Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

« Le Lac de l’Eychauda »

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Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

11. Sans laisser de traces, huile sur toile, 1,82 x 2,62 m, Laurent Guétal (Vienne 1841-Grenoble 1892), émission diffusée le 12 novembre 2008
le lac de l'Eychauda, Laurent Guétal

Le Lac de l’Eychauda, Laurent Guétal

L’eau du lac semble très froide. La glace formée pendant la nuit de novembre fond aux abords. La journée est belle et le bleu du ciel à peine troublé par deux minuscules nuages. Les montagnes se reflètent dans l’eau. Tout est calme, suspendu à la clarté.

J’ai beau scruter le décor, je ne perçois absolument aucune trace de présence humaine : rien ! Pas une trace de pas, pas de sentier au lointain, pas même un objet familier oublié, vraiment rien. Peut-être, comme beaucoup d’artistes dauphinois de l’époque, Laurent Guétal a-t-il réalisé en atelier un paysage recomposé.

Je préfère l’imaginer là, ou devant un autre lac, écouter le flux de ses émotions, entrant en contemplation pour suivre sa quête, cherchant la nourriture d’un artiste : la musique intérieure des silences ! Je préfère penser que le peintre connaissait bien l’endroit : il y est venu et revenu plusieurs fois. Je me demande s’il s’est assis sur une pierre pour contempler le paysage, s’il était fatigué ou essoufflé, s’il était seul, s’il est resté silencieux, s’il a mis sa main dans l’eau glacée provoquant un léger mouvement de l’eau, un trouble, une imperceptible agitation. A-t-il regardé dans l’eau le reflet de son visage et du ciel ou chanté très doucement pour ne pas troubler le silence ? A-t-il pleuré, dormi un peu ou murmuré une confidence au creux d’une oreille familière ? A-t-il laissé vagabonder ses pensées ou pris quelque résolution radicale au tournant de sa vie  ? A-t-il pensé au tableau, réfléchi aux dimensions et au choix des couleurs et même imaginé l’oeuvre terminée sur les murs d’un musée de province ? Je crois qu’il a scruté la ligne d’horizon et déposé l’impossible reflet d’une montagne dans l’eau bleutée.

J’aime bien les bords des lacs. Cette sérénité glacée me rappelle des voyages, le soleil de minuit, des mélodies et des êtres chers. Cette totale absence de trace, cette virginité donnent de la gravité à la scène que l’on imagine là. Elle donne de l’intensité à la présence du peintre, au regard du peintre.

On pourrait presque s’asseoir sur un rocher juste au bord, avec son pique-nique ou ses souvenirs, sa joie ou sa mélancolie et lancer une petite pierre pour voir se dessiner des ronds dans l’eau. On pourrait regarder s’entremêler le reflet de son visage et celui du ciel. Voilà qu’ils se confondent puis se brouillent ! On pourrait serrer un peu son manteau et son écharpe, ajuster son bonnet de laine pour ne pas avoir trop froid et attendre la tombée du jour pour repartir, en faisant bien attention, à son tour, à ne laisser aucune trace.

Chapitre 11 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

Article du 25 juillet 2015

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Auteur : elisabethlamour

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