Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Les pigments rouges organiques (l’émission du 30 novembre)

Et nous revoilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10) . Après trois années passées à décliner les nuances du bleu, nous nous sommes attardés sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force.

rouge hélios

Pigment rouge hélios

Nous avons parlé la semaine dernière de l’apparition des rouges de cadmium au XIXe siècle. Le début du XXe est marqué par la commercialisation de pigments organiques qui voient le jour dans les catalogues de marques comme Sennelier, Talens, etc. Je cite ces marques parce qu’elles sont historiques et ont joué un rôle dans l’évolution de la technique en peinture… Ces pigments organiques produisent ce qu’on appelle des « couleurs fines », à la fois vives et transparentes. On trouve dans cette catégorie plusieurs rouges que vous utilisez peut-être dans vos palettes. Je m’attarderai sur quelques-uns seulement, car la liste est longue, et beaucoup d’entre eux ont été délaissés au fil du temps, en raison de leur faiblesse majeure : une piètre résistance à la lumière.

Le rouge Lithol apparaît le premier sous forme de sels de baryum ou de sel de calcium. Comme son nom le suggère, cette couleur est utilisée dans l’imprimerie et la lithographie, surtout outre-Atlantique. En fonction de la composition chimique, il donne des rouges qui tendent plus ou moins vers le bleu. Le rouge para chloré donne des dégradés de belle vivacité et convient pour la fabrication de gouaches, de crayons de couleur et en typographie. Les rouges pour laques C et le Clarion red sont réputés pour leur vivacité. On pourrait encore citer les divers pigments azoïques rouges, les pigments BONA, les rouges naphtols, etc.

Je vais retenir seulement le rouge de toluidine, plus connu sous le nom de rouge hélios ou rouge hélio. Breveté en 1905, il est le pigment organique le plus commercialisé au début du XXe siècle, et le plus connu par les artistes. Il résiste bien mieux à la lumière que ses prédécesseurs et la couleur se nuance en fonction de la taille des particules : aux plus grosses, correspondent des rouges qui tendent vers le bleu. Ce nom de Hélios, personnage de la mythologie grecque assimilé au soleil, renvoie à sa particulière luminosité : voilà un rouge qui éblouit ! On l’utilise encore aujourd’hui dans la composition de certaines gouaches et à l’état de pigment pour la peinture à l’œuf. Il permet d’obtenir de beaux glacis et nuance très bien les bruns. Mais attention, comme le soleil, ces beaux rouges profonds peuvent se voiler avec le temps !


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La Sainte Famille

Icône de la Sainte Famille 2015 (détail)

L’icône de la Sainte Famille est un modèle très apprécié… mais difficile à traiter, un de ceux dans lequel le sentimentalisme, la projection de nos émotions et de nos expériences, nous éloigne facilement de la tradition iconographique et de la justesse de la représentation. Beaucoup de modèles circulent, dans les boutiques et les monastères, d’une Sainte Famille dans laquelle un Joseph protecteur enlace tendrement le cou de Marie. Cette intimité charnelle et la posture dominante de Joseph sont contraires à ce qu’enseigne la théologie.

On peut trouver des compositions satisfaisantes en s’inspirant d’icônes de Fête comme la Présentation du Christ au Temple, icône sur laquelle Joseph porte des colombes.

Ce n’est pas un rêve de famille idéale qui est représenté mais l’écho d’une vie faite de l’acceptation de situations parfois impensables comme celles que chacun des trois personnages va vivre, situations parfois douces, souvent inattendues, parfois insupportables. Un peu comme ce que chacun d’entre nous traverse : le doux, l’inattendu et l’insupportable, et qu’il faut bien porter pour retourner toujours vers la vie.

