Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Dernier chapitre de « Décalage horaire »

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Pendant l’été 2015, j’ai proposé de redécouvrir l’émission « Décalage horaire » diffusée en 2008-2009 sur RCF Isère (le livre Décalage horaire est disponible sur demande, sans frais de port). Plusieurs fois par semaine, nous sommes partis pour une promenade au musée de Grenoble, « déambulation poétique » autour d’un tableau, pour donner envie de retourner au musée « à la fraîche », amener les enfants, les amis, rêver puis regarder autrement certains tableaux. Voici le dernier chapitre (émission diffusée le 24 juin 2009).

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Bords de Loire, juillet 2015

« La rencontre avec le musée de Grenoble s’inscrit dans une suite, une continuité, un ancrage dans une histoire déjà ancienne. Très jeune, j’ai aimé la peinture et arpenté les musées, utilisant toujours la même « méthode » : un premier balayage rapide, presque au pas de course, un tour d’horizon juste le temps d’une impression. Puis un temps infini passé devant quelques œuvres élues, une inlassable attente à n’attendre rien. Surprendre les effluves et héberger les silences. Regarder, puis s’égarer, se tenir là et entendre la vie couler. Et toujours l’envie ou l’espoir d’y revenir et d’y revenir encore. À peine sortie de l’adolescence, j’avais déjà constitué une belle collection de cartes postales, récoltées au Louvre, dans divers musées de province et surtout en Italie, à Naples et à Rome. Je les collais alors soigneusement sur des fiches en carton et j’écrivais leur titre ainsi que le nom de l’artiste avec une plume, un porte-plume de bois rouge et une encre violette. Je choisissais les reproductions des œuvres qui s’imposaient à moi pour leur ambiance générale

ou pour un infime détail. Ceux qui me troublaient le plus étaient les visages aux regards expressifs sur lesquels la lumière jouait jusqu’à faire pressentir le trouble de l’âme (1). Je porte encore chacun de ces tableaux dans mon cœur. Ils n’ont jamais cessé de m’accompagner.

Puis j’ai arpenté le musée de Grenoble, l’ancien, place de la Préfecture. Il livrait déjà une grande partie des tableaux d’aujourd’hui et sentait bon le bois ciré et la vieille bibliothèque. J’ai continué mes pas quand le musée s’est déplacé dans la ville pour se rapprocher du fleuve qui coule en gris et charrie la boue et le bois. J’ai repris mon « voyage en douce » (2), mon vagabondage heureux. Je savoure dans des escapades hors du temps le goût d’un petit espacement, le léger décalage qui donne la conviction d’être en vie. Je m’absente du flot, branchage en suspension dans le remous et le temps me devient plus doux, par la grâce du contre-courant.

Les fiches de carton sont encore dans mon bureau. Depuis longtemps, je me suis contentée de réunir de nouvelles cartes postales venues des musées de pays du Nord, en particulier ceux de Finlande. Je n’ai pas pris le temps de les coller ni de recopier les intitulés au porte-plume. Mais tous ces trésors sont réunis dans une pochette d’épais carton noir, avec une étiquette collée sur la couverture. J’y ai écrit sans hésitation le titre, il y a plus de trente ans, et il se résume en un seul mot orthographié au singulier : « musée ». »

(1) Pierre et Jean courant au sépulcre le matin de la Résurrection, Eugène Burnand, (Moudon 1850-Paris 1921).

(2) Titre d’un film de Michel Deville en 1979.

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Auteur : elisabethlamour

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