Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le proplasme, « se souvenir de la terre »

« Se souvenir de la terre »

Le proplasme (l’ « avant » de la création) est la couleur qui recouvre tout ce qui est crée, tout ce qui est vivant d’une certaine façon : la peau des personnages, de tous les personnages, saints ou anonymes, mais aussi les animaux, les montagnes et les plaines, les arbres, les fleurs, la mer et les rivières.

« Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol ». (Gn 2,7). L’homme adâm est tiré du sol adâmâ dont dépend sa vie.

Cela a plusieurs significations très profondes.

La première est qu’il n’y a pas d’un côté l’humain et de l’autre les animaux et peut-être encore plus loin la nature. Nous sommes la nature. Et quand nous prenons soin de la nature, quand nous entrons en communication avec les animaux, c’est avec nous-mêmes que nous nous relions.

Le mélange varie d’une époque à l’autre, d’une école à l’autre. On parle du sankir en Russie. La tonalité tire vers le brun vert sombre pour les icônes de l’Ecole de Pskov ; elle est plus lumineuse pour celles de l’Ecole de Moscou, marron pour les icônes grecques ou celles de l’Ecole de Novgorod, velouté pour les icônes italo-crétoises.

Notre mélange : une dominante d'ocre jaune, un peu de terre verte et de noir et l'oeuf, à la fois liant et principe de vie...

Notre mélange : une dominante d’ocre jaune, un peu de terre verte et de noir et l’oeuf, à la fois liant et principe de vie…

Nous avons opté pour garder le sens symbolique très fort du mélange d’ocre jaune et de noir, en y ajoutant un peu de terre verte (3 ocre jaune, ½ terre verte, ½ noir).

Kandinsky a si bien parlé du jaune, la couleur de lumière, la seule qui ne peut pas s’assombrir sans changer de nature : c’est la couleur du fond, celle de la lumière incréé. Un peu de noir, et voilà la lumière qui s’éteint ! L’ocre jaune a cette particularité : être à la fois une couleur de terre (par sa nature) et une couleur de lumière (par sa tonalité).

Aussi notre mélange exprime la symbolique de la création. De la terre, de la lumière, et aussi une part d’ombre qu’il nous appartient d’éclairer, attirés que nous devrions être par cette ressemblance qui nous aspire vers les hauteurs.

La couleur obtenue est sombre, uniforme (un peu dorée aussi si on regarde bien !). C’est le terreau commun de l’humanité, l’origine, les entrailles, la terre-mère de l’automne. Nous sommes un avec tous : il n’y a pas d’un côté les artistes, de l’autre les puissants, les migrants ou les fous…mais une  seule humanité couleur proplasme qui se souvient de la terre de ses origines. Une seule humanité qui devrait regarder vers la lumière et se souvenir de la terre, avec humilité (du mot humilitas dérivé de humus, signifiant terre)…

Une première couche a été posées : or pour les auréoles, proplasme pour les visages, les mains, la mer...

Une première couche a été posée : or pour les auréoles, proplasme pour les visages, les mains, la mer…

Et voilà comment répondre à l’éternelle question : pourquoi les visages des icônes sont-ils sombres ? Il sont sombres par ce que c’est beau de penser que nous ne sommes qu’un. Ils sont sombres parce que c’est beau de penser qu’on peut aller vers davantage de lumière. Ils sont sombres pour donner sens à ce travail spécifique que nous allons réaliser : aller vers la lumière, sortir des ténèbres, ne pas faire d’ombre, ne pas regarder l’ombre. Tourner notre regard vers le ciel et éclairer avec notre pinceau ces visages sur la planche en espérant un peu plus de lumière pour le monde.

PS : J’ai présenté ici le point où nous en sommes aujourd’hui dans notre atelier, de nos recherches et de nos confrontations, de nos rencontres avec d’autres. En approfondissant ce thème, je me suis rendu compte, encore une fois, de l’incroyable diversité des affirmations à ce sujet.

Pour aller plus loin, on peut lire le chapitre 2-5 de « Un moineau dans la poche » (« Soyez l’étamine ») cliquer ici


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Saint Séraphim de Sarov

Saint Séraphim de Sarov, 21x24cm, sur planche de tilleul creusée, 2015

Saint Séraphim de Sarov, 21x24cm, sur planche de tilleul creusée, 2015

Saint Séraphim est un des saints russes les plus connus et les plus populaires, non seulement pour les orthodoxes (fête le 2 janvier) mais aussi pour beaucoup de personnes d’autres confessions.