Pour cette icône à la composition choisie après de longs échanges, j’ai choisi d’insister sur la position centrale du Christ, son geste de bénédiction et aussi sur les regards traités comme ils le sont le plus souvent dans l’icône de la Nativité, des regards qui nous portent, nous supportent et nous encouragent. Marie regarde Joseph, qui regarde l’Enfant, qui lui-même nous regarde : et nous prenons notre place dans l’icône,  avec tout ce qu’il nous faudra inventer de douceur, de bienveillance et de force…

icône de la Sainte Famille, 25 x 30 cm, 2015

« Marie, dans l’icône de la Nativité, est étendue sur un lit d’apparat. Elle est le plus souvent tournée vers Joseph comme pour regarder et réconforter le genre humain. Joseph, lui, est perdu dans ses pensées (…). Joseph est troublé et ne sait que penser de toute cette histoire. Peut-être Marie lui dit-elle avec son regard très doux et profond de ne pas s’inquiéter, de faire confiance. Peut-être lui dit-elle que la vie est là, plus forte que tout, plus forte que le doute et la mort. Marie vient de donner le jour, dans sa chair, à l’enfant Dieu. Mettre au monde un enfant constitue une aventure risquée et merveilleuse, un improbable pari. Chacun expérimente la maternité d’une certaine manière : nous donnons pareillement la vie à chaque fois que nous regardons l’autre, vraiment, comme Marie regarde Joseph. Ce regard crée, dans cette icône encore, une dynamique, un mouvement circulaire. Marie, en portant ce regard là, rend Joseph lui aussi créateur, à ses côtés. » Tiré de Le Regard de Marie dans l’icône, p. 65.

Voir aussi le commentaire du tableau  la Sainte Famille de Vasari.


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Le rouge de cadmium (l’émission du 23 novembre)

mes pigments rouge de cadmium n° 1, 2, 3 et 4 (Kremer)

Mes pigments rouge de cadmium n° 1, 2, 3 et 4 (Kremer)

Et nous revoilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10) . Après trois années passées à décliner les nuances du bleu, nous nous sommes attardés sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Nous avons parlé du rouge de falun la semaine dernière, continuons avec les pigments. Le XIXe siècle est l’époque de l’élaboration d’un certain type de pigments synthétiques qui ont changé le cours de l’histoire de la peinture. La découverte de la gamme des cadmiums, du jaune citron au rouge bordeaux, date de 1816 ; la commercialisation commence en 1830 avec le jaune. Les brevets concernant les tonalités rouges sont plus tardifs et datent de la fin du XIXe, voire du début du XXe siècle.

Les jaunes et orangés sont des sulfures de cadmium, et, pour faire simple, les rouges sont des sulfoséléniures. Le remplacement du soufre par le sélénium provoque le déplacement de la couleur : plus le pourcentage de sélénium est élevé, et plus la couleur tend vers le rouge…

Au milieu des années 1920, afin de diminuer le coût des pigments cadmiums, certains producteurs américains ont l’idée de leur ajouter du sulfate de baryum. Ce procédé rend la couleur plus économique et en même temps plus couvrante et opacifiante.

Les pigments de cadmium font d’abord l’objet de spéculations avec leurs couleurs d’une grande vivacité, leur excellente tenue aux températures élevées, leur compatibilité avec les autres pigments et, pour le rouge, leur solidité à la lumière et aux intempéries. On dit que Monet en Van Gogh en sont de grands utilisateurs.

Cependant, cette gamme de couleurs comporte des défauts majeurs : certains mélanges ne sont pas stables, et surtout la couleur est toxique particulièrement lorsqu’elle est utilisée à l’échelle industrielle – par exemple pour la coloration des matières plastiques – ou encore pire lorsqu’elle brûle. Pas si facile d’être à la fois peintre et écolo avec le rouge !

Quant à la palette de l’artiste, on peut recommander de limiter l’usage du rouge de cadmium. La couleur reste précieuse à l’état pur pour réaliser des détails éclatants, des inscriptions ou des décors. Pour le reste, il vaut mieux opter pour les substituts, se méfier des mélanges hasardeux, bien refermer ses fioles de pigments après usage… et éviter de mettre son pinceau à la bouche pour en affiner la pointe !


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Le rouge falun (l’émission du 16 novembre)

Kerimaki (région du lac Saïmaa, Finlande, 2012)

Garages à bateaux à Kerimaki (région du lac Saïmaa, Finlande, 2012)

Et nous revoilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 environ). Après trois années passées avec le bleu, à décliner ses nuances, nous nous sommes attardés, sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Après avoir parlé des peintres russes, partons vers la Finlande, un pays tout de vert et de bleu : celui des forêts, des lacs, de la taïga, des reflets de l’un dans l’autre et dans la lumière du ciel. Ces tonalités douces sont comme révélées par les pointes de rouge qui égrènent le paysage, le rouge des baies dans les bois à la bonne saison, et aussi le rouge des maisons, un rouge profond, intense appelé le rouge de Falun.

