Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Kuzma Petrov-Vodkine (émission du 2 novembre)

Mère deDieu de Tendresse, K P-Vodkin, 1914-15

Mère de Dieu de Tendresse, K P-Vodkine, 1914-15

Et nous revoilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 environ). Après trois années passées avec le bleu, à décliner toutes les nuances et les résonances de la couleur, nous nous sommes attardés, sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Lors de l’émission du 2 novembre, nous terminerons le tour d’horizon consacré au rouge dans la peinture russe avec l’artiste Kouzma Petrov-Vodkine qui vit, lui aussi, au tournant entre le XIXe et le XXe siècle. Il peint la plupart de ses œuvres entre le début de la Première Guerre mondiale et la Révolution russe à laquelle il semble adhérer, prenant les années suivantes des responsabilités politiques.

L’œuvre de Vodkine est très marquée par l’iconographie et par la couleur rouge, qui apparaît dans nombre de ses tableaux, comme surface dominante, et s’impose. Je pense à sa Mère de Dieu de Tendresse (1914/15), sa Tête de jeune (1915) ou bien même à ces portraits de paysannes comme celui qu’il intitule Mère (1915). Ces femmes, assises, au repos, en intérieur comme en extérieur, allaitent leur enfant et nous regardent avec intensité ; elles portent une jupe longue rouge et parfois un foulard rouge : le jeu des regards, la posture sont ceux de l’icône, mais s’y superpose quelques chose de plus narratif. Dans ses tableaux, apparaît quelquefois ce fameux beau coin, krasni, le coin des icônes : c’est particulièrement évident dans Vassia, un portrait de jeune garçon.

Une autre série de tableaux est dominée par le rouge, celui des corps cette fois. Des tableaux appelés Garçons (1911), Destruction (1914), Adolescence, nous rappellent l’expressionisme allemand. Ils montrent des corps nus, presque rouges, de jeunes gens fuyant ou combattant devant un paysage figuratif ou abstrait, plutôt serein, traité dans des tonalités de bleu et vert. On pense au combat de Jacob avec l’ange ou à quelque représentation antique. À chaque fois, beaucoup de trouble, une inquiétude, une intensité, une effervescence émanent du tableau !

Enfin, Petrov-Vodkine décline toute une série de chevaux rouges bondissants. Ils semblent répondre à La Charge de la cavalerie rouge de Malevitch. Des jeunes gens, nus ou habillés, chevauchent des montures rouges. Les tableaux s’intitulent Cheval rouge au bain (1912), Guerrier assoiffé ou encore Fantaisie (1925). J’y vois bien sûr un lien avec Le Cavalier rouge de l’Apocalypse : ce sera le sujet de la semaine prochaine…

Article du 2 novembre 2015

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Malevitch et le carré rouge (émission du 26 octobre)

Malévitch, carré rouge sur fond blanc

Malévitch, Carré rouge sur fond blanc

Et nous revoilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 environ). Après trois années passées avec le bleu, à décliner toutes les nuances et les résonances de la couleur, nous nous sommes attardés, sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Lors de l’émission du 26 octobre, nous évoquerons Kasimir Malevitch, un des premiers peintres abstraits en Russie dans les années bouleversées du début du XXe siècle. Il expérimente toute une série d’œuvres géométriques et très simples, comme le fameux Carré rouge sur fond blanc.

Cette peinture date de 1915, c’est-à-dire qu’elle se place dans un contexte social en pleine ébullition, entre le début de la Première Guerre mondiale, les insurrections populaires, la contestation d’un régime qui semblait stable. L’œuvre, anodine en apparence, traduit tout cela.

À première vue, un carré rouge semble surgir d’un fond blanc. Mais rien n’est si simple. Le carré n’est pas vraiment un carré et les angles semblent fuir, donnant à la figure prétendue calme et symétrique, une certaine agressivité, une instabilité, l’impatience d’un mouvement brutal.

