Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

L’Adoration des bergers de Jacob Jordaens

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Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.
14. Mais où est donc passé l’âne ? L’Adoration des bergers, huile sur toile, 2,55 x 1,75 m, Jacob Jordaens (Anvers 1593-1678), émission diffusée le 3 décembre 2008

L'adoration des bergers, Jacob Jordaens

L’Adoration des bergers, Jacob Jordaens

Nous voilà en décembre, le temps des crèches et de l’avent.
En ce tout début de mois, je vais chercher chaque année la crèche en bois de mon enfance. Elle me rappelle de bons souvenirs, juste à effleurer son petit toit en paille. Elle me rappelle une tendre connivence et une fébrilité partagée. Ma mère retrouvait à ce moment-là sa propre part d’enfance et veillait à ce que tout soit parfait : le sapin et l’étoile argentée bien équilibrée au sommet, les guirlandes dorées ou rouges, l’ange qui tournait et carillonnait quand on allumait les bougies, les boules de verre multicolores, fragiles, les personnages bien disposés dans l’étable, et derrière, l’épais papier marron, froissé, qui simulait les rochers.

Je retourne chaque année fouiller dans une grosse malle métallique rangée dans la cave ; j’y retrouve cette crèche et quelques santons de mon enfance, de plus en plus dépareillés. À l’un, il manque un bras ou la tête. Quant à l’autre, il a complètement disparu. Il reste un ange, magnifique, aussi gracieux et présent que celui du tableau de Jacob Jordaens. Je tente de les installer comme je le peux dans leur petit refuge au toit de paille. Mais il faut bien le dire, avec le temps, avec tout ce qui est cassé, les cadeaux, les souvenirs de voyage, ce que les enfants ont ajouté au fil de leurs trouvailles et de leur imagination et des bricolages à l’école, l’harmonie de ce petit théâtre devient de plus en plus incertaine.

Cette composition de l’artiste me fait penser à mes crèches : les personnages sont pressés les uns contre les autres dans des postures parfois inattendues. On y trouve un peu de tout, et même des visiteurs insolites comme les canards au premier plan ou le chien qui se lèche les babines. Le bœuf occupe une place de choix et nous observe, l’œil vif ! Pourtant, j’ai beau explorer tous les recoins, je ne vois l’âne nulle part.

Je me demande si l’un des santons de Jacob Jordaens n’était pas cassé tout au fond de la malle : où est donc passé l’âne ? Il manque à la scène…

Scrutant le tableau pour le chercher, il me semble entendre la voix de ma mère qui me revient de loin et demande : « Mais où est donc passé l’âne ? »

Chapitre 14 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

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Auteur : elisabethlamour

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