Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Saint Jérôme par De La Tour

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Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

16. Les pieds de saint Jérôme, Saint Jérôme, huile sur toile 1,57 x 1 m, Georges de La Tour (Vic-sur-Seille 1593-Lunéville 1652), émission diffusée le 17 décembre 2008
Détail du tableau de Georges De La Tour, saint Jérôme

Détail du tableau de Georges De La Tour, Saint Jérôme

J’ai toujours été fascinée par ce portrait de saint Jérôme, et surtout, par le traitement du pied du vieillard. On y lit toute l’histoire d’un homme : sa ferveur et sa force, son érudition, son travail acharné, comme sa lassitude, sa fatigue, ses découragements, l’érosion du temps.

On devine la beauté du personnage dans sa jeunesse : un grand corps musclé et sûr, une générosité qui demeure dans la barbe fournie malgré les années. Tous les artistes représentent ainsi saint Jérôme : le crâne chauve mais la barbe foisonnante.

Georges de la Tour a peint ce tableau alors qu’il avait une quarantaine d’années. Dans le creux affaissé de la clavicule de saint Jérôme, dans le traitement des rides du front et l’emplacement des cheveux sur le crâne dégarni, je lis l’immense tendresse de Georges de La Tour pour un corps de vieillard : un proche, un père, un oncle, un voisin ou un ami… Il faut parfaitement observer, avec bienveillance, affection et précision, pour traduire ainsi les marques du temps sur un corps, pour laisser transparaître dans les sillons de la chair toute une histoire en exprimant, au-delà la décrépitude de l’âge, la richesse d’une vie bien remplie, la beauté d’une âme.

Saint Jérôme, Georges De La Tour

Saint Jérôme, Georges De La Tour

Une partie du corps suffit à résumer le tableau : le pied de saint Jérôme. Il dit tout ; il retrace toute une histoire de voyage : saint Jérôme attachant de solides sandales à lanières de cuir, ses pas soulevant la poussière sur les chemins du monde, l’usure, la rugosité, l’obstination. Son pied raconte sa naissance en Dalmatie et ses premiers pas, ses voyages et ses études à Rome et ses flâneries tardives dans la ville en compagnie de Donat, le grammairien. Son pied porte les marques de sa retraite dans le désert de Syrie et sa vie d’ermite marchant jour et nuit sur la rocaille brûlante. Son pied, toujours en mouvement comme sa pensée, relate aussi son départ en Palestine. Son pied dit les nuits à arpenter le sol froid de sa cellule à la recherche du mot juste, de la bonne formule, de la traduction idéale pour sa Bible en latin. Son pied à l’articulation raidie n’est pas seulement un pied de vieillard : il témoigne d’une oeuvre monumentale et d’une histoire ; l’œuvre d’une vie en marche.

Chapitre 16 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

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Auteur : elisabethlamour

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