Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

L’Adoration des bergers par Zurbaran

Poster un commentaire

Pendant l’été 2015, je propose de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère. Plusieurs fois par semaine, nous partirons pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau. Et pourquoi pas retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux.

25. Toutes les forces du monde, L’Adoration des bergers, huile sur toile 2,67 x 1,85 m, Francisco de Zurbaran, (Fuente de Cantos 1598-Madrid 1664), émission diffusée le 18 février 2009
L'adoration des bergers par Zurbaran, Musée de Grenoble

L’Adoration des bergers par Zurbaran, musée de Grenoble

L’Adoration des bergers est le deuxième tableau de Francisco de Zurbaran présenté au musée. La composition est typique du style « ténébrisme ». Les personnages sont groupés à l’avant d’une scène sans beaucoup de profondeur. Elle semble constituée de deux étages séparés par un décor sombre, inquiétant, presque noir, avec toujours, des masses imposantes et des colonnes. Les anges sont présents partout, sur terre comme au Ciel, se réjouissent et assurent le lien entre le haut et le bas.

En regardant cette toile, l’attention peut  se disperser, car de tous les côtés surgissent des détails insolites : un panier rempli d’œufs, une jatte, un mouton attaché par les pattes, une petite paysanne peut-être un peu simplette, une personne qui en interpelle une autre à l’arrière gauche, le silhouette d’un bœuf, les anges qui s’agitent, celui qui joue de la harpe et ressemble à Gabriel et l’autre qui joue de la mandoline, celui qui montre la partition à ses compères joufflus et les autres qui essayent de ne pas chanter faux…

De cette pagaille un peu bruyante émerge l’enfant Jésus, couché sur un drap très blanc, presque éblouissant, posé sur des épis de blé.

Chaque fois que je scrute ce tableau, mon regard se déplace en diagonale, attiré par Joseph qui recentre la scène. Il est représenté beaucoup plus jeune que d’habitude. Ses grosses mains de charpentier croisées sur sa poitrine serrent machinalement son torse par-dessus sa robe et son manteau rugueux, comme s’il était envahi d’un trouble immense. Il ne sait que faire de ces grosses mains habituées à frotter le bois et qui n’ont même pas touché Marie. On sent l’émotion et la simplicité d’un homme bon. Pas un grumeau d’aigreur ni de colère dans la pâte de cet homme là ! Ni chagrin, ni rancunier ; il est très beau, un peu courbé, les lèvres entrouvertes, le grand front pâle dégagé. Il ne dira sûrement rien car il a peur de prononcer des mots maladroits, mais il est émerveillé et en frissonne.

Marie apparaît plus paisible, plus sereine : elle a ces gestes simples et naturels de mère, comme si cette nativité était une évidence. Mais lui, Joseph, réalise d’un seul coup l’ampleur de la tâche. Il serre contre lui ses mains comme pour rassembler en lui toutes les forces du monde : la force d’accepter l’impossible, la force d’élever un enfant, la force d’oser montrer sa tendresse, la force de retenir sa tendresse, la force d’accepter d’être dépossédé, de n’être rien, et d’être tout…

Chapitre 25 du livre Décalage horaire (disponible sur demande, pas de frais de port).

Publicités

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s