Quant à la surface rouge, elle n’est pas non plus uniforme et paisible : c’est une étendue de matière vibrante, instable, imprévisible. D’ailleurs ce carré est-il rouge ou est-il beau ? Rappelons-nous la proximité entre la notion de beau et de rouge par le mot russe krasni.

Et voilà comment une peinture anodine en apparence traduit tout un état d’âme, celui d’un homme et aussi celui d’une société. Le rouge concentre dans ce tableau les connotations déjà évoquées, la fois un manifeste politique annonciateur des bouleversements et la densité, l’intensité, l’âme d’un peuple.

Malevitch utilise le rouge avec toujours la même force déroutante, à la fois marquée de puissance et de sang. Une de ses premières œuvres –elle date de 1906 – influencée par Monet, s’appelait Toit rouge. Son Autoportrait vers 1910 montre en arrière-plan des corps rouges, mouvants, un peu inquiétants. Vers 1930, c’est La Charge de la cavalerie rouge, un tableau ambigu aux nombreuses lectures possibles, qui intervient juste avant sa disgrâce. En 1932, son tableau Maison rouge, une maison aux murs aveugles, correspond aux années de désillusion, d’emprisonnement et de torture. Dans son dernier Autoportrait, en 1933, Malevitch retrouve le style de la renaissance florentine et le rouge n’est plus à l’arrière plan mais la couleur principale de son vêtement.

Vraiment, on pourrait consacrer un livre entier à l’utilisation du rouge chez Kasimir Malevitch !

Article du 26 octobre 2015


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Kandinsky, si près du rouge (émission du 19 octobre)

pigments

Pigments

Et nous revoilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 environ) . Après trois années passées avec le bleu, à décliner toutes les nuances et les résonances de la couleur, nous nous sommes attardés, sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Pour la dernière fois, nous évoquerons les réflexions de Kandinsky, tirées de son ouvrage Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier. Il y décrit deux voisines immédiates du rouge : le violet et l’orangé, couleurs qui peuvent être obtenues en transformant le rouge, par adjonction de jaune pour l’une et de bleu pour l’autre. Cette fois encore, Kandinsky va chercher dans les couleurs les impressions qu’elles lui inspirent, créant de nombreuses analogies avec la musique et le son des instruments.

« Le rouge chaud, élevé par l’addition de jaune, auquel il est apparenté, donne l’orangé. Du fait de ce mélange, le mouvement en soi du rouge originel devient un mouvement d’irradiation et d’expansion sur l’entourage. Cependant le rouge, qui joue un grand rôle dans l’orangé, y ajoute une note de sérieux. Il ressemble à un homme sûr de ses forces et donne en conséquence une impression de santé. Il sonne comme une cloche de ton moyen qui appelle à l’Angélus, comme une puissante voix de contralto ou comme un alto jouant largo.

De même que l’orangé naît d’un rapprochement du rouge vers l’homme, le violet procède d’un recul du rouge provoqué par le bleu ; il a tendance à s’éloigner de l’homme. Le rouge fondamental doit cependant être froid, la chaleur du rouge ne s’alliant pas à la froideur du bleu (par aucun procédé), ce qui se vérifie également dans le domaine du spirituel.

Le violet est donc un rouge refroidi au sens physique et au sens psychique. Il a, par suite, quelque chose de maladif, d’éteint (…) de triste. Ce n’est pas pour rien qu’on le considère comme convenant aux vêtements des vielles femmes. Les chinois l’emploient comme couleur du deuil. Il a les vibrations sourdes du cor anglais, du chalumeau et correspond dans les tonalités profondes aux basses des instruments de bois (comme le basson).

Ces deux dernières couleurs, qui résultent du mélange du rouge avec du jaune ou avec du bleu, sont d’un équilibre précaire. Au cours du mélange des couleurs on peut observer leur tendance à perdre l’équilibre. On finit par avoir l’impression d’un danseur de corde qui doit en permanence faire attention et compenser des deux côtés. Où commence l’orangé et où finissent le jaune et le rouge ? Où est la limite du violet qui le sépare nettement du rouge et du bleu ? »

Voilà de très intéressantes questions ; à nous d’explorer ces fragiles équilibres en expérimentant sur nos palettes les mélanges, quelquefois stables, parfois fuyants, se décomposant même. Remuer les couleurs au bout du pinceau… penser à la musique et au danseur sur sa corde !

