Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La couleur de mon âme 4 (émission du 29 février)

Langhe, mai 2015

Langhe, mai 2015

Nous voilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10). Après trois années passées à décliner les nuances du bleu, nous nous sommes attardés sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Vous souvenez-vous du fameux questionnaire dans lequel je demandais « quelle est la couleur de votre âme ? » La réponse dominante était, comme je l’imaginais, le bleu. Le rouge arrivait en 4e position mais était la couleur plébiscitée par les plus jeunes. J’ai relu les réponses souvent courtes et percutantes. La couleur rouge y est mentionnée comme une évidence : « ben oui, rouge, c’est ma couleur préférée ! »

Parfois, certains ajoutent une précision de nuance comme  rouge vif  ou  un rouge de « feu » transparent comme une flamme à tendance un peu or. Cependant, l’imagination est moins poétique et fleurie que lors des réponses en bleu.

Vercheny, janvier 2015

Vercheny, janvier 2015

Bien évidemment, les images associées sont liées spontanément au feu, à la vie, au sang, à l’énergie. Ainsi, Églantine décrit le rouge comme une couleur « chaude, vivante, joyeuse, forte, c’est la passion, le sang de vie. Elle irradie. »

La connotation royale, impériale, fougueuse est soulignée. Ainsi, Élyane nous dit : « mon âme est rouge, tendant un peu plus sur le bleu que sur le jaune. Je vois bien que ça prétend un peu au pourpre impérial et ça m’embête un peu ! Mais qu’y puis-je si elle m’est donnée comme ça dans mon ressenti premier ? Et bien que je n’aurais aucune envie d’être empereur ! »

L’association de la couleur rouge avec la tonalité politique est étonnamment rare, sauf par la voix d’une jeune Marie : « le rouge est fougueux, une couleur toujours d’actualité qui représente une certaine conviction politique. »

Pour Yvonnik (63 ans) : « Le rouge, la couleur du feu, de la chaleur, d’un certain bien-être. C’est une couleur chaude c’est certain ! C’est aussi la couleur noble, impériale qui remplace l’or sur les fonds des icônes. C’est encore la couleur du sang, de la vie. Nous l’aimons dans toutes ses nuances. »

Laffrey, janvier 2016

Laffrey, janvier 2016

Et voilà, on comprend en relisant ces réponses comment le rouge est une couleur aux connotations tout autant positives que négatives, une couleur de feu, de sang, de larmes et de joie, de bien-être et d’énergie autant que d’anxiété. Voilà toute ambiguïté du rouge, que nous avons déclinée ensemble pendant de longues semaines : l’association au sang est l’idée qui vient le plus vite à l’esprit à propos de la couleur rouge, ce sang qui est autant lié à la mort que signe et condition de la vie.

 

 

 

Article du 29 février 2016

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Saint Christophe, traverser les flots

 

Saint Christophe, 17,5x31cm, février 2016

Saint Christophe, 17,5 x 31 cm, février 2016

Son nom signifie : « qui porte le Christ ».

Christophe de Lycie est un de ces saints légendaires né de la fusion entre la mythologie païenne et la légende chrétienne, entre la tradition populaire et La Légende dorée de Jacques de Voragine. On peut même lier le personnage au dieu égyptien Anubis, passeur des âmes après la mort ainsi qu’à la mythologie gréco-romaine avec Charon, passeur des âmes défuntes sur le Styx. Aussi saint Christophe est-il le patron des mourants et des automobilistes, des pèlerins et plus largement des voyageurs, de tous ceux qui doivent réaliser une « traversée ». On ne sait rien de l’histoire de ce saint, ce qui ne l’empêche pas d’être célèbre et vénéré. Il aurait été martyr sous Dèce, au IIIe siècle.

Les légendes entourant son histoire sont nombreuses et incroyables. L’une d’elles relie son histoire à un personnage cynocéphale (à tête de chien), qui, baptisé, prit le nom de Christophe et retrouva un visage humain.

Un autre récit raconte qu’il s’appelait à l’origine « Réprouvé » et hésitait entre rendre ses services au roi ou au diable. Il rencontre un jour un ermite qui lui explique la foi chrétienne et lui déclare : « Tu iras te poster à tel fleuve tumultueux et tu aideras les gens à le traverser ». Il s’acquitte de sa tâche, quand un jour, un enfant lui demande de l’aide et il le charge sur ses épaules. L’enfant devient de plus en plus lourd et le saint doit s’aider d’un bâton. Quand il arrive sur l’autre rive, l’enfant lui dit alors : « Je suis le Christ, ton roi ; tu as porté sur tes épaules celui qui a crée le monde. Pour preuve, enfonce ton bâton dans le sol : demain il aura fleuri et portera des fruits ». Désormais appelé Christophe, il part en Lycie et obtient de nombreuses conversions avant de terminer sa vie en martyr.