Né en 1759 à Koursk, en Russie, dans une famille aisée, il entre à dix-neuf ans au monastère de Sarov. Ordonné prêtre en 1793, il reçoit le nom de Séraphim, qui signifie flamboyant.

Dès l’année suivante, Séraphim part vivre en ermite dans la forêt, à proximité du monastère. Il y passe vingt cinq années durant lesquelles il mène une vie très ascétique, coupant ses arbres, dormant très peu, vivant de cueillette et « conversant » avec les animaux, tout rayonnant et joyeux.

Un jour, il est agressé par des bandits à qui il donne son seul bien, sa cognée, refusant de l’utiliser pour se défendre. Mais, violement frappé, il en reste courbé toute sa vie, ainsi qu’on le représente bien souvent sur les icônes.

Il connait ensuite de graves difficultés avec un supérieur jaloux. A partir de 1825, sa réputation de père spirituel se répand. On vient de partout au monastère pour se confier à lui. Le monastère ne désemplit pas. Saint Séraphim touche les cœurs par sa simplicité, son humilité et sa joie rayonnante recevant chacun  par ces mots : « Bonjour, ma joie », et encore « Christ est ressuscité ! ». On raconte que même son regard console. Les visiteurs se pressent par centaines pour demander conseil, apaisement et réconfort et découvrent un vieillard « tout blanc, tout ratatiné, tout sec, aux yeux bleus » au sourire « incompréhensiblement radieux ».

Habité par le don d’empathie et même de vision prophétique, il dit souvent : « je sais, je sais », avant même que les personnes n’aient raconté leur histoire ou formulé leur demande.

Il livre son message spirituel dans ses entretiens avec le laïc Motovilov: « Si tu gardes la paix du cœur, beaucoup autour de toi trouveront la paix. »

Un matin d’hiver de 1833, il est trouvé mort, à genoux contre son lit devant une icône de la Mère de Dieu de Tendresse. Dans les derniers temps, il disait à ses visiteurs : « Si vous avez encore besoin de moi, quand je ne serai plus là, venez sur ma tombe me raconter vos misères, je vous aiderai ». Et on dit qu’il l’a fait… et le fait encore !


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Les journées du patrimoine à la chapelle Saint-Hippolyte

Une belle promenade à la chapelle Saint-Hippolyte des Angonnes

Une belle promenade à la chapelle Saint-Hippolyte des Angonnes

A l’occasion des journées du patrimoine, j’ai le plaisir de vous inviter à la chapelle Saint-Hippolyte des Angonnes.

Un des fleurons du patrimoine de la région, la chapelle est située sur un côteau magnifique. C’est l’occasion d’une belle promenade dans l’été qui finit, avec de jolies vues sur la campagne et les montagnes environnantes.

L’architecture et le mobilier classé de la chapelle (quelques pièces très rares et remarquables) témoignent de l’histoire d’une paroisse rurale des XVIIème et XVIIIème siècles.

atelier d'icônes

Une visite commentée de la chapelle sera proposée toutes les heures et j’exposerai également une trentaine d’icônes, au fond de ce bel écrin.

 

 

img398 - copieBien sûr, toute une gamme de possibilités de découvertes est proposée lors de ces journées du patrimoine. La Route des Savoir-Faire en sud grenoblois y participe. Détail du programme en cliquant ici ou sur la page FB de la route ici

Samedi 19 et dimanche 20 de 14 à 18h, Route des Angonnes (RD 112) entre Tavernolles et Herbeysjournées du patrimoine


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Les stages de l’atelier d’icônes au monastère de Chalais

Le monastère

septembre 2014, petit matin

« Au coeur du Parc régional de Chartreuse, dominant à 950m d’altitude la vallée de l’Isère, Notre-Dame de Chalais dresse sa belle église romane construite à partir de 1101 par les moines de Chalais.

Témoin d’une histoire comparable à celle de Citeaux, l’abbaye devient successivement berceau de l’Ordre de Chalais, puis prieuré de la Grande Chartreuse.Vendue à la Révolution, elle est rachetée en 1844 par le père Lacordaire qui ouvre le premier noviciat de l’ordre dominicain en France.

octobre 2011

octobre 2011

En 1962, les moniales dominicaines refondent le monastère, puis elles restaurent l’église et créent une biscuiterie.