Article du 19 octobre 2015


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Les étoiles de Marie

étoile MarieLes étoiles qui brillent dans la nuit, le repère des marins, celle qui guide les bergers… Quel beau symbole représente l’étoile. Dans les icônes, elles désignent Marie qui en porte trois : une sur le bonnet (maphorion) et une sur chaque épaule. Selon la posture, on en remarque une seule, ou deux. Cette caractéristique unique permet de distinguer Marie d’autres femmes dans les scènes avec plusieurs personnages.

Voûte du Mausolée de Galla Placidia

Voûte du Mausolée de Galla Placidia

Les étoiles sont le symbole du luminaire, une source discrète de lumière. Posées sur une voûte, elles renvoient à la voûte céleste (bien sûr, je pense à la voûte du Mausolée de Galla Placidia à Ravenne). Elles percent l’obscurité et sont comme des phares projetées sur la nuit. Pour l’Ancien Testament et le judaïsme, les étoiles obéissent aux volontés divines et parfois les annoncent. La Genèse, les Psaumes et l’Apocalypse s’y réfèrent. Ainsi, la femme de l’apocalypse au chapitre 12 est couronnée d’étoiles.

C’est aussi un symbole très ancien attribué à Marie et représentant sa virginité avant, pendant, et après la naissance.

L’idée est que Marie ayant été déclarée « Mère de Dieu » au concile d’Ephèse (431), la naissance de l’Enfant-Dieu répond à quelque chose d’incompréhensible. Je ne vais pas, bien sûr, argumenter… sauf que, j’aime bien cette approche très spéciale du christianisme, celle de l’antinomie qui proclame qu’on peut être à la fois, « Vierge et mère ». Comment ? Nul ne le sait, mais cela repose de ne pas toujours opposer !

Etoile MarieAlors quelle est cette histoire d’étoiles ? Déjà saint Ignace d’Antioche, saint Justin au IIe siècle, puis saint Irénée au début du IIIe siècle mettent l’accent sur la conception virginale (ante partum) de l’Enfant-Dieu.

Le proto évangile de Jacques (probablement IIe siècle) est le premier document à affirmer la virginité in partu. Parfois mise en cause (Tertullien et aussi saint Jérôme), saint Ambroise de Milan lui donne un fondement théologique affirmant que cette naissance « divino-humaine » tout en étant terrestre, dépasse les lois de la naissance terrestre.

Aux IVe et Ve siècles, la virginité post partum est défendue par Origène, saint Jérôme ou saint Ambroise de Milan… Les polémiques s’orientent sur les « frères de Jésus ». Sont-ils, par exemple, comme le soutient saint Épiphane de Chypre, les enfants du premier mariage de Joseph ?

Etoile MarieNe rentrons pas dans les détails. Après le dogme de la maternité divine, celui de la « virginité perpétuelle » de Marie est affirmé pour la première fois par les actes du Ve concile œcuménique (Constantinople II en 553) incluant le terme d’Aeiparthenos (la « toujours Vierge») utilisé par la Liturgie.

Regardons tout simplement ces étoiles posées sur Marie comme un signe de reconnaissance, une petite lumière qui scintille, un guide dans l’obscurité, un mystère qui traverse le temps.


