Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Noli me tangere

1 commentaire

Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

17. Une danse, Noli me tangere, Paul Véronèse (Vérone 1528-Venise 1588), Laurent de La Hyre (Paris 1606-1656) et Eustache Le Sueur (Paris 1616-Paris, 1655), émission diffusée le 25 décembre 2008
Noli me tangere par Gustave Le Sueur

Noli me tangere, Eustache Le Sueur

Le Noli me tangere est un thème iconographique tiré de l’Évangile de Jean (Jn 20, 13-18). Le matin de Pâques, Marie Madeleine se rend au tombeau du Christ et le trouve vide. Elle cherche Jésus. Celui-ci l’appelle alors par son nom. Elle le reconnaît et se précipite vers lui, mais Il lui dit : « ne me retiens pas » ou « ne me touche pas », noli me tangere en latin.

Cette scène est présente à trois reprises au musée de Grenoble, tour à tour peinte par Paul Véronèse au XVIe siècle, puis par Laurent de La Hyre et Eustache Le Sueur au XVIIe siècle.

Il faudrait voir les trois œuvres simultanément, réunies côte à côte : une vraie chorégraphie… La scène évoque une danse :

Noli me tangere, Paul Véronèse

Noli me tangere, Paul Véronèse

on ne sait pas trop qui s’avance, qui recule. Le mouvement de chacun va à la fois dans le sens de la rencontre et dans celui de la retenue : un pas en avant, un geste en arrière, une approche, un effleurement, une esquive, un corps arqué en équilibre, un corps tendu. La vie est ainsi et commence par un désir, l’éclat de rire d’une comète, une envie d’aller qui est toujours un pas de danse puisqu’il entraîne.

Dans les trois tableaux, l’atmosphère matinale est suggérée, mais les décors, les couleurs et les ambiances différent un peu. Le tableau de Véronèse est traité avec des teintes très nuancées dans de douces tonalités rosées. La robe du Christ virevoltante répond à la couleur de la robe de Marie Madeleine. Les couleurs, sur la toile d ’Eustache Le Sueur

Noli me tangere, Laurent de la Hyre

Noli me tangere, Laurent de la Hyre

sont plus contrastées. Le tableau de Laurent de La Hyre semble plus posé, serein, dans une palette à dominante froide. Pourtant à chaque fois, c’est la même danse, un « pas de deux », un langage des corps.

Je ne peux alors m’empêcher de penser à un thème cher à Roland Barthes. Il termine son livre, Fragments d’un discours amoureux, en développant le thème du « Non Vouloir Saisir » (1). Je relis ses mots et les entends résonner d’un tableau à l’autre : « ne pas se tuer (d’amour) veut dire : prendre cette décision, de ne pas saisir l’autre ». Et plus loin, il écrit : « Laisser venir (de l’autre) ce qui vient, laisser passer (de l’autre) ce qui s’en va ; ne rien saisir, ne repousser rien : recevoir, ne pas conserver… ». Je relis Roland Barthes, je ferme les yeux, laisse venir une voix, une ambiance, le souvenir de quelques années et les trois tableaux se remettent à danser.

BARTHES Roland, Fragments d’un discours amoureux, collection « Tel quel », Seuil, Paris, 1977. Dernier chapitre intitulé « Soria ebrietas »

Chapitre 17 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

Publicités

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Une réflexion sur “Noli me tangere

  1. Pingback: Les disciples d’Emmaüs par Laurent De La Hyre | Elisabeth Lamour

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s