A Chalais, la beauté des paysages et la présence d’une nature préservée favorisent la vie spirituelle (…)

« Extrait du dépliant « Chalais, un monastère à découvrir, une histoire à partager »

Les stages à Chalais

contempler...

contempler…

L’esprit des ateliers d’icônes à Chalais n’est pas tellement technique (pas d’enseignement « transversal »). La plupart des élèves terminent l’année scolaire la tête pleine de projets. Et puis nous nous séparons pendant les vacances et chacun est happé par ses préoccupations et obligations, par la vie, quoi ! Quand nous nous retrouvons, la plupart des élèves me disent en tout premier «  je n’ai pas pu travailler mon icône » ! Eh bien voilà cette proposition de stage de l’atelier d’icônes au monastère de Chalais pour aider à « nous remettre dans le bain » de la contemplation, du silence et tout simplement peindre au rythme des offices et de la beauté.

Comment cela a-t-il commencé ?

soeur Thérèse termine son icône

A la demande de la communauté de Chalais, notre atelier à accompagné sœur Isabelle pendant quelques années (elle vit actuellement dans une autre communauté près de Vancouver). A la même période, j’ai été invitée par « les amis de Chalais » à proposer une conférence sur l’icône et le regard.

Puis sœur Thérèse s’est initiée avec nous aux icônes avant de repartir dans sa communauté au Kenya. Elle disposait d’une année, aussi, plusieurs d’entre nous ont fait le maximum pour lui faire découvrir diverses facettes de notre pratique, comme la fabrication des planches et la réalisation des enduits .

atelier d'icônes au monastère de ChalaisAinsi, peu à peu, nous avons programmé des stages au monastère, le plus souvent au début de l’automne et à la fin du printemps et des liens se sont tissés. Le monastère est devenu pour nous une sorte de respiration, un lieu dans lequel on se sent bienvenu, le temps de déposer un peu « tous les soucis du monde »…

Comment se déroule un stage ?

Arrivée, octobre 2012

Arrivée, octobre 2012

L’arrivée se fait l’après-midi à partir de 15h. Chacun apporte son propre matériel, s’installe, dans la beauté des lieux, me montre son icône en cours ou son projet dont nous discutons avant de prendre nos pinceaux.

17h30, participation aux vêpres, puis temps de peinture en silence.
19h repas, possibilité de faire le point sur son travail, puis complies à 20h45. Ceux qui le souhaitent peuvent encore retrouver leur icône, dans le silence de la nuit tombée. Nous dormons dans de petites chambres pour 1 ou 2 personnes, dans le calme.
8h, participation aux laudes pour ceux qui le souhaitent puis petit déjeuner

travail solitaire, la nuit

travail solitaire, la nuit

11h30, c’est la messe, suivie du repas. Si possible, ceux qui le souhaitent font une petite promenade et au moins, nous admirons ce petit coin de montagne.
Nous retournons passer l’après-midi avec nos icônes, jusqu’aux vêpres qui bouclent notre petit stage.

Participation demandée à la vaisselle, mise en place des tables etc

atelier d'icônes au monastère de ChalaisPour de plus amples renseignements sur le monastère : http://www.chalais.fr
pour les stages de l’atelier d’icônes, consulter les rubriques cours et contact de ce site.


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La Vierge de Iaroslav

Ce modèle se rattache au type « Vierge de Tendresse » (Eleousa) dont on retrouve une très grande partie des caractéristiques – fête le 8 juin –

Vierge de Iaroslav, école de Moscou, 15ème siècle

Vierge de Iaroslav, école de Moscou, 15ème siècle

Selon la légende, l’icône aurait été apportée à Iarolslav au XIIIème siècle par les deux frères et princes Vassili et Constantin (canonisés plus tard). Plusieurs copies existent, comme cette réplique de la galerie Trétiakov datant de la fin du XVème siècle.

Le visage de la Mère de Dieu est allongé. Les gestes témoignent d’une grande délicatesse. L’Enfant est porté sur le côté gauche dans une posture très verticale. Les deux mains de Marie semblent alignées sur le même axe. Sa main droite retient l’Enfant, conférant un grand équilibre à l’ensemble. Elle semble ébaucher de la main gauche le geste de la Vierge « Hodighitria ». L’Enfant pose sa main droite sur la joue de sa Mère, tout en la regardant, tandis que de l’autre, il donne l’impression de s’accrocher à son manteau comme à une bouée de sauvetage. Les deux jambes de l’Enfant tombent droit, en contraste avec le mouvement tortueux des replis du vêtement.

Détail de l'icône (13x16cm), auréole en or,

Vierge de Iaroslav, Détail de l’icône (13x16cm), auréole en or, « pour Camille »

Quelque chose de calme et de tourmenté à la fois se dégage de l’icône. La première impression éprouvée est celle d’une grande sérénité liée à cette dominante de la verticalité, mais quelques détails viennent bouleverser les apparences, nous remuent et nous troublent.

A retrouver dans « Le regard de Marie dans l’icône » présenté  à la rubrique « publications » de ce site.