Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Saint Georges par Delacroix

Poster un commentaire

Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

21. Saint Georges ou la clarté du ciel, huile sur toile 0,46 x 0,55 m, Eugène Delacroix (Charenton 1798-Paris 1863), émission diffusée le 21 janvier 2009
Saint Georges par Delacroix

Saint Georges par Delacroix

Les représentations de saint Georges me fascinent par le paradoxe qu’elles soulèvent. Elles célèbrent de façon
allégorique le triomphe de la lumière sur les ténèbres : le cheval est généralement blanc, symbole de pureté, et s’oppose aux forces obscures figurées par le dragon, une grotte sombre, les entrailles d’une terre déchirée. Un soldat cuirassé au visage très fin, parfois féminin, transperce avec force et conviction un terrible dragon écumant.

Dans ce tableau d’Eugène Delacroix, le traitement se révèle un peu différent. Le cheval n’est pas blanc mais plutôt orangé et participe au combat avec un air furieux, une vivacité terrifiée. Réfugiée sur les rochers au bord de la scène, une femme captive vêtue de couleurs lumineuses, attend sa délivrance. Tout résonne et s’entremêle, serpente et se tord, des courbes du cheval à celles du dragon, du rythme rapide des flots aux vêtements qui virevoltent, s’enroulent ou se déroulent autour des corps. À la terre morne et aux rochers imposants, aux flots sombres d’où émerge le dragon, répond heureusement la clarté du ciel. À la transpiration et à l’effroi riposte la paix d’un matin. À la force du bras de saint Georges brandissant la lance répond la posture de la captive. Une main conduit le combat, tandis que l’autre, fermement serrée, tient les brides du cheval.

Cette scène, comme la plupart des représentations de saint Georges, ne raconte pas seulement la légende d’un saint improbable, formulée dans une infinie variation de versions toutes aussi extravagantes les unes que les autres. Elle raconte la vie de chacun, l’opposition des forces qui nous animent : l’envie de clarté et la pesanteur, les rêves et les cauchemars, les gestes légers et les obsessions, les matins et les nuits, les certitudes et les trahisons, l’écume et les courbes. Tout serpente, s’enroule et se déroule, tout va de la terre au ciel et revient à la terre. Notre monture reste à jamais un peu sauvage et indomptée comme le cheval de saint Georges. Nos gestes se répètent, s’épuisent et se lassent. Nos mains s’agitent et cherchent dans la nuit. Elles hésitent, combattent, caressent, s’acharnent ou tiennent fermement la bride. L’obscur dragon est là, tapi à nos pieds, prêt à surgir. Et toujours en nous demeure l’espoir d’entrevoir la clarté du ciel.

Chapitre 21 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

Publicités

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s