Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Giotto et Cimabue

2 Commentaires

Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

22. Ça alors ! L’Enfance de Giotto, huile sur toile 0,82 x 0,66 m, Pierre-Henri Révoil, (Lyon 1776-Paris 1842), émission diffusée le 28 janvier 2009
Cimabue et Giotto par Pierre-Henri Revoil

Cimabue et Giotto par Pierre-Henri Revoil

Depuis toujours, l’œuvre du peintre Cimabue me fascine. Il vit et travaille en Italie à la fin du XIIIe siècle. De son véritable nom, Cenni di Pepo, l’artiste florentin semble un être malchanceux, peu reconnu par l’histoire et pourtant témoin et probablement instigateur d’une nouvelle manière de peindre. On ne sait pas grand-chose de la vie de Cimabue, si ce n’est le fil conducteur de l’infortune et sa réputation de mauvais caractère. Très peu d’œuvres sont parvenues jusqu’à nous. Certaines ont été perdues, recouvertes par d’autres peintres ; d’autres ont été détruites par des inondations ou tremblements de terre ou bien les couleurs se sont mal conservées et le blanc de plomb a « viré » au bleu. Surtout, Cimabue a peu marqué la postérité, éclipsé par Giotto, son successeur immédiat.

L’œuvre de Cimabue, tout en délicatesse et en émotion contenue, amorce un tournant décisif, à l’orée du basculement entre deux mondes, à la charnière entre une expression artistique médiévale et les prémices de la Renaissance. On y trouve à la fois l’empreinte de l’iconographie traditionnelle et déjà, l’échappée vers la Renaissance italienne. Devant tant de beauté, de richesse, de sensibilité, on retient son souffle.

Je ne m’attendais pas à trouver au musée de Grenoble un œuvre de Cimabue, car je connais le très maigre catalogue des œuvres rescapées des malheurs : treize au total, toutes en Italie, à part une qui se trouve au Louvre et une autre à New York. Mais quand même, au détour des allées du musée de Grenoble, j’ai rencontré cet homme dans un tableau de Pierre Henri Révoil « peintre-troubadour » (1) du début du XIXe siècle. Ça alors !

L’artiste bien sûr, n’a pas pu rencontrer Cimabue qui vivait plusieurs siècles avant lui. Il l’imagine se promenant dans la campagne toscane et découvrant les talents du jeune Giotto. Le grand maître, malgré son élégant costume orangé à capuche, est figuré avec son visage un peu fermé et austère, presque dur qui le fait surnommer « tête de bœuf ». Pressent-il que le petit berger sensible et touchant, qu’il découvre en train de dessiner son mouton sur un rocher, l’éclipsera un jour ? Qu’importe, l’amour de l’art l’emporte. On devine chez Cimabue de la beauté et de la rudesse, de la sensibilité et de la brusquerie : il est sur ce tableau, exactement tel que je l’ai imaginé !

Et voilà que l’histoire continue dans le vertige des courbes et le foisonnement des rencontres ! Je me retourne et j’entends Caroline, notre guide, m’évoquer un personnage de sa famille, berger tout comme le jeune Giotto et portant le nom de son ancêtre le peintre Pierre Henri Révoil. Ça alors ! Quel tourbillon d’histoires !

(1) Ces « peintres-troubadours » sont des artistes qui se plaisent, avec une certaine nostalgie à décrire des événements anecdotiques mais essentiels au destin de personnages du Moyen Âge et de la Renaissance. Pierre Henri Révoil, homme très érudit et perfectionniste, se constitue une collection personnelle de gravures de costumes, d’armes finement travaillées en orfèvrerie et d’objets liturgiques. Il les utilise comme modèles pour ses tableaux. Une partie de ces objets sont aujourd’hui conservés au Louvre.

Chapitre 22 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

Article du 4 août 2015

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

2 réflexions sur “Giotto et Cimabue

  1. Bonjour Madame, merci de votre intéressant article, si vous repassez par Grenoble, n’hésitez pas à visiter notre show room pour vous présenter notre version de Giotto et Cimabue : http://www.proantic.com/display.php?mode=obj&id=208447&stat=no

    Bien à vous, Benoit Geisler

  2. Pingback: La « chaîne d’or » (l’émission du 6 novembre) | Elisabeth Lamour

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