Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Kandinsky, si près du rouge

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pigments

Pigments

Pour la dernière fois, nous évoquerons les réflexions de Kandinsky, tirées de son ouvrage Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier. Il y décrit deux voisines immédiates du rouge : le violet et l’orangé, couleurs qui peuvent être obtenues en transformant le rouge, par adjonction de jaune pour l’une et de bleu pour l’autre. Cette fois encore, Kandinsky va chercher dans les couleurs les impressions qu’elles lui inspirent, créant de nombreuses analogies avec la musique et le son des instruments.

« Le rouge chaud, élevé par l’addition de jaune, auquel il est apparenté, donne l’orangé. Du fait de ce mélange, le mouvement en soi du rouge originel devient un mouvement d’irradiation et d’expansion sur l’entourage. Cependant le rouge, qui joue un grand rôle dans l’orangé, y ajoute une note de sérieux. Il ressemble à un homme sûr de ses forces et donne en conséquence une impression de santé. Il sonne comme une cloche de ton moyen qui appelle à l’Angélus, comme une puissante voix de contralto ou comme un alto jouant largo.

De même que l’orangé naît d’un rapprochement du rouge vers l’homme, le violet procède d’un recul du rouge provoqué par le bleu ; il a tendance à s’éloigner de l’homme. Le rouge fondamental doit cependant être froid, la chaleur du rouge ne s’alliant pas à la froideur du bleu (par aucun procédé), ce qui se vérifie également dans le domaine du spirituel.

Le violet est donc un rouge refroidi au sens physique et au sens psychique. Il a, par suite, quelque chose de maladif, d’éteint (…) de triste. Ce n’est pas pour rien qu’on le considère comme convenant aux vêtements des vielles femmes. Les chinois l’emploient comme couleur du deuil. Il a les vibrations sourdes du cor anglais, du chalumeau et correspond dans les tonalités profondes aux basses des instruments de bois (comme le basson).

Ces deux dernières couleurs, qui résultent du mélange du rouge avec du jaune ou avec du bleu, sont d’un équilibre précaire. Au cours du mélange des couleurs on peut observer leur tendance à perdre l’équilibre. On finit par avoir l’impression d’un danseur de corde qui doit en permanence faire attention et compenser des deux côtés. Où commence l’orangé et où finissent le jaune et le rouge ? Où est la limite du violet qui le sépare nettement du rouge et du bleu ? »

Voilà de très intéressantes questions ; à nous d’explorer ces fragiles équilibres en expérimentant sur nos palettes les mélanges, quelquefois stables, parfois fuyants, se décomposant même. Remuer les couleurs au bout du pinceau… penser à la musique et au danseur sur sa corde !

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 19 octobre 2015

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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