent ou s’impatientent.

On s’adresse alors aux hôtesses de l’accueil pour régler son voyage en présentant les justificatifs adéquats pour les réductions. Puis on peut s’asseoir sur un fauteuil à l’entrée pour guetter un compagnon de voyage, un guide ou l’horaire du prochain vol avec cet air à peine égaré de n’attendre rien.

Si l’on dispose d’un peu de temps, on peut musarder un moment à la librairie, hésiter, feuilleter, acheter ou bien ne rien acheter comme on le ferait dans les magasins de l’aéroport.

On présente ensuite son billet à l’hôtesse et on entre dans un nouveau hall, lumineux, ample, large et impressionnant. On enregistre ses bagages en quelque sorte, en laissant les sacs au vestiaire en échange d’un coupon de plastique bleu numéroté. Pas de paquetage dans les salles du musée ! Le bagage à main doit être réduit au strict minimum. Je me contente en général de l’appareil photo qui tient dans ma poche, d’un stylo, de mon carnet marron à spirales et d’un grand foulard de soie bleue pour les pièces les plus fraîches.

Il suffit ensuite de suivre les indications fléchées à l’entrée des salles pour ne pas se tromper de vol ou bien de s’enquérir auprès de l’équipage en costume, bien à son poste au fil de l’itinéraire. Et c’est parti ; juste là, juste après l’embarquement, on se rend compte de la singularité de ce voyage-là. Un plongeon de l’autre côté du ciel.

De temps en temps, on regarde à travers les hublots le fleuve qui s’écoule et la couleur des nuages et des murs de la ville. On se dit qu’on est en octobre et qu’on a tout son temps. Les bruits de la ville s’assourdissent. Dans ce monde à part, la ville devient l’extérieur, alors que le musée avec ses toiles de maître se transforme en un centre, un univers, le ventre feutré d’un boeing, un cœur au rythme lent. On traverse quelques zones de turbulences : des groupes d’enfants enthousiastes ou des touristes étrangers guidés par un interprète volubile…

Pourtant, aucun plan de vol, seulement le sentiment d’un grand décalage horaire, une vacance, un entre-deux disponible dans l’ampleur des nuages. Chacun déambule à sa guise, à son rythme, suivant son inspiration. On peut hésiter, revenir en arrière, traîner quelque part et faire escale. Chacun est son propre commandant de bord. Au fil des salles et des tableaux, chacun s’envole et dessine son itinéraire singulier, guidé par son inspiration et son état d’âme, à la manière d’un artiste.

Article du 8 juillet 2015

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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