Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le saint Grégoire de Rubens

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Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

8. Les tableaux dans un fauteuil, huile sur toile 4,77 x 2,88 m, Pierre-Paul Rubens, (Siegen 1577-Anvers
1640), émission diffusée le 22 octobre 2008 
Il existe plusieurs sortes de tableaux : ceux qu’on ne remarque pas même si on passe et repasse devant eux ; ceux
qui nous regardent malgré nous ; ceux qui nous hantent ou nous habitent ; ceux qu’il faut connaître et qui sont dans tous les guides. Il y a ceux qu’on a envie de comprendre, qui nous frôlent, nous intriguent ou nous retiennent : on s’assied alors sur un des petits tabourets pliants distribués complaisamment à l’entrée du musée et on contemple ou on cherche quelque clé de lecture. Et puis, il y a les tableaux privilégiés, ceux qu’on peut voir en étant confortablement installé dans un fauteuil profond, recouvert de noir et auxquels on consacre du temps seulement par souci de la détente et du repos du corps. Dehors, le vent commence à souffler.
saint Grégoire de Rubens

Saint Grégoire de Rubens

C’est ainsi que j’ai posé les yeux plusieurs fois sur l’immense tableau représentant le pape saint Grégoire et peint par le célèbre Rubens. Pourtant, sans le fauteuil, je ne suis pas sûre du tout que le tableau aurait trouvé grâce à mes yeux… Ce genre d’œuvre monumentale, multipliant dans un langage exubérant toutes sortes de démonstrations tapageuses me laisse en général indifférente. C’était sans compter sur le fauteuil grâce auquel j’ai découvert des tas de détails : l’aile de la colombe qui effleure le crâne dégarni de saint Grégoire jusqu’à le chatouiller, la vibration des couleurs, les matières des costumes, les perles du diadème de sainte Domitille et la transparence bleutée du bas de sa robe, cette peau de bête qui retombe sur la cuirasse de saint Maurice.

Un détail, dans le jeu des regards, me retient et m’amuse.

La plupart des visages sont tournés vers le haut. J’ai cependant l’impression que quelque chose, au moment précis où les modèles auraient dû aider le peintre et bien se concentrer sur la pose, a perturbé l’attention des protagonistes. Un discret désordre s’est installé, un espiègle dérangement.

Et si c’était cet enfant Jésus qui devrait être tranquillement à sa place dans les bras de sa Mère, paisible Madone, dans le tableau au-dessus du porche ! Au lieu de cela, il lui échappe et sort de son cadre et de sa pose conventionnelle pour adresser un signe de connivence au pape. Il lève sa petite main tendue en un signe très personnel, hésitant entre la bénédiction, l’impertinence et la familiarité. Ce geste a l’air de surprendre les saints comme les angelots, troublés dans leur application à poser pour le tableau. Le comportement facétieux de l’enfant Jésus sème la confusion. Je ne l’aurais jamais remarqué si je n’avais été confortablement assise, le temps d’une pause, dans le grand fauteuil noir posé comme un trône moelleux au beau milieu de la salle. Dehors, le vent d’octobre peut bien souffler…

Chapitre 8 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

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Auteur : elisabethlamour

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