Les représentations de saint Christophe ont évolué à travers le temps. Les plus répandues datent du XIVe siècle avec des variantes cynocéphales et pittoresques. Christophe, immense, est vêtu d’un long vêtement serré à la taille et porte un petit enfant sur ses épaules, le Christ, lui-même alourdi par le poids du monde… Son attribut principal est le bâton feuillu.

Puisque le saint est légendaire, arrêtons-nous sur ce qu’il représente. Un adulte aide un enfant à traverser les flots ; chaque enfant porté ainsi est divin. On peut y voir son propre enfant que l’on aide à traverser les rivages agités de la vie ou peut-être l’image d’un des ces enfants sauvés par un adulte, un humanitaire ou un simple pêcheur sur les côtes de Grèce, d’Italie ou de Turquie, là où vivait le saint…

Fête le 25 juillet (cath) ou le 9 mai (orth), patron de Vilnius (Lituanie).


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« Le Cri » de Munch (émission du 22 février)

Le Cri, celui de 1893, tempera sur carton, 91x73,5cm, Musée Munch à Oslo

Le Cri, celui de 1893, tempera sur carton, 91 x 73,5 cm, musée Munch à Oslo

Nous voilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10). Après trois années passées à décliner les nuances du bleu, nous nous sommes attardés sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Et voici le dernier tableau que nous analyserons tout en parlant du rouge : Le Cri de l’artiste norvégien Edvard Munch.

Il existe cinq versions différentes de cette scène expressionniste – trois peintures, un pastel et une lithographie – réalisées entre 1893 et 1917.

Cette œuvre majeure de l’artiste montre trois hommes sur un pont devant un fjord à Oslo. Le personnage du premier plan, chauve, vu de face, se bouche les oreilles tout en semblant pousser un cri sans fin : c’est une scène d’anxiété extrême, de panique et de détresse absolues.

Munch raconte lui-même le contexte qui lui a inspiré le tableau dans son journal du 22 janvier 1892 : « J’étais en train de marcher le long de la route avec deux amis – le soleil se couchait – soudain le ciel devint rouge sang – j’ai fait une pause, me sentant épuisé, et me suis appuyé contre la grille – il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et de la ville – mes amis ont continué à marcher, et je suis resté là tremblant d’anxiété – et j’ai entendu un cri infini déchirer la Nature. »

Il y a tant de choses à dire sur ce tableau mythique. L’artiste y exprime son propre mal-être, sa jeunesse marquée par la maladie, la mort et ses années de dépression. Il exprime aussi l’angoisse du siècle qui s’annonce, toute une génération marquée par le feu, le sang, les guerres, les déportations, la destruction et la mort.

Nous nous intéresserons surtout à l’arrière-plan. Une sorte de volute tourbillonnante commence dans les tons de bleus et s’élève en un ciel rouge ondulant et menaçant. Ce ciel de feu a sans doute été inspiré à Munch par les couchers de soleil aux couleurs vives provoqués par la présence de cendres volcaniques répandues dans l’atmosphère autour de la planète, après l’éruption d’un volcan indonésien en 1883. Bien sûr, cette volute évoluant du bleu vers le rouge, résume une grande partie de nos propos sur le rouge. Comment le bleu d’un fjord qui pourrait sembler accueillant se transforme-t-il en un rouge de sang, de colère et d’angoisse, exprimant l’atmosphère d’un monde terrible ?

Ce tableau, c’est la rencontre entre la folie d’un homme et la folie d’un monde, entre un bleu qui pourrait aller vers la paix, et s’élève en une clameur vers le rouge, la couleur sanglante d’une époque tragique qui n’en finit pas.

Article du 22 février 2016


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Le rouge bordeaux (émission du 15 février)

rouge bordeauxTout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10).
Après trois années passées à décliner les nuances du bleu, nous nous sommes attardés sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Nous voilà aujourd’hui avec le rouge bordeaux en plein double sens, car quand on dit « bordeaux », on peut penser au vin, autrement dit au
« rouge » ou à la couleur bordeaux… autrement dit… au rouge !