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Kandinsky, du rouge carmin à la voix virtuose (émission du 12 octobre)

Et nous revoilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 environ) . Après trois années passées avec le bleu, à décliner toutes les nuances et les résonances de la couleur, nous nous sommes attardés, sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force.
L’année dernière, nous nous étions penchés sur les réflexions de Kandinsky à propos des rouges « chauds » dans son ouvrage publié en 1911 : Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier. Continuons avec les rouges froids et en particulier le carmin, cette couleur aux nuances infinies, obtenue à partir d’insectes parasites : le kermès et la cochenille (cliquer ici pour les émissions de l’an dernier sur la couleur carmin).
pigment carmin naccarat, rouge cochenille authentique (K42100)

Pigment carmin naccarat, rouge cochenille authentique (K42100)

Écoutons le maître : « Comme chaque couleur fondamentalement froide, le rouge froid (comme le carmin) peut être approfondi (en particulier par ombrage). Son caractère s’en trouve sensiblement modifié : l’impression d’incandescence profonde croît, mais l’élément actif disparaît peu à peu totalement ». Pour Kandinsky, un rouge comme le carmin, une fois ombragé, ressemblerait – voici ses mots – à « une nouvelle incandescence, énergique, comme quelque chose qui ne se serait pas retirée, mais mise à l’affût et cachant en soi la possibilité de bondir furieusement ». Il parle aussi de pressentiment, d’attente, et qualifie à plusieurs reprises cette couleur de « corporelle », à la différence du bleu, qui serait une couleur plus spirituelle.

On pense alors à l’adjectif colorature qui qualifie une voix virtuose, particulièrement souple et étendue, apte à réaliser des vocalises complexes dans un répertoire richement orné. Le terme, issu du latin coloratus signifie – nous l’avons déjà évoqué – « coloré », qualificatif assimilé depuis bien longtemps à la couleur rouge.

N’est-ce pas là une sorte d’expression sonore de la tonalité rouge, telle que la décrit Kandinsky qui continue ainsi : un rouge comme le carmin « rappelle l’ampleur des sons moyens et graves du violoncelle porteurs d’un élément passionnel. Le rouge froid lorsqu’il est clair, gagne encore en caractère corporel, mais en corporel pur, sonnant comme une joie jeune et pure, comme une silhouette de jeune fille fraîche et pure. Cette image peut à merveille être exprimée par les sons élevés, clairs et chantants du violon ».

Et vous, entendez-vous chanter la couleur rouge, la fière, l’incandescente, la joyeuse qui bondit, s’élève vers les aigus, et nous entraîne dans son chant et dans sa danse ?

Article du 12 octobre 2015


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L’enfance de Samuel

Prophète Samuel enfant (15x17cm)

Prophète Samuel enfant (15 x 17 cm)

Samuel est un personnage biblique du XIe siècle av. J.-C. Ce prénom signifie « Dieu est son nom » mais est aussi en relation avec le verbe shael, « demander » ce qui marque le lien entre Samuel et Saül (shaoul ). Fête le 20 août.

Samuel est présent dans l’Ancien Testament (Livre de Samuel I et II) comme dans le Coran. Nommé 144 fois dans la Bible, son nom est donné aux deux livres qui conduisent de sa naissance à la fin du règne de David. Samuel est considéré comme le dernier des Juges d’Israël (Ac 13.20) et comme le premier des prophètes.

Attardons-nous sur son enfance. L’histoire se passe à Rama. Anne est l’épouse bien-aimée d’Elqana. Il a une autre épouse qui lui donne plusieurs enfants, mais, comme tant de femmes (de la Bible, mais pas seulement !), le malheur d’Anne est qu’elle n’a pas d’enfant. Pourtant, Elqana se rend chaque année au sanctuaire de Silo et fait tout ce qu’il peut pour consoler Anne : « Anne, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ne manges-tu pas ? Pourquoi as-tu le cœur triste ? Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ? » (1S 1, 8).

Anne supplie tellement le Seigneur que le prêtre, parfois, la croit ivre. Elle promet de donner son fils à Dieu si elle arrive a en avoir un. Et voilà, « Le Seigneur se souvient d’elle » (1S 19) et elle enfante un fils, Samuel.