Le Rouge de Falun est un oxyde de fer naturel. Le pigment est issu des scories de mines de cuivre. La plus célèbre est celle de Falun, en Suède, exploitée depuis le IXe siècle et fermée depuis une vingtaine d’années, sauf en ce qui concerne le pigment. Cet oxyde de fer contient du zinc, du cuivre et du plomb, ce qui lui donne des propriétés bactéricides, fongicides et siccatives. Le pigment est très utilisé en Suède : les maisons traditionnelles en bois, les granges, les chalets au bord des lacs sont très souvent revêtus de cette couleur. Son usage a essaimé dans les autres pays scandinaves, particulièrement en Finlande et jusqu’en Amérique du Nord.

En Finlande, cette peinture est connue sous les noms de punamultamaali (peinture à la terre rouge) ou de keittomaali (peinture cuisinée) en raison de son mode de fabrication particulier. En France on utilise souvent le nom de «badigeon rouge suédois » ou de « porridge ».

Alors pourquoi ces dénominations évoquant la cuisine ? Eh bien c’est très simple, la préparation est en fait une émulsion à base de farine, réalisée avec le pigment rouge de Falun. La farine, à la fois liant et émulsifiant, stabilise le mélange d’huile de lin et d’eau, par nature non miscibles. On obtient ainsi une préparation qui associe le fort pouvoir collant de la farine aux vertus protectrices de l’huile, tout en restant diluable à l’eau. Pour ceux qui aiment les expériences, vous pouvez essayer : 130 gr de farine de seigle, 500 grammes de pigment rouge de Falun, 1,5 litre d’eau, 20 centilitres d’huile de lin, quelques gouttes de savon… et le tour est joué !

C’est une peinture rustique, réversible, bon marché, très facile à fabriquer et à entretenir. Elle a une bonne tenue sur les bois rugueux. On peut bien sûr remplacer le rouge de Falun par un autre ocre rouge et tenter le même mélange, mais il faut alors ajouter du sulfate de fer pour obtenir des propriétés fongicides équivalentes.

Combien j’aime ce rouge chaud, gai et profond à la fois, pas du tout agressif, et qui semble la touche d’un peintre, quand il émerge au détour d’un bois et se reflète dans l’eau calme d’un lac !

 


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Saint Philippe, « viens et vois »

Philippe, icône sur tilleul, 17x23,5cm, 2015

Saint Philippe apôtre, icône sur tilleul, 17 x 23,5 cm, 2015

Philippe, l’apôtre, vient de Bethsaïde, sur les bords du lac de Tibériade, comme André et son frère Pierre.

Il est, avec André, d’abord disciple de Jean-Baptiste, puis un des deux premiers à suivre le Christ ; ses débuts sont racontés dans l’Évangile de Jean dès le premier chapitre : Jésus dit à Philippe : « Suis-moi » (Jn 1, 44). Tout de suite Philippe entraîne Nathanaël : « Viens et vois » (Jn 1, 46).

Au moment de la multiplication des pains, Jésus s’adresse à Philippe (Jn 6, 5-7). Après l’entrée à Jérusalem, les païens s’adressent à lui pour approcher Jésus (Jn 12, 21-22) et lors de la Cène, il demande à Jésus de leur montrer le Père (Jn 14, 7-12).

Après la Pentecôte, son histoire devient légendaire : il serait parti évangéliser des régions d’Asie mineure puis aurait été lapidé et crucifié à  Hierapolis (Pamukkale). Cependant, on relève quelques confusions avec André avec lequel il pourrait être lié (son frère ?) car ils portent tous deux des noms grecs. Des historiens comme Eusèbe de Césarée racontent qu’il serait mort très vieux, de mort naturelle et aurait été enterré à Hiérapolis. Il aurait eu deux filles, dont Hermione, qui aurait subi le martyre à Ephèse.

Sa tombe aurait été retrouvée, fin juillet 2011, à Hiérapolis sous les vestiges d’une ancienne église.

Dans l’art paléochrétien et byzantin, Philippe est représenté jeune portant une simple tunique et un pallium. Dans l’art médiéval, il est âgé et volontiers associé à André. On le voit parfois avec des pains, une croix, un dragon (ou un serpent).

Son nom, d’origine grecque, signifie « qui aime les chevaux ». Il est fêté le 3 mai en Occident et le 14 novembre en Orient. Il est le patron des chapeliers et des pâtissiers.


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Le cheval rouge de Zacharie et de l’Apocalypse (l’émission du 9 novembre)

La charge de la cavalerie rouge, Kasimir Malevich (détail) 1930

La Charge de la cavalerie rouge, Kasimir Malevich (détail), 1930

Et nous revoilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 environ). Après trois années passées avec le bleu, à décliner toutes les nuances et les résonances de la couleur, nous nous sommes attardés, sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Nous avons évoqué les semaines précédentes, un tableau de Malevitch intitulé La Charge de la cavalerie rouge ainsi que toute une série de cavaliers chevauchant des montures rouges, bondissantes, dans l’œuvre de Vodkine. Ces images très fortes pourraient bien prendre racine dans les visions de Zacharie et dans la description de l’Apocalypse.

Écoutons le prophète Zacharie : « J’ai eu cette nuit une vision : c’était un homme monté sur un cheval roux ; il se tenait parmi les myrtes, dans la profondeur, et derrière lui il y avait des chevaux roux, alezans et blancs » (Za 1, 8).

Puis plus loin : « Je levai de nouveau les yeux et j’eus une vision (…). Le premier char était attelé de chevaux roux ; le second de chevaux noirs, le troisième de chevaux blancs et le quatrième de chevaux tachetés rouges. Je (…) demandai à l’ange qui me parlait : « Que représentent-ils, mon Seigneur ? » L’ange me répondit : « Ce sont là les quatre vents du ciel qui s’avancent (…) ». L’attelage aux chevaux noirs s’avance vers le pays du nord. Les blancs s’avancent à leur suite, tandis que les tachetés s’avancent vers le pays du midi. Les rouges s’avancent, impatients d’aller parcourir la terre » (Za 6, 1-7).

Et maintenant, abordons le passage de l’Apocalypse qui reprend cette image des quatre chevaux : le premier est blanc, le deuxième rouge, le troisième noir, et le quatrième est qualifié de « blême ». Voilà la description du cheval rouge : « Alors surgit un autre cheval, rouge-feu. À celui qui le montait fut donné le pouvoir de ravir la paix de la terre pour qu’on s’entretue, et il lui fut donné une grande épée » (Ap 6, 4).

Puisque notre propos est celui des couleurs, je vous propose tout simplement de constater que les deux textes font allusion à quatre chevaux, qui sont aussi les premières couleurs utilisées dans la peinture. La quatrième couleur, dite « blême » est la plus difficile à déterminer. Le texte grec dit khlōros traduit, selon les sources, par pâle, verdâtre, voire cendré. Et nous voilà avec les couleurs de prédilection des œuvres les plus anciennes : le blanc, le noir, le rouge ou l’ocre rouge, la terre verte, autrement dit, la base de la palette des hommes préhistoriques, des peintres médiévaux, comme celle des fresquistes et des iconographes ! Et comme d’habitude, le rouge est relié aux terribles images du sang versé, de la violence et de la guerre.


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Saint Cyrille d’Alexandrie

Saint Cyrille d'Alexandrie, 14x23 cm, 2015

Saint Cyrille d’Alexandrie, 14 x 23 cm, 2015

Il est fêté le 9 juin (calendrier orthodoxe) et le 27 juin (calendrier catholique).

Né à Alexandrie en 376, il devient patriarche de sa ville en 412 comme l’avait été son oncle Théophile.

Théologien et écrivain fécond, il se rend célèbre comme adversaire infatigable et obstiné du nestorianisme. On le représente parfois avec Marie « Mère de Dieu » –  Theotokos, comme sur cette icône. En effet, il est l’âme du concile d’Éphèse en 431 écrivant alors aux moines d’Égypte : « Je trouve très surprenant qu’il y ait des gens pour se demander vraiment si la Sainte Vierge doit être appelée Mère de Dieu. Car si notre Seigneur Jésus est Dieu, comment la Vierge qui l’a porté et mis au monde ne serait-elle pas la Mère de Dieu ? Telle est la foi que nous ont transmise les Saints Apôtres, même s’ils n’ont pas employé cette expression. »

Il meurt en 444.