Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Les Disciples d’Emmaüs par Laurent De La Hyre

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Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

19. Les plis de la nappe, Les Disciples d’Emmaüs, huile sur toile, 1,62 x 1,75 m, Laurent de La Hyre (Paris 1606-1656), émission diffusée le 7 janvier 2009
Les disciples d’Emmaüs Laurent de La Hyre

Les Disciples d’Emmaüs,
Laurent de La Hyre

Peintes en 1656 pour le monastère de la Grande Chartreuse en Isère, la scène des Disciples d’Emmaüs était probablement disposée à côté du Noli me tangere (voir chapitres 17 et 18), sur les autels de deux chapelles proches l’une de l’autre. L’artiste invente un décor des colonnes doriques, un large escalier de pierre avec des vases, ruines antiques d’où émergent des conifères, des bouleaux et des palmiers. Un décor mythique de Chartreuse et les descriptions de ses maîtres après leurs voyages en Italie se mêlent dans son imagination et structurent la toile. Les souvenirs, les rêves, les images et les récits recomposent un univers.

Ces deux tableaux, conçus comme des pendants, sont les toutes dernières œuvres de Laurent de La Hyre à la fin de sa vie. Ils sont exactement de même dimension. Ils se répondent par les thèmes, les tonalités et surtout le vêtement bleu céleste du Christ décliné selon deux nuances très proches, reprises dans chacun des tableaux. Tous deux décrivent avec beaucoup d’émotion et de retenue les premières apparitions de Jésus après la Résurrection.

Côte à côte, je lis ces tableaux comme le résumé d’une vie avec une constance, du début à la fin : la présence du Christ. Le premier tableau souligne la lumière d’un matin, comme un début, le second, la chaleur d’une fin de journée. Tous deux dégagent une grande sérénité.

L’épisode des disciples d’Emmaüs est relaté dans l’Évangile de Luc (Lc 24, 13-35). Le Christ ressuscité rencontre deux pèlerins. Ils ne le reconnaissent pas et l’invitent à partager leur repas au village d’Emmaüs. Alors que Jésus rompt le pain, les deux hommes l’identifient. Figés dans leurs attitudes et leurs expressions, l’étonnement se lit sur leur visage tandis que Jésus, tout de « bleu de la Hyre » vêtu, regarde vers le Ciel.

On devine dans tout le tableau une sorte d’affairement tranquille, un silence, des préparatifs, des pas feutrés à l’arrière, une urgence calme. La nappe fraîchement repassée, les serviettes de table à peine dépliées et le pain rompu entre les mains du Christ créent une ambiance sobre, dépouillée. Tout semble ordonné, rangé, calmé pour préparer le peintre à l’ultime départ. Il y a quelque chose d’obsessionnel dans les plis de cette nappe : la précision de l’endroit, la continuité de l’envers, de l’envers de la nappe à l’envers du décor…

Chapitre 19 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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