Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Venise par Francesco Guardi

Poster un commentaire

Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

13. Le Doge de Venise porté par les gondoliers après son élection sur la place Saint-Marc, huile sur toile, 0,67 x 1 m, Francesco Guardi (Venise 1712-1792), émission diffusée le 26 novembre 2008

13 VeniseLa place Saint-Marc à Venise est un passage obligé. Toutes les promenades dans la ville ou aux alentours y retournent obstinément. Je l’ai arpentée des dizaines de fois, sous le soleil ou sous la pluie, dans le calme de l’hiver ou dans la moiteur bruyante de l’été. J’y associe des visages et des prénoms, des compagnons de voyages, des escales et des parenthèses, des départs, des enfants qui courent et le rire d’une petite fille pâle.

Je me souviens d’une fois, en hiver, où nous logions de l’autre côté de la lagune. Nous étions arrivés dans un vaporetto si malmené par les flots et le vent que nous nous sentions très loin, peut-être au large d’une île de Bretagne. La place était en partie envahie par les eaux et on aurait pu la croire désertée.

Pourtant, quelles que soient la saison et l’ambiance, à peine arrivée sur la place, j’entends la même clameur vibrer et réjouir le ciel. La clameur du passé, le passage du doge de Venise après son élection jetant à la foule des pièces d’or ou d’argent, les gondoliers munis de longs bâtons, le monde se bousculant sur la place comme dans ce tableau de Francesco Guardi, l’agitation, l’effervescence, l’exubérance.

Et puis toujours, les gens pressés croisant les gens calmes, ceux qui courent et les autres, les célébrités et les anonymes, ceux qui ont trop chaud et ceux qui s’emmitouflent, les gens heureux et les mélancoliques, les solitaires, les rêveurs, ceux qui fêtent leur amour à Venise et ceux qui tentent d’y noyer un chagrin ou une chimère.

Toujours la foule à l’abri des cafés, dégustant, devisant ou écrivant, et les souvenirs, et les prénoms et tous les visages bruissant dans ma tête.

Toujours, ce désordre sonore, les enfants qui courent comme sautent et jappent les petits chiens dans cette toile de Guardi.

Seuls, les pigeons de Venise manquent à ce tableau. Dans l’album de photos qui habite ma mémoire, rien n’aurait été pareil sans les pigeons et le froissement de leurs ailes, sans leur tournoiement incessant et leur obstination imbécile, sans leur façon de toujours revenir après qu’on les a chassés. Non, vraiment, rien n’aurait été pareil, ni l’agitation, ni la vibration de l’air, ni même la clarté du rire de la petite fille.

Chapitre 13 du livre Décalage horaire  (disponible sur demande, pas de frais de port).

Publicités

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s