Le Cantique d’Anne (1 S 2) et ses belles paroles, « J’ai le cœur joyeux et le front haut grâce au Seigneur », inspirera le Magnificat de Marie. Le parallèle entre l’enfance de Samuel et celle du Christ telle que Luc l’a dépeint, comporte de nombreuses ressemblances. Le chant d’Anne est l’un des premiers psaumes bibliques et résume les actions du Seigneur.

Anne prend le temps de sevrer son enfant puis l’amène au temple de Silo pour le consacrer à Dieu. Elle le confie au prêtre Eli dont les fils sont des « vauriens »  (1S 2, 12). Anne et Elqana ont d’autres enfants : trois fils et deux filles dit la Bible. « Quant au petit Samuel, il grandissait en taille et en beauté devant le Seigneur et devant les hommes » (1 S 2, 26).

La vocation de Samuel apparaît au chapitre 3 du premier Livre. Là, pendant la nuit, à trois reprises Dieu l’appelle et l’enfant pense que c’est Eli qui lui parle « Me voici, puisque tu m’as appelé ». Dieu lui parle et Samuel écoute…

Cet épisode n’est pas très fréquent dans l’art. Il est décrit dans une tapisserie de La Vie de la Vierge (XVIe siècle, cathédrale de Reims). Il est interprété comme une préfiguration de la présentation du Christ au Temple.

Par son écoute et sa disponibilité immédiate, Samuel fait penser à Abraham. « Samuel grandit (…) le Seigneur continua d’apparaître à Silo. Le Seigneur, en effet, se révélait à Samuel (…) » (1 S 3, 21).


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Bleu, rouge et rose (émission du 5 octobre)

Bleu, rouge et rose, Malestroit juillet 2015 ©E.Lamour

Bleu, rouge et rose, Malestroit juillet 2015
©E.Lamour

Et nous revoilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année  sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 environ). Après trois années passées avec le bleu, à décliner toutes les nuances et les résonances de la couleur, nous nous sommes attardés, l’an passé, sur son contraire symbolique : le rouge, couleur ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Pour cette première émission de l’année scolaire, voici un court panorama de notre voyage dans les couleurs.

Nous avons déjà parcouru une partie de l’histoire des pigments rouges, une des premières couleurs, utilisées, appréciées et maîtrisées dans la peinture, comme dans la teinture ou la céramique. Allant de la terre rouge au carmin en passant par la pourpre, la garance, le cinabre et bien d’autres tonalités, comme le bois-brésil, nous avons évoqué le travail des enlumineurs, des peintres d’icônes et des potiers, pour terminer l’année par le rouge dans la peinture russe. Nous avons vu le mot rouge se confondre avec le mot « couleur » au point de ne faire qu’un, en Russie, avec le terme de « beauté ».

Il suffit de penser à l’étymologie pour s’en convaincre. Le mot latin coloratus, qui signifie « coloré », a très vite été assimilé à « foncé », puis à rouge. Par extension, le mot colorado en espagnol signifie « de couleur rouge ». C’est pourquoi il a été utilisé dans des contrées de terres et de rivières rouges, pour donner son nom à un fleuve et à un état des États-Unis : le Colorado. On utilise d’ailleurs le même terme pour toutes ces régions qui présentent d’abruptes et somptueuses parois rouges dont on tire une partie de nos pigments naturels, je pense au Colorado provençal. Par extension encore, le terme coloratur s’applique à la voix, nous l’évoquerons la semaine prochaine.

Nous reprendrons l’année, avec Kandinsky et ses considérations sur les couleurs. Puis nous parlerons des peintres du XXe siècle et de quelques nouveaux thèmes, avant de nous attarder sur une autre couleur, la petite sœur du rouge, je veux parler du rose, la couleur de l’enfance.

Alors, puisque les studios de RCF ont changé de couleur et se déclinent désormais dans diverses nuances de rouge, de rose et d’orangé, souhaitons à tous que nos révoltes et nos souffrances se transforment en ce rouge pétillant de l’enthousiasme et de la « joie qui se partage ».

Programme détaillé : cliquer ici.

Article du 5 octobre 2015