Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

La Sainte Famille de Vasari

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Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

9. Nostalgie des auréoles, huile sur bois, 1,77 x 1,36 m, Giorgio Vasari (Arezzo 1511-Florence 1574), émission du 29 octobre 2008
Sainte Famille Vasari

Sainte Famille, Vasari

Seuls Sainte Lucie et les personnages du panneau de Taddeo di Bartolo, les deux tableaux les plus anciens du musée de Grenoble, portent une auréole centrée, posée, « bien en place ». Dès l’entrée dans le XVe siècle, avec saint Sébastien et sainte Apolline du Pérugin, « rien ne va plus » ! Chacun y va de son idée, au gré de son inspiration et de son imagination : auréole fantaisiste, transparente, instable, vaporeuse, elliptique, décoration ciselée ou sortes de flammèches autour de la tête…

Vasari, au milieu du XVIe siècle, se permet une Sainte famille dans laquelle ni Joseph, ni Marie, ni même l’enfant Jésus ne portent l’auréole. Sainte Anne est aussi présente dans l’angle du tableau, très ridée, de profil, inquiétante, sombre, presque lugubre. Joseph lisse sa barbe de sa grosse main, perdu dans ses doutes et ses pensées. Marie esquisse un sourire et ses mains semblent danser en contraposto (1). Chacun regarde vers le bas, tourné vers lui-même, solitaire, grave, pensif et intériorisé. L’enfant a la bouche entrouverte et le regard clos sur ses rêveries, sur son propre sommeil, sur les rêves et l’univers d’un tout-petit. En tendant à peine l’oreille, on devine sa respiration bruyante.

Il ne reste pas beaucoup de place pour nous, les spectateurs ! Pas de perspective non plus dans la composition du tableau. Autant dire, aucun des codes qui nous sont familiers et nous évoquent la sainteté, la transcendance, le divin !

Ce grand bébé à la fois musclé et grassouillet dort dans un équilibre incertain sur un linge froissé posé sur les genoux de sa mère. Il ne m’évoque ni un nouveau-né, ni un enfant fragile, ni un adulte, et encore moins l’« enfant Dieu ». Pourtant, je suis frappée par ses boucles improbables mais si régulières et dont la couleur très vive contraste avec celle de sa peau blafarde. Les boucles sont presque dorées, brillantes, des filaments métalliques, des rayons de lumière savamment enroulés, un travail d’orfèvre, l’œuvre du joaillier d’un prince et la précision d’un graveur.

N’y aurait-il pas comme une « nostalgie d’auréole » dans cette façon trop dorée et si peu naturaliste de représenter la chevelure de l’enfant Jésus, un dernier signe, qui le rattacherait encore à sa divinité et aux codes anciens de la peinture ?

Chapitre 9 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

(1) Construction très utilisée à l’époque, habile dialogue entre une posture monumentale, des courbes, contre-courbes et déséquilibres.

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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