Avant de désigner un vin, le bordeaux couvre un champ de nuances encore plus étendu que celui des tonalités de vins et rassemble une grande partie des teintes rouge sombre. La couleur bordeaux court à travers les nuances de rouges, du rouge-orangé au rouge-pourpre. Plus claire, elle devient rose ; avec une pointe de jaune, elle vire au marron.

Le Répertoire des couleurs de la Société des amis des chrysanthèmes distingue quatre tons rouges différents de la couleur « vin de Bordeaux ».

Le terme bordeaux, au sens de couleur, n’est attesté que depuis 1884. Les premières occurrences décrivent les tonalités obtenues avec les colorants de synthèse inventés à cette époque ; il semble que Bordeaux ait été le nom commercial d’un colorant rouge violacé, breveté en 1878. La dénomination a été choisie en référence à la teinte des vins de la région.

La teinte lie de vin, attestée depuis le XIXe siècle, désigne un rouge-bordeaux plus sombre, tirant sur le violet, comme la partie du vin déposée au fond de la cuve. D’autres noms, comme le grenat, qui reprend le nom d’une pierre semi-précieuse, sont à peu près synonymes et désignent la même gamme de couleur.

Le passe-velours a aussi la même tonalité. C’est l’autre nom de l’amarante, fleur d’un pourpre rouge velouté, symbole de l’immortalité, qui produit aussi un colorant. Le terme de « velours » renvoie à l’aspect d’une couleur que l’on a envie de toucher, de caresser…

Ces colorants de synthèse recouvrent de jolies couleurs, peu couvrantes et peu solides à la lumière.

On associe à la même gamme la couleur de la « betterave rouge cuite, en tranches minces », et aussi la couleur bourgogne… Les qualificatifs sont sans fin, inépuisables, comme l’imagination, la richesse du monde végétal et minéral, les nuances, celles qui touchent les yeux comme celles qui chatouillent les papilles…

Article du 15 février 2016


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Sumac et peau de chagrin (émission du 8 février)

dans les rues d'Alep, mai 2006

Dans les rues d’Alep, mai 2006

Nous voilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10). Après trois années passées à décliner les nuances du bleu, nous nous sommes attardés sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Nous avons parlé la semaine dernière du maroquin rouge dans lequel sont réalisées les mules du pape. Mais qu’est-ce que le maroquin ? Il s’agit d’une peau de mouton ou d’une peau de chèvre teintée le plus souvent au sumac (on parle alors de peau de chagrin. Le sumac est un arbuste appelé aussi Rhus – summaq en arabe littéraire. Le mot vient probablement du syriaque et signifie tout simplement « rouge ».

Il en existe environ 125 espèces surtout présentes dans les régions chaudes et tempérées. Les feuilles du sumac des corroyeurs, autrement dit le sumac des maîtres-tanneurs, contient beaucoup de tannins capables de teindre le cuir dans des tonalités de rouge. Le fin tannage au sumac rend le cuir souple et léger. À l’origine importé du Maroc, le cuir teinté de rouge servait dans la reliure de luxe permettant de réaliser de splendides couvertures de livres dont la couleur mettait en valeur les rehauts d’or. Plus tard, ce procédé a permis la fabrication de fines bottes et d’escarpins.

Certaines espèces de sumac sont vénéneuses et leur suc est un poison très actif. L’une d’entre elles, l’arbre à laque aussi appelé sumac au vernis, sert, au Japon, à laquer les ustensiles en bois.

En revanche, les baies de certaines espèces sont utilisées comme condiment en cuisine au Moyen-Orient. Parfois consommées telles quelles, elles sont le plus souvent séchées puis réduites en une poudre rouge-foncé, au goût acide et astringent. En Iran, le sumac en poudre est proposé sur la table avec les brochettes de viande hachée et le riz afin que chacun le saupoudre à sa convenance. Toujours dans la cuisine orientale, on mélange le sumac avec les oignons hachés pour les faire dégorger et les rendre plus digestes, acidulés et parfumés avant de les mélanger à la salade ou au taboulé.

Et voilà tout un voyage encore dans le rouge qui nous entraîne de la beauté des cuirs rouges à la peau de chagrin, expression expliquée au début de l’émission… et par association d’idées, de souvenirs désormais teintés du rouge-sang de la violence, je repense au marché d’Alep et d’Istanbul, dans lesquels nous déambulions alors, insouciants et émerveillés, le cœur plutôt bleu, admirant ces épices de toutes les tonalités de rouge et d’orangé ou goûtant le za’tar, mélange à base de sésame, de thym et de sumac…

Article du 8 février 2016