Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Paysage d’hiver de Franscesco Foschi

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Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

20. Un froid à couper le souffle ! 14 janvier 2009, Paysage de neige avec rochers et voyageurs, huile sur toile, 1,02 x 1,36 m, Francesco Foschi (Ancône ? – Rome 1805), émission diffusée le 14 janvier 2009
Paysage de neige avec rochers et voyageurs Francesco Foschi

Paysage de neige avec rochers et voyageurs,
Francesco Foschi

En ces premiers jours de janvier 2009, me voilà à la Chaise-Dieu en Haute-Loire. Quel froid ! Dehors tout est givré, engourdi, abasourdi. J’essaye de travailler un peu dans ma chambre après avoir superposé tous les pulls à ma disposition, installé une couverture sur mes genoux et bu un bol de thé brûlant.

La promenade tout à l’heure à l’abbaye Saint-Robert m’a coupé le souffle, pétrifiée de l’intérieur, donné l’impression d’entrer dans un monde à part. Comme si le froid figeait tout, faisait vibrer les vieilles pierres et la vie et le temps. Comme si le froid s’était engouffré en moi ! Un cortège funèbre est sorti à pas lents de l’abbaye en suivant le cercueil d’une vieille dame. Son nom était inscrit sur un dérisoire panneau de carton : elle s’appelait Marie-Thérèse ou peut-être Thérèse-Marie. Tout le groupe suivait un prêtre accompagné de deux enfants de chœur : je ne sais plus lequel d’entre eux portait une lourde croix. Chacun marchait voûté et emmitouflé, le col remonté, progressant à petits pas prudents pour ne pas glisser. On aurait presque pu imaginer des chevaux, les naseaux écumant, tirant le corbillard. On aurait dit une peinture ! J’ai retiré sans réfléchir mon bonnet de laine rouge et l’ai perdu sur les pavés givrés.

J’ai haussé les épaules pour me protéger du froid et j’ai pensé au paysage de neige de Francesco Foschi. C’est peut-être à ce moment là que mon bonnet a disparu. Le cadre, l’époque, le lieu : rien ne ressemble à cette journée à la Chaise-Dieu. Sauf le froid qui fige le temps. Le tableau dégage une ambiance absolument identique à celle de l’épisode de tout à l’heure : un déroulement glacé sur un chemin de neige, un cortège lent, des sons feutrés, des vêtements superposés. On s’affaire en silence. Même les arbres semblent tordus par le gel. J’imagine sans peine le froid qui transperce ces hommes, engourdit leurs doigts, raidit leurs vêtements et cingle leur visage rougi. Le pire est de regarder la cascade qui crache une eau glacée à vous couper le souffle. Non, le pire est de s’imaginer à la place des canards qui barbotent malgré tout ou encore de pénétrer dans les grottes sombres tapies sous les rochers. Un froid définitif jaillit et pénètre, comme celui qui enveloppe Marie-Thérèse, la vielle femme de tout à l’heure dans son cercueil. Un froid définitif que ni le thé, ni les couvertures, ni les bonnets de laine ne parviendront jamais à réchauffer.

Chapitre